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George Bush inquiète même les Américains

 
La grogne monte, dans les médias et l’opinion, contre la guerre en Irak et les choix du président George Bush au Moyen-Orient.
jeudi 6 mai 2004.

Le président George W. Bush voit monter la grogne dans l’opinion contre sa politique au Moyen-Orient. La presse n’hésite plus à montrer des cercueils, des photos des militaires tués, ou à décrire les tortures infligées à des Irakiens par des soldats américains. A lire les sondages, le nombre d’Américains qui continuent de penser que la guerre en Irak valait quand même la peine d’être menée est en chute libre : il est passé sous la barre des 50 %. Le Président est également pris à partie pour le soutien sans réserve qu’il apporte au Premier ministre israélien, Ariel Sharon. Le Washington Post, dans son principal éditorial d’hier, fustigeait le « piètre pari » de Bush, qui avait tout misé, à tort, sur une victoire de Sharon lors du référendum au sein du Likoud sur le retrait israélien de Gaza. « Il a enflammé l’opinion arabe et s’est aliéné les Européens à un moment de crise en Irak », sans rien obtenir en retour. Pire, il a « compromis la capacité des Etats-Unis d’agir en médiateur lors d’une négociation finale » en s’alignant sur les thèses israéliennes...

Indignation

Une cinquantaine d’anciens diplomates viennent d’adresser une lettre au Président, dans laquelle ils l’accusent de conduire les Etats-Unis à perdre « leur crédibilité, leur prestige, et leurs amis ». Cette lettre, présentée hier lors d’une conférence de presse, est signée par plusieurs anciens ambassadeurs autrefois en poste au Moyen-Orient. « Elle est le sommet d’un iceberg », a prévenu Greg Thielmann, un ancien analyste du département d’Etat, qui estime que la grogne parmi les diplomates américains est immense.

L’affaire des sévices infligés à des prisonniers irakiens continue par ailleurs d’alimenter le dégoût et l’indignation. La Maison Blanche a conscience de ses effets dévastateurs : elle se souvient des dommages causés dans l’opinion publique par la révélation du massacre de My Lai, pendant la guerre du Vietnam. Mais l’administration a réagi plutôt discrètement à l’affaire. Une enquête « approfondie » est en cours dans toutes les prisons, s’est bornée à déclarer hier la Maison Blanche. Le président Bush a donné lundi l’ordre à son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, de prendre des « mesures sévères » contre les responsables des tortures infligées dans la prison d’Abou Gharib, et le Pentagone a annoncé des sanctions contre six gradés en charge de cette prison. Rumsfeld, plutôt discret jusqu’à présent, a souligné que « les actions des soldats sur les photos étaient totalement inacceptables et non-américaines ». Aux Nations Unies, à New York, son collègue du département d’Etat, Colin Powell, a affirmé que « justice sera faite ». Un des tortionnaires présumés, le sergent Frederick, ayant évoqué la mort d’un prisonnier sous la torture, la CIA a confirmé qu’elle avait ouvert une enquête.

« Inacceptable »

La polémique enfle et commence à prendre un tour politique. Joseph Biden, sénateur démocrate du Delaware, a considéré qu’il s’agissait de « l’action la plus dommageable à l’image des Etats-Unis qui ait eu lieu dans cette région du monde depuis dix ans ». Un autre démocrate, le sénateur du Nouveau-Mexique Jeff Bingaman, a jugé « inacceptable » que le chef d’état-major interarmes, le général Myers, ait pu avouer à la télévision, dimanche, qu’il n’avait pas encore lu le rapport d’enquête de l’armée décrivant les « abus criminels, sadiques, honteux et gratuits » perpétrés contre des détenus à Abou Gharib. L’influent sénateur républicain de l’Arizona, John McCain, lui-même ex-prisonnier de guerre au Vietnam, exige une commission d’enquête du Congrès.

Le Président n’était pas ces deux derniers jours à Washington, mais dans le nord des Etats-Unis, où il fait campagne. « Le 30 juin, un gouvernement irakien souverain prendra ses fonctions », jure-t-il à ses partisans à chaque étape...

Source : www.liberation.fr