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La déception des quelques exposants algériens

Salon Internationale de l ’Agriculture à Paris
 
Il rêvait, depuis des années, d’un salon grand public à l’étranger. Lorsque, fin janvier, l’Office algérien de promotion du commerce extérieur (Promex) a annoncé un pavillon national au Salon international de l’agriculture de Paris, Mohamed Khadraoui n’a pas hésité un instant.
lundi 8 mars 2004.

Chef d’une petite entreprise en quête de promotion à l’étranger pour ses produits, il a répondu au pied levé. A l’instar d’une chambre d’agriculture (Bouira) et de sept entreprises, Tonic Emballages, Pâturages d’Algérie, Kidas Algérie, La Joyeuse Vache, Ifri, le groupe ONCV et le groupe Liège d’Algérie.

Sitôt sollicitées, ces entreprises ont vite succombé à l’invitation, passionnées à l’exercice de promotion outre-Méditerranée. La notoriété du Salon de Paris, un des plus prisés dans le monde avec ses centaines de milliers de visiteurs et de professionnels, valait vraiment le voyage. A plus forte raison parce que l’Algérie n’y a jamais planté de stand, même à la faveur de l’Année de l’Algérie en France.

« Difficile de ne pas saisir une telle opportunité ! Quoi de plus motivant pour les opérateurs algériens, quelles qu’en soient les spécialités, que d’aller à la rencontre de leurs homologues, les intéresser à leurs produits », explique Elias Chérif, directeur de TNS Communication, une société de conseil installée à Montpellier.

C’est lui qui, début janvier, a « vendu » au tandem Promex-Safex l’idée d’une participation algérienne au Salon de Paris. La proposition est intervenue dans la foulée d’une rencontre à Sète (labellisée Djazaïr 2003) sur l’agriculture algérienne. Un rendez-vous dont le résultat a été diversement apprécié : « parasité », selon les uns dont ses organisateurs, il a tourné à l’échec, affirment d’autres.

Dans la répartition des champs de compétence pour le Salon de l’agriculture, TNS s’est chargée du contact avec Comexpo, l’organisateur des salons parisiens, auquel elle a commandé un pavillon de 500 m2. S’y ajoute, selon l’engagement d’Elias Chérif, l’organisation de rendez-vous professionnels entre les exposants algériens et des partenaires français et étrangers.

La Promex s’est attachée à contacter les participants éventuels en attirant leur attention sur l’intérêt du Salon. Un rendez-vous fort de la présence des 22 régions de France et des professionnels est opportun à ce titre pour des opérateurs algériens à la recherche de distributeurs pour leurs produits. « Nous sommes là pour ça », confirme M. Ounnoughne de Pâturages d’Algérie, une PME de Tizi Ouzou qui produit une large gamme de produits fromagers. Troisième intervenant de l’opération, la Safex s’est occupée du reste : la mise en oeuvre de la participation algérienne, depuis l’inscription à Alger jusqu’à l’aménagement du pavillon. Samedi 28 février, au premier jour de la manifestation, le site algérien fonctionnait en service minimum : des stands vides, une animation réduite à sa plus simple expression, des exposants irrités, le tout aggravé par des visiteurs qui lorgnent vers d’autres pavillons.

Un début d’explication a été donné sur place, vite relayé par une dépêche de l’AFP qui a fait le tour des rédactions algériennes et hexagonales : les visas ! Faute de sésame de voyage, trois exposants sur les neuf inscrits - Khadraoui, Kidas Algérie et Ifri - ont rallié le Palais des expositions de Paris Versailles avec soixante-douze de retard. « Il est regrettable que, par la faute de visas, certains exposants aient pris le salon en marche. C’est anormal !, s’emporte un exposant. Imaginez quelle serait la réaction d’un opérateur français face à une situation similaire à la Foire internationale d’Alger ». Cette contrainte, pour avérée qu’elle soit, ne doit pas occulter la part du ratage organisationnel, côté algérien.

A l’unisson, les neuf exposants algériens pointent du doigt la Safex, qu’ils accusent de ne pas avoir honoré les engagements pris lors de la commande. De l’établissement Khadraoui à Kidas Algérie, en passant par l’ONCV, tous multiplient les doléances.

Pour Khadraoui, le Salon de Paris a failli tourner au cauchemar. Ce n’est que mercredi qu’il a pu récupérer sa marchandise et achalander un stand dépourvu de présentoirs. A défaut du certificat des services phytosanitaires, ses produits sont restés bloqués à l’aéroport d’Orly. « C’est la Safex qui devait effectuer les démarches nécessaires », charge-t-il.

La déception se lit aussi sur la mine de Djamel Kesraoui de Kidas Algérie, une entreprise de conditionnement de produits agricoles (huile d’olive, miel d’abeille, figues sèches). Irrité, il dénonce une prestation de service émaillée de lacunes. Pour un stand de 9 m2 proposé à 2.538 euros HT par Comexpo, Kidas a remis à la Safex un chèque de 237.000 dinars. Ce montant intègre une marge bénéficiaire au profit de l’Office national des expositions. Deux entreprises privées, Jutop et Socpa, ont décidé de mettre une croix sur le Salon de Paris à la vue du coût prévisionnel de la participation. « Trop cher ! ».

Dès leur arrivée, les exposants algériens ont eu la désagréable surprise de découvrir un pavillon installé à l’extrémité du Hall 7-2. « Voyez comment nous sommes isolés, à l’écart. Est-ce une position idoine pour la promotion ? », s’emporte Djamel Kesraoui. Qui multiplie les tacles contre la Safex. « La configuration du stand qui nous a été présenté à Alger au moment de l’offre n’a pas été respectée. Les étagères sont métalliques. Et dire que nous sommes à Paris ! ».

Au stand du groupe ONCV, un habitué des salons spécialisés (vins algériens et datte Deglet Nour) capte le regard des visiteurs. Mais les présentoirs métalliques empêchent la mise en valeur qui sied aux produits en dépit de la qualité très soignée du design. « Pour valoriser le vin, il n’y a pas mieux que le rayonnage en bois ou en verre. Dommage pour la Cuvée du Président, le Château de Béni-Chougrane ou les Coteaux de Dahra, autant de millésimes très prisés en France », dit un visiteur visiblement connaisseur.

S’estimant victimes d’un marché de dupes, les exposants ont cherché, dès leur arrivée, à interpeller la Safex, leur vis-à-vis contractuel. Mais en l’absence de son représentant, c’est Mme Saadia Kebbal, une cadre à la Promex, qui s’est retrouvée, pendant six jours, dans une situation pour le moins intenable : répondre, malgré elle, à des questions qui dépendent du champ de compétence de la Safex.

Ce n’est que vendredi, à quarante-huit heures du baisser de rideau, qu’un représentant de l’entreprise des Pins maritimes a franchi le seuil du pavillon algérien. Interrogé par Le Quotidien d’Oran sur les reproches des exposants, le missionnaire s’est contenté d’une réponse laconique : « Je ne suis pas habilité à m’exprimer devant la presse ».

Sarah Raouf, Le Quotidien d’Oran