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L’Algérie malade de ses hôpitaux

 
En moins d’un mois, onze patients admis au service de cardiologie du CHU d’Oran sont décédés dans des conditions qui restent encore à élucider, a-t-on appris de sources bien informées. L’Algérie est plus que jamais malade de ses hôpitaux.
mardi 11 mai 2004.

Après les “prématurés de Djelfa”, un autre scnadale medical pointe, cette fois, en provenance de la capitale de l’Ouest. En effet, la mort de onze patients traités au service de cardiologie du CHU d’Oran, le mois dernier, met en émoi la communauté médicale oranaise.

En outre, nous apprenons que les malades nécessitant une intervention chirurgicale sont carrément négligés. Par ailleurs, et selon la même source, certains d’entre eux qui ont été hospitalisés, attendent toujours l’intervention chirurgicale, une attente qui dure depuis de longs mois pour quelques-uns d’entre eux. Désemparés, les malades et leurs proches ont tiré la sonnette d’alarme au niveau de la direction générale du CHU d’Oran pour résoudre ce grave problème et mettre fin à une anarchie qui règne dans ce service névralgique. Des malades opérables ne cessent de soulever le problème de la lenteur administrative dans le traitement de leurs dossiers, notamment ceux relatifs à la chirurgie à cœur ouvert. Plusieurs d’entre eux sont passés de vie à trépas pour des raisons purement bureaucratiques. Cette situation a provoqué des remous incalculables sur le devenir de ces malades qui refusent de faire les frais d’une politique laxiste en matière de prise en charge optimale. “Regardez, mon fils est gravement atteint et son état de santé nécessite une opération chirurgicale en toute urgence. Cela fait plus d’un mois que ça dure. Et le plus grave dans tout ça, c’est que nous n’avons même pas d’interlocuteur pour nous orienter ou nous informer”, clame ce père en joignant un geste d’impuissance à ses paroles. Dans une pièce d’à peine trois mètres carrés, les malades ont la mine grave et défaite : un de leurs copensionnaires vient de rendre l’âme après un coma de neuf jours. Le service de cardiologie, qui ressemble à présent à un mouroir, est loin de répondre à une prise en charge efficiente pour les nombreux cardiaques qui n’ont pas les moyens de se faire opérer dans une clinique privée. “Une opération à cœur ouvert coûte entre 35 et 40 millions de centimes.

C’est au-dessus de nos moyens. Le sort de notre enfant est à présent entre les mains de Dieu”, déclare, impuissante, cette femme dont le fils est hospitalisé depuis trois mois... Une situation déplorable qui ne cesse d’empirer, compte tenu du délaissement et du manque de moyens flagrants qui ont abouti à une situation devenue dangereuse, autant pour les malades que pour le personnel soignant. Le service de cardiologie, certes, n’est pas le seul bloc où les prestations sont critiquées, mais le degré de détérioration y est devenu extrêmement inquiétant. Nos propos ne sont pas de dramatiser, mais de savoir simplement où en est la situation, effrayante du reste. Les histoires qui suivent ne sont pas drôles, elles sont authentiques, tragiques. Recueillies sur place dans des salles bondées et les services débordés, elles sont racontées par des témoins victimes, des malades, des membres de leur famille, des infirmiers...

Tous ont parlé ou écrit, non pas pour dénoncer, mais pour dire ce qu’ils vivent ou subissent. Les malades et leurs proches se plaignent : “À l’extérieur du bâtiment du service de cardiologie, les murs sont sales et les fenêtres poussiéreuses. Les empreintes digitales des uns et des autres ont laissé de la crasse sur les portes. Les équipements sont rares, défectueux et mal entretenus. La garde médicale est quasi inexistante. Les proches-parents des patients assurent eux-mêmes la garde des leurs. Et de jour comme de nuit, les malades ne sont pas épargnés par les odeurs nauséabondes des toilettes”. Ayant travaillé dans différents hôpitaux avant d’atterrir au CHU d’Oran, ce médecin ne dit pas grand-chose : “Compte-tenu du nombre de malades et des conditions de travail, on ne peut pas faire de grands miracles avec les moyens du bord. La douleur c’est la douleur. Les malades sont obligés de la supporter, nous médecins n’avons que la possibilité d’aller à l’essentiel, soigner ce qu’il faut soigner et non soulager.” Heureusement qu’il y a les familles pour apporter les médicaments. Les témoignages sont les mêmes, il n’y a pas de médicaments et les démarches en matière de prise en charge des patients opérables est lente et fastidieuse. Dans ce service, les habitués vous préviennent : “Si tu n’apportes pas le nécessaire, tu ne seras pas convenablement soigné.”

De tels faits peuvent être évités grâce à la présence d’esprit de trois pharmaciens qui ont installé leurs officines à quelques mètres seulement de l’hôpital. Des pharmacies ouvertes jusqu’à une heure tardive de la nuit et pourvues en produits nécessaires. Interrogés sur les conséquences fâcheuses liées à l’indisponibilité de médicaments et de matériel médical nécessaire à la survie des cardiaques, certains médecins se sont montrés fort pessimistes. Ils affirment que parfois ils ont du mal à effectuer les analyses de glycémie ou de prothrombine au niveau du CHU d’Oran, en raison de l’absence de produits indispensables pour les analyses de sang et d’urine. À l’évidence, cette situation désorganise complètement le fonctionnement normal d’un service sensible comme celui de cardiologie.

À entendre les témoignages, on se demande si, en matière sanitaire, les notions d’organisation et de chirurgie cardiaque ont libre cours dans nos hôpitaux. On fait ce que l’on peut avec le peu que l’on a, une prière à défaut de calmant. En attendant, les malades atteints de cardiopathie continuent de souffrir et de mourir par “négligence” ; leurs familles accusent le personnel de fierté, d’indifférence, de négligence.

B. GHRISSI, Liberté