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Bouteflika et Ben ali au sommet de Tunis

Une rencontre pour enterrer « Sfax »
 
Le sommet des chefs d’Etat arabes prévu les 29 et 30 de ce mois pourrait être une occasion pour les deux présidents algérien et tunisien d’aborder les graves événements de Sfax où des ressortissants algériens ont été passés à tabac par la police tunisienne.
mardi 9 mars 2004.

En envoyant son émissaire à Annaba, le président tunisien semble avoir juste saisi l’opportunité de la présence du président algérien à quelques kilomètres de son pays, pour lui adresser l’invitation au sommet des chefs d’Etat arabes. Selon des sources crédibles, le président du parlement tunisien n’avait pas d’autres messages à transmettre de la part de Zine El Abidine Ben Ali à Bouteflika que celui de lui remettre la lettre d’invitation. Les tragiques événements qui ont eu lieu à Sfax contre les supporters algériens ne semblent pas figurer parmi les préoccupations des autorités tunisiennes.

Dossier clos ? Affaire réglée ? L’on ne saura rien, du moins jusqu’à la tenue à Tunis du sommet des chefs d’Etat arabes les 29 et 30 prochains. C’est en tout cas ce qui est avancé du côté de la présidence de la République. Contacté par nos soins pour s’exprimer sur un probable tête-à-tête Bouteflika-Ben Ali sur les événements de Sfax, un responsable au niveau d’El Mouradia se contentera de dire que « ça se décidera au moment opportun ». Et à défaut de préciser ce moment, il ajoutera que « la fin du mois de mars est encore loin ». L’ambassade de Tunisie à Alger préfère, elle, comme de tradition, se mettre en veilleuse. Toutes nos tentatives de contacts avec ses responsables se sont avérées vaines. « L’ambassadeur ? L’attaché de presse ? Ils sont tous en réunion » ou alors « ils ne sont pas dans leur bureau », s’est contenté l’opérateur de son standard de nous donner comme réponse.

Au delà des effets d’une bastonnade - classique - qui aurait pu se déclencher à la fin de n’importe quel match de football réunissant deux équipes, l’une plus prétentieuse que l’autre, les témoignages de personnes présentes ce jour-là à Sfax confirment clairement la préméditation de la police tunisienne à l’effet de « mater les supporters algériens ». C’est qu’il y a eu mort d’hommes, sans que les autorités tunisiennes s’en émeuvent, du moins publiquement.

Les familles des victimes algériennes se sont mobilisées, tout de suite, après le drame et ont affirmé devoir saisir la cour de justice internationale pour demander les droits de leurs victimes. Les autorités algériennes, pour leur part, ne feront pas plus que celles tunisiennes à part déplorer et condamner les faits et pousser à la constitution d’une commission d’enquête. Il est évident que toute démarche dans ce sens, sur les lieux du « crime », exigerait l’aval et la collaboration des autorités tunisiennes. Mais il serait étonnant que la Tunisie accepterait que de telles actions aient lieu sur son territoire. D’ailleurs, ils auraient dû éviter en premier de recourir aux grands moyens au moindre faux geste algérien. Parce que quels que soient les actes de vandalisme dont auraient été responsables les supporters algériens, à l’intérieur du stade ou de la ville hôte, les représentants de l’Etat tunisien auraient eu tout le mérite s’ils avaient choisi de faire valoir leurs lois, et non pas leurs matraques, pour punir les présumés malfaiteurs.

A moins qu’ils n’aient voulu faire comprendre, par leur acharnement sur les supporters algériens, que le pouvoir tunisien ne tolérait aucune tentative de protestation sur son sol. La bastonnade des Algériens pourrait ainsi, éventuellement, servir de leçon à ceux qui oseraient y penser... des Tunisiens.

Et, bien que le déplacement du chef de l’Etat à Tunis, à la fin de mars, puisque constituer - quand même - un excellent prétexte pour demander au président tunisien que toute la lumière soit faite sur le drame des Algériens à Sfax, il n’est pas évident qu’il ira jusqu’à l’acculer pour condamner publiquement des événements que l’Algérie refuse absolument de politiser. Le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, a d’ailleurs tenu à exprimer le sentiment des autorités algériennes à ce sujet. Lors de sa dernière conférence de presse à la résidence El Mithak, Ahmed Ouyahia a préféré donner à ces événements « leur juste mesure » qui est loin de faire état d’une quelconque action dans ce sens.

« Il est hors de question de politiser ce qui s’est passé à Sfax parce que ni la Tunisie ni l’Algérie n’ont besoin de rentrer en conflit », nous dit un responsable algérien qui a eu à siéger au sein de la commission mixte algéro-tunisienne. « Il y a trop d’intérêts et en même temps trop de problèmes entre les deux pays pour accepter de donner officiellement une dimension politique à des événements qui au fond l’ont véritablement », souligne-t-il.

Pourtant, Annaba, la ville voisine de Tunis, a dû conjurer Bouteflika de ne pas effectuer le déplacement vers un pays où les règles élémentaires de bienséance ont totalement failli lors des épreuves sportives au titre de la Coupe d’Afrique. Il faut admettre que les Etats ont leurs raisons que la réaction citoyenne ignorera toujours.

Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran