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A quoi sert le Parlement en Algérie ?

 
Aucune critique sur le programme du gouvernement d’Ahmed Ouyahia. A quoi sert le Parlement en Algérie ? A représenter les citoyens et à défendre leurs droits ? Ou à encenser le gouvernement et à « remercier » le président de la République Abdelaziz Bouteflika ?
samedi 22 mai 2004.

La semaine écoulée, le dernier vrai-faux débat sur le programme de l’équipe Ahmed Ouyahia a été l’occasion pour l’opinion nationale de découvrir une Assemblée déconnectée de la réalité du pays.

Une Assemblée presque entièrement dévouée à la culture des louanges. Cette ambiance, amplifiée par la télévision d’Etat, avait de quoi inquiéter les Algériens. Comment des députés plus que satisfaits du programme du gouvernement, avant qu’il ne soit mis en application, peuvent-ils contrôler l’action de l’Exécutif à l’avenir ? Seront-ils pris au sérieux désormais ?

Il y a d’abord cette facilité avec laquelle Ahmed Ouyahia a mené en bateau son monde, les députés en premier. Il s’est présenté à l’APN avec un nouveau « programme », inspiré, semble-t-il, de celui du président de la République sans faire le bilan de l’exercice écoulé. Ouyahia était obligé, après presque une année à la tête du gouvernement, de présenter un bilan d’activité devant le Parlement. Il ne l’a pas fait, ignorant, dans la foulée, une obligation constitutionnelle. Cela, curieusement, n’a suscité aucune réaction de la part des députés. Qui, aujourd’hui, peut dire aux Algériens de quelle manière les affectations budgétaires, autorisées par loi de finances pour 2003, ont été utilisées ?

Ces affectations ont été largement exploitées par le gouvernement Ouyahia. Ouyahia, qui a cru trouvé l’astuce en détournant les règles avec la présentation aux journalistes d’un bilan chiffré, annoncé sans aucune contradiction, s’est accordé des bons points sans aucune retenue. Face à cela, le Parlement est resté muet. Il n’a pas demandé au chef du gouvernement à vérifier la réalité des chiffres qu’il a présentés. Il n’a pas exigé à contrôler les dépenses de l’Etat, alors qu’il a toutes les prérogatives pour le faire. Personne à l’APN n’appelle le gouvernement à établir la loi sur le règlement budgétaire qui permettra de contrôler les dépenses autorisées par la loi de finances. De même personne n’a demandé comment et de quelle manière les « enveloppes supplémentaires » dégagées par le président Bouteflika, lors de ses déplacements à l’intérieur du pays, des semaines avant l’élection présidentielle a servi cet argent. Il est tout de même curieux que ces enveloppes soient offertes comme des cadeaux aux walis, lesquels walis, qui n’ont de comptes à rendre presque à personne, n’ont pas réussi à absorber la colère de la population. Population qui, depuis des semaines, exprime son mécontentement dans plusieurs régions du pays, à commencer par le Sud : routes barrées, pneus brûlés, édifices publics incendiés... Face à cela, les autorités réagissent par la répression. Les juges, dans de tels cas, font montre d’une étonnante célérité en envoyant en prison les jeunes, souvent des chômeurs. Les scènes de violence, de manifestations de rue et d’émeutes se reproduisent à un rythme régulier sans que cela inquiète les... représentants du peuple. Aucun député n’a eu l’audace de demander des explications, à la faveur de la « discussion » du projet d’Ouyahia, sur cette manière de gérer le pays.

Entré dans les rangs, Karim Younès, président de l’APN et ex-opposant à Bouteflika, n’a pas usé de ses prérogatives pour diligenter des commissions d’enquête sur le terrain pour essayer de savoir de quoi se plaignent les citoyens. Rien. La sourde oreille. Alors une question s’impose : à quoi sert le Parlement ? Son existence désormais n’intéresse plus personne. Les Algériens sont, force est de le dire, obligés de chercher d’autres formes, crédibles et efficaces, de représentation. Entreprise difficile dans un pays verrouillé.

Par F. M., El Watan