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AÏN LALOUI : Retour sur les lieux de la "Colère"

"C’est le chômage et la misère qui nous manipulent"
 
L’artère traversant le village est jonchée de pneus brûlés et de débris de verre. Quasiment, tous les réverbères alignés de part et d’autre ont subi les assauts des jeunes protestataires.
mardi 9 mars 2004.

Avant-Hier et presque au même instant, des jeunes de Guerrouma, Ath Abdellah, Djebahia et Aïn Laloui ont hurlé leur colère à travers les artères de leurs localités respectives. La simultanéité des quatre actions de protestation ne serait pas, trouvent les plus imprégnés de considérations électoralistes, le fruit d’un hasard. Selon eux, des manipulateurs seraient derrière les troubles survenus dans ces localités.

Pour essayer de donner une explication à ces troubles, nous nous sommes rendus, hier, dans la commune de Aïn Laloui, une localité d’habitude paisible. L’artère traversant le village est jonchée de pneus brûlés et de débris de verre. Quasiment tous les réverbères alignés de part et d’autre ont subi les assauts des jeunes protestataires. Le centre culturel, le seul édifice d’intérêt public existant, a volé en éclats. 11 machines à coudre, sept ordinateurs et autres mobiliers y ont été volés. Il est 10h 30. Nous entrons dans le café du centre du village. Des jeunes sirotent leurs cafés.

L’événement de la veille est au centre des discussions. Le mot aârouch est dans toutes les bouches. Nous nous mêlons aux jeunes. Quelques-uns nous trouvent "suspects". Nous déclinons alors notre identité. Du coup, c’est tout le monde qui veut nous parler. Nous freinons leur enthousiasme en leur laissant entendre qu’ils seraient manipulés. "Oui, c’est le chômage et la misère qui nous manipulent", s’écrie Samir, la trentaine. Un autre jeune, jusque-là à l’écart, s’approche de nous : "Nehki-lek ljernan ma yekfich (ton journal ne peut pas contenir tout ce que j’ai à dire) !". C’est tout ce qu’il dira. Samir revient à la charge : "Nous n’avons pas d’APC. Ils (les élus) ne gèrent que leurs intérêts."

En fait, l’assemblée de Aïn Laloui est, depuis son élection, bloquée. Aucune commission n’est opérationnelle. C’est la commission ad hoc dont le maire est membre qui "gère" les affaires de la cité. La désignation du maire (d’obédience Islah) à la tête de l’APC avait soulevé le courroux d’autres élus qui refusent de siéger avec lui. Samir nous expliquera qu’en réalité "la mairie est gérée par un ami du maire". Ce dernier, selon notre interlocuteur, obéit à des considérations tribales. En somme, les jeunes tenteront de nous expliquer que leur village n’est pas géré par des citoyens pour qui ils avaient voté. Nous remercions les jeunes et nous nous dirigeons vers le siège de l’APC. L’édifice a, lui aussi, subi les assauts des protestataires.

Le véhicule de la collectivité a, nous a-t-on dit, échappé aux flammes après avoir été renversé. Un brouhaha indescriptible remplit les salles de la mairie. Nous cherchons après le maire et c’est le secrétaire général qui nous reçoit en premier. Ce dernier s’interdit tout commentaire politique. Il se contentera de nous dire : "Ces événements nous ont surpris".

Le maire finit par nous recevoir. Il laissera entendre d’emblée que les jeunes ont été manipulés. Selon lui, d’autres élus, dont celui du RND, seraient derrière le mouvement de protestation. Quant aux revendications exprimées par les jeunes (le gaz de ville, l’emploi et la distribution des 80 logements), le maire trouve qu’il s’agit de problème d’ordre national et que de toutes les façons, il n’avait pas trouvé avant-hier avec qui discuter.

T.O.A. , La Dépêche de Kabylie