Le Maghreb face à une Europe tournée vers l’EstL’avenir de l’Europe est-il à l’Est ? Telle est la question que ne cessent de se poser bon nombre d’observateurs des pulsions européennes. Maintenant que l’UE a été portée à 25, se tournant vers l’est, les eurosceptiques appréhendent un déferlement d’immigrés dans la vieille Europe.
mercredi 5 mai 2004.
Paradoxalement, ils craignent la délocalisation des entreprises vers l’Est ! C’est un marché de 75 millions d’habitants qui s’ouvre à la vieille Europe, et qui va bénéficier de ses subventions. En revanche, c’est peut-être une chance pour les 10 pays nouvellement membres, puisque la plupart d’entre eux traînent une croissance qui tourne autour 4,5 à 6% chez les 3 Etats Baltes (Lettonie, Lituanie, Estonie), et autour de 1% chez les autres. Pour se développer, ces pays ont des besoins considérables en matière d’infrastructures (des routes, des logements, des réseaux ferrés), mais aussi des produits de consommation, de l’agroalimentaire, des voitures (2 millions et demi de véhicules pour les 5 prochaines années). L’Europe s’achemine vers une zone économique de 455 millions d’habitants. Soit la 3e au monde derrière la Chine et l’Inde. Un Maghreb historiquement tourné vers l’Europe Cette Europe qui se tourne vers l’est contraste avec son ouverture plus prudente sur le Maghreb. Des relations marquées par la prééminence des relations commerciales et une politique restrictive en matière d’immigration maghrébine. Une situation kafkaïenne que celle que s’offrent aujourd’hui les pays du Maghreb, qui, dans la désunion, voient l’Europe s’accomplir et se « barricader ». Lorsque cinq pays de l’UMA trouvent toutes les peines du monde à s’unir, en Europe, dix pays font leur entrée dans un regroupement régional époustouflant. Face à une Europe forte, et des pays maghrébins ayant négocié individuellement leur accord d’association et leur insertion dans l’économie mondiale, la réduction asymétrique des tarifs douaniers et une ouverture non maîtrisée, des analystes prédisent des retombées néfastes pour des secteurs productifs fragiles, se traduisant par une nouvelle baisse de la demande intérieure et une hausse des taux du chômage, par la diminution du rythme d’activité des unités industrielles locales.Le Maghreb est historiquement tourné vers l’Europe. Il effectue environ 80% de ses échanges avec l’Union européenne dans le cadre de relations commerciales. Même sur le plan culturel, l’espace méditerranéen a une forte emprise sur les Maghrébins.
L’Algérie premier importateur des produits agricoles de l’UE En ce qui concerne l’Algérie à proprement parler, elle est le premier pays importateur des produits agricoles de l’UE avec un volume de près de 1,2 milliard d’euros. Sur les douze partenaires méditerranéens de l’UE (Algérie, Maroc, Tunisie, Egypte, Syrie, Liban, Jordanie, Turquie, Chypre, Malte, Israël et Autorité palestinienne), l’Algérie absorbe le quart des exportations de l’Union vers ce groupe régional. Les exportations de l’Europe des Quinze vers l’Algérie en 2002 représentaient 24% des exportations globales vers les 12 partenaires sud-méditerranéens et 1% des exportations agricoles de ces derniers vers les Quinze, selon le bulletin statistique de la Commission européenne Eurostat. Parmi les principales importations algériennes figurent notamment la farine de froment (blé) ou le méteil (334 millions d’euros), les sucres de canne ou de betterave (136 millions d’euros), laits et crème de lait (229 millions d’euros), la pomme de terre de semence (64 millions d’euros), les huiles (80 millions d’euros), les fromages et caillebotte (24 millions d’euros) et les tabacs bruts (14 millions d’euros). Les exportations algériennes vers l’UE sont assimilées à zéro par Eurostat. Les principales (94%) exportations agricoles vers l’Europe proviennent de la Turquie pour un montant de 1,54 milliard d’euros, du Maroc (666 millions), Israël (592 millions), de Tunisie (314 millions) et d’Egypte (208 millions).
Par Mahmoud Mamart, La Tribune |
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