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Bouteflika face à lui-même

 
Abdelaziz Bouteflika souhaitait un score absolu. Avec 84,99 %, il est plus que comblé. Mieux, le fait que ses adversaires aient pour chacun d’eux moins de 7 % pour Benflis, moins de 2 % pour Saïd Sadi, a eu pour effet que le chef de l’Etat se retrouve sans réelle opposition.
jeudi 6 mai 2004.

Avec cette élection présidentielle, et ce, en dépit des assurances de Bouteflika, l’Algérie a opéré un bond en arrière, qui la ramène à l’avant-Octobre 1988. Pis, s’il existait des tendances dans le FLN d’avant-Octobre 1988, et même après, celui que préparent les « redresseurs » sera un FLN monolithique.

En effet, la sortie de Kasdi Merbah et de ses partisans au début des années 1990, suivie à compter de 1996 des mises à l’écart successives des réformateurs de Mouloud Hamrouche, de celle de Sid-Ahmed Ghozali, d’Abdelhamid Mehri, de Taleb Ibrahimi, et depuis avril 2004, de celle des partisans d’Ali Benflis, donnera un FLN sans vie interne, sans tendances. Ce sera un parti qui parlera, certes, d’une même voix, mais un parti condamné à terme à jeter l’éponge, parce qu’il sera coupé de la société du fait du laminage entrepris par Abdelkader Hadjar et ses amis « redresseurs ». Plus grave, même les formations qui ont soutenu Bouteflika ne sortiront pas indemnes de cette élection présidentielle. Déjà, leur absence sur le terrain est remarquable. Le RND et même le MSP - ce dernier est devenu moribond depuis le décès de Mahfoud Nahnah - n’ont finalement existé que le temps d’une campagne électorale. Le RND a également vu ses rangs se vider de ses cadres ayant un tant soit peu des liens avec la société réelle. Quant au reste de l’opposition, celle qui a cru dans cette élection présidentielle jouée par avance, disons-le franchement, elle en sort plus que lessivée. Finalement, ce système à la recherche d’une base sociopolitique va se retrouver face à lui-même. Il reste à savoir si l’allégeance au pouvoir, que manifesteront le FLN repris en main, le RND et le MSP, sur fond d’absence d’opposition, peut tenir lieu de stratégie sur le court terme. Cette allégeance est, en revanche, contre-productive politiquement pour ce pouvoir. Car coupé lui aussi de la société réelle, faute de médiations sociopolitiques, représentées jusque-là par les partis d’opposition, et ce, quoi que l’on en pense de leur faible ancrage sociopolitique, il est peu probable que Bouteflika puisse gouverner normalement. Quoi qu’il en pense, l’existence d’une opposition politique, de syndicats indépendants du pouvoir - ce qui n’est plus le cas de l’UGTA -, d’une presse libre constituent, qu’il le veuille ou pas, des indicateurs à même de l’aiguiller. L’absence, par conséquent, de contre-pouvoir risque de jouer un très mauvais tour à Bouteflika et au système qu’il incarne. Car il sera à la merci d’une explosion sociale que peut, justement, lui éviter l’existence de véritables médiations sociopolitiques indépendantes du pouvoir et du système politique.

Qui plus est, se vantant que la majorité des Algériens lui ait manifesté son soutien, il va lui falloir répondre rapidement à sa demande. Elle attend du concret car le temps des promesses est fini. Désormais, disposant d’un pouvoir quasi absolu, Bouteflika ne peut plus affirmer que l’opposition lui met des bâtons dans les roues ou que les cinq journaux indépendants, qui ne peuvent rivaliser avec la télévision et tous les journaux qui le soutiennent, l’empêchent de travailler.

Hassane Zerrouky, Le Matin