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L’horreur produit l’horreur

 
Après la barbarie des militaires américains et britanniques, l’opinion mondiale vient de découvrir l’horreur à travers les images insoutenables de la décapitation du jeune Américain Nicholas Berg.
jeudi 13 mai 2004.

Cet acte inqualifiable est présenté par ses auteurs comme un acte de représailles aux sévices humiliants subis par des prisonniers irakiens par sadisme et pour le plaisir des militaires américains et britanniques. Ces images de barbarie dont des humains, chrétiens, musulmans, juifs, occidentaux, orientaux, conservateurs, libéraux... sont capables ne sont en fait que la partie visible des horreurs qui se commettent quotidiennement dans différentes régions du monde au nom de religions, d’ethnies, de civilisations, d’intérêts inavoués, de haines, de différences...

Ces horreurs, alimentées par l’arrogance des puissants, nourries par la haine des faibles, couvrent de sang les terres de Palestine et d’Irak. Cette barbarie est le produit d’un ordre mondial injuste, encouragée par les agressions flagrantes contre des peuples entiers et par les humiliations établies en mode de gestion de crises comme en Palestine et en Irak. L’Amérique et l’Europe sont indignées par cet autre meurtre dont la vidéo est sur un site internet. Les pays arabes et musulmans le sont autant que ceux qui se sentent visés par cette horreur. Mais ces réactions sont-elles à la mesure de ce cycle de violences que toutes les parties concernées s’acharnent à perpétuer par la vengeance. C’est la conscience de l’humanité qui est interpellée pour circonscrire les barbaries officielles et clandestines, celles des Etats et celles des organisations réactives face à la toute puissance des Etats-Unis et d’Israël.

Quelle différence y a-t-il entre cette décapitation injustifiable commise par Abou Mousaab et son groupe sanguinaire d’Al Qaïda qui a endeuillé des milliers de familles en Espagne, en Tanzanie, au Kenya, aux Etats-Unis et l’assassinat de cheikh Yassine et de Rantissi par un Etat terroriste qui massacre quotidiennement, avec la bénédiction de Washington, des Palestiniens dont le crime est de résister à l’occupation de leur terre ? Tout en occupant injustement l’Irak et prenant en otage son destin, le gendarme du monde a décidé de protéger et de soutenir Israël. Les Arabes, les musulmans et le reste du monde, impuissants face à ce fait accompli injuste, laissent libre court à l’esprit de vengeance cristallisé depuis quelques années au sein de la nébuleuse d’Al Qaïda dont le chef sinon les chefs sont le produit de la CIA. Cette organisation s’est exercée pendant des années en Algérie et en Egypte faisant des milliers de victimes assassinées avec la même horreur que celle qu’inspire la décapitation de Nicholas Berg, dans l’indifférence de la majorité des Etats et des défenseurs des droits de l’Homme.

L’éveil tardif du monde risque de rater l’occasion de mettre un terme au terrorisme en focalisant son attention sur une approche policière de la problématique. Il s’agit de combattre les origines de la barbarie qui s’installe à travers le respect scrupuleux du droit international, des droits des peuples faibles, des résolutions de l’ONU sur la Palestine, de la souveraineté du peuple irakien.

Justice ou barbarie ? L’humanité est face à un choix dont dépend son avenir au moment où la globalisation dissout les frontières et où l’information révèle le visage hideux de l’hégémonisme et de la vengeance.

Par Abdelkrim Ghezali, La Tribune