ACCUEIL     RENCONTRES     DONATION     FORUM

Khaled Nezzar à Al Jazira : Du journal de guerre au Sahara occidental

 
La chaîne qatarie Al Jazira a réalisé une interview sur deux parties avec le général à la retraite, Khaled Nezzar, dont la première a été diffusée jeudi.
samedi 22 mai 2004.

C’est le premier entretien accordé par l’ancien ministre de la Défense avec cette chaîne, comme l’a rappelé le journaliste de Ziara khassa (visite privée) qui, avant de d’engager le débat, a dressé un portrait riche en photos de l’officier de l’ALN puis de l’ANP que fut Khaled Nezzar. Une chose qui surprend d’emblée chez Nezzar : son arabe. Un arabe qu’on pourrait qualifier d’assez bon pour un général de formation francophone et dont toutes les interventions sont faites en langue française.

L’air serein du début à la fin, le général a retracé tout son itinéraire militaire, depuis sa désertion de l’armée française en 1957 et son adhésion à l’Armée de libération nationale. Lorsque le journaliste soulevait devant lui une ancienne polémique avec le colonel Ali Kafi à propos du rôle des « déserteurs » de l’armée française dont il faisait partie, il a évité de répondre et de taper sur son « frère d’arme ». « Comme je n’aime pas qu’on mette en doute mon passé révolutionnaire, je ne peux me permettre de mettre en doute le passé révolutionnaire de quiconque », relancera-t-il à propos d’une autre polémique qui le liait au Président Bouteflika qu’il évitera d’ailleurs d’offenser tout au long de l’émission. Les années Ben Bella, l’ère Boumediène, « un grand homme que l’Algérie n’enfante qu’une fois tout les cent ans », le journaliste s’étalera longtemps aussi sur le conflit du Sahara occidental. Le général s’est efforcé de disculper l’armée algérienne dans ce conflit. « Ce n’est pas l’armée qui a créé le problème sahraoui », explique-t-il, et « notre armée n’a aucune responsabilité dans ce dossier ». Il explique au journaliste, pour revenir sur le pavé qu’il avait lancé dans la mare, il y a une année, sur la viabilité d’un Etat dans ces territoires occupés par le Royaume marocain, que « l’Etat algérien a accepté le principe d’une solution médiane avec le Maroc (...) C’est la partie marocaine qui l’a rejeté ». Solution médiane qui signifie le partage des territoires. Ce fut, pour rappel, une des propositions du secrétaire général des Nations unies après l’impasse constatée de la Minurso sous la conduite de James Baker.

La première partie s’achève sur les péripéties de l’ouverture démocratique du début des années 90 en Algérie. L’occasion d’évoquer l’épisode à controverse de la démission du président Chadli. Nezzar jure que l’armée n’a exercé aucune pression sur le chef de l’Etat pour l’amener à prendre une telle décision. Il a révélé que le Président a refusé de rencontrer un groupe d’officiers supérieurs qui devaient lui remettre un mémorandum, et raconte qu’à la veille de son départ, le Président avait confié à son ministre de la Défense, dans son bureau, quand la crise était arrivée à son point culminant : « Malheureusement, il appartiendra, encore une fois, à l’armée de prendre ses responsabilités... ». Ce fut la dernière rencontre entre les deux hommes.

La seconde partie de cette intéressante interview sera diffusée jeudi prochain. Elle portera sur les « années rouges » qui suivirent la montée du FIS . Nezzar parlera de l’assassinat de Mohamed Boudiaf, de l’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika. Le public arabe aura peut-être, pour une fois, à entendre une autre version de l’histoire récente algérienne. C’est le mérite de cette émission lorsqu’on sait la grille de lecture qu’était celle de cette grande chaîne d’information s’agissant de l’Algérie, avec notamment les couvertures, souvent tendancieuses, de son correspondant à Alger, lequel faisait souvent la part belle aux islamistes, les ennemis jurés du général Nezzar. Cela n’empêchera pas le journaliste qui a interviewé le général chez lui, à Alger, de glisser sournoisement en fin d’émission cette pique : « Nous quittons maintenant la belle maison du général Nezzar qui était la propriété d’un ex-colon français ».

Par Mussa Acherchour, La Nouvelle République