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L’invasion la plus dévastatrice des criquets en Algérie 1954-1955

 
Les premières observations des essaims de criquets en Algérie n’eurent lieu qu’à partir de 1946.
jeudi 13 mai 2004.

Auparavant, c’étaient des missionnaires ou des géographes qui rendaient compte et donnaient leurs noms aux sautereaux et locustes et bien d’autres insectes et plants. Dès cette année, l’Algérie, alors territoire colonisé, avait échappé aux invasions du criquet pélerins. Certains essaims peu importants envahirent les territoires de Touggourt en 1951 et Aïn Sefra en 1953. Depuis, des ordres étaient donnés par l’administration pour la création des postes d’observation, les moyens de lutte étaient dérisoires, beaucoup plus manuels d’où la permission faite par les chefs de tribus de les consommer et de ne consommer uniquement les femelles.

Mais cette invasion n’est pas sans effet, car éliminés, les ailés ont le temps de pondre leurs othèques dans ce milieu favorable. Les moyens de communication étaient très limités pour ne pas dire absents, ils n’ont pas permis aux autorités d’alors de mieux s’organiser. A chaque apparition, ils constataient seulement et parfois sans défense la présence de nouveaux essaims de criquets. En juin 1954, de nouveaux et très importants essaims ont vu le jour au Tchad et au Niger. Leur prolifération exponentielle était favorisée par la mousson et la terre-meuble faisait présager une invasion sérieuse de l’Afrique du Nord. Les postes d’observation très peu expérimentés ne pouvaient imaginer une importante invasion.

Il a fallu que la vallée du Souss soit ravagée par l’arrivée brutale d’essaims très importants que les services techniques ont tiré la sonnette d’alarme pour qu’un sérieux intérêt soit accordé à l’infestation de l’Afrique du Nord (dans le compte rendu de P. Frezal dans l’un des extraits du Bulletin de la société des agriculteurs d’Algérie n°598) cite : « L’Algérie ne pouvait y échapper. Si plus heureuse que le Maroc, son envahissement s’est produit suivant un processus normal, le nombre impressionnant d’essaims massifs qu’elle a reçus fut à l’origine d’une contamination générale de son territoire... ».

« Elle a pu échapper aux conséquences d’une surprise brutale et disposer de quelques semaines pour organiser son dispositif de défense. Par contre, durant dix mois, elle a dû fournir sans relâche un effort acharné sur de vastes étendues et dans des situations les plus variées pour éviter le désastre dont elle était menacée ». C’était le point de vue de P. Frezal, mais celui des paysans était tout autre car cela était désastreux pour eux et leurs familles. Leur mode de consommation était basé sur le blé et l’orge. Or, ce sont ces deux végétaux qui étaient l’aliment privilégié des criquets. Par contre, en observant la carte de la progression des vols des essaims, nous constatons que la chronologie a été une fois de plus en faveur des colons qui possédaient les vignes de l’Atlas saharien et des orangeraies de la Mitidja de la plaine du Cheliff ainsi que celles de (Philippe-Ville) Skikda et de (Bône) Annaba.

Une autre observation, la forte concentration au sud des monts des Ouled-Naïl, Djebel Amour et du Hodna. Ce passage naturel dans cette chaîne de montagnes privilégiait leur déplacement. L’étude de ce cas de figure a permis aujourd’hui aux spécialistes de l’INPV de mettre le paquet pour stopper toute évolution vers le Nord. L’année de la sauterelle ou Aem el djrad est restée ancrée dans les mémoires de tous les Nord-Africains.

Bien que certains adages disent « qu’après l’année d’invasion du criquet, les récoltes seront meilleures », mais d’autres dictons soutiennent que « les criquets ne s’attaquent qu’aux champs du hlal, et jamais aux propriétés mal acquises ». Cela n’a jamais été vérifié. Quand le criquet a faim, il croque tout.

Le repère de aem el djrad a été vite oublié parce que, aux écoles, les maîtres inscrivaient chaque jour la date au tableau. Et les apparitions se sont faites en 1951 à Touggourt et en 1953, à Aïn-Sefra et puis en 1954 à Ghardaïa enfin en 1955 à Djelfa et au Nord de l’Algérie.

Par DJ. H., La Nouvelle République