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Donald Rumsfeld aurait permis les sévices en Irak

 
Donald Rumsfeld, le secrétaire américain à la Défense, a donné carte blanche aux soldats pour qu’ils tuent, capturent ou interrogent des cibles dites de valeur dans la guerre contre le terrorisme.
lundi 17 mai 2004.

Selon le magazine The New Yorker citant des responsables actifs ou en retraite du renseignement américain, Donald Rumsfeld a reçu l’approbation de George W. Bush, de Condoleeza Rice, la conseillère du Président américain à la Sécurité nationale, et du général Richard Myers, le chef d’état-major interarmes, pour les méthodes d’interrogatoires non conventionnelles de prisonniers irakiens. « Il a pris cette décision en 2003, à la suite des attentats qui ont visé en août le siège des Nations unies à Baghdad et l’ambassade de Jordanie, lorsqu’il a développé une opération du Pentagone de la traque d’Al Qaïda en Afghanistan vers l’interrogatoire des détenus de la prison d’Abou Gharib, à Baghdad, pour obtenir des renseignements sur la rébellion », explique le journal qui paraîtra aujourd’hui.

Les « sources » de The New Yorker expliquent cette « option » pour « attrapez qui vous devez et faites-en ce que vous voulez » par l’incapacité de l’Administration américaine de capturer des chefs terroristes dans les semaines suivant l’attaque américaine contre l’Afghanistan fin 2001 et de faire face à la multiplication des attentats contre les forces de la coalition en Irak. Le Pentagone dément « globalement et dans le détail ». Laurence Di Rita, porte-parole du Pentagone, qualifie l’article de The New Yorker de « saugrenu » avec un air de conspiration. « Aucun responsable du département de la Défense n’a approuvé quelque programme que ce soit conçu pour conduire à de tels abus comme ceux vus sur les photos et les vidéos récentes », dit-elle.

Donald Rumsfeld, qui est personnellement pointé du doigt et pour la énième fois, réussira-t-il à conserver le soutien de Bush dont la cote de popularité ne cesse de baisser ? Selon le New Yorker, la CIA, qui a approuvé l’usage de techniques spécifiques pour les interrogatoires de dirigeants d’Al Qaïda après les attentats du 11 septembre 2001, s’est opposée à leur application en Irak et refusé d’y coopérer. En attendant, une question reste posée pour les Américains : les « racines » des sévices reposent-ils sur les penchants criminels de quelques réservistes égarés ou sur une décision du patron du Pentagone ? En Grande-Bretagne, l’allié fidèle des Etats-Unis, une polémique bat son plein. Elle pourrait pousser Tony Blair, le Premier ministre, vers la porte de sortie. Selon John Prescott, le vice-Premier ministre, la course pour s’emparer de la couronne de Blair est lancée. Un vote au Parlement en cas de renforts britanniques en Irak n’est pas exclu. Geoff Hoon, le ministre de la Défense britannique, a beau démentir cette « rumeur » mais les opposants à la guerre réclament un « vote ». Selon des députés travaillistes, Blair est devenu un « handicap » pour le Labour, à l’approche des élections européennes et locales de juin, et surtout dans la perspective des législatives qui pourraient avoir lieu au printemps 2005. En Irak, les villes saintes chiites de Kerbala et Najaf, où est retranché le chef radical Moktada Sadr, et Nassiriyah sont devenues le théâtre d’accrochages meurtriers entre miliciens chiites radicaux et forces de la coalition. C’est dans ce climat fait d’accusations et de violences que le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, lâche, dans un entretien avec la chaîne de télévision américaine NBC, une phrase lourde de sens et à l’opposé de la mission que s’est assignée, en mars 2003, l’Administration américaine, en intervenant militairement en Irak.

« Les Etats-Unis devraient accepter tout gouvernement irakien, même théocratique, issu d’élections démocratiques », dit-il. « Nous devrons accepter ce que le peuple irakien choisira », ajoute-t-il. Cette déclaration marque-t-elle un revirement dans la politique du gouvernement américain, qui a, jusqu’ici, combattu bec et ongles toute tentative des dirigeants religieux chiites en Irak de suivre les pas de leurs coreligionnaires iraniens ou lève-t-elle un pan du voile des calculs « inavoués » des faucons de Washington ? Il y a un an, Rumsfeld a déclaré officiellement que « les Etats-Unis ne permettraient pas qu’une minorité vociférante transforme l’Irak à l’image de l’Iran. »

Par D.B., Le Matin