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Ahmed Ouyahia : « La crise politique est terminée en Algérie »

 
Le programme du gouvernement d’Ahmed Ouyahia a été adopté hier par une large majorité à l’APN.
dimanche 23 mai 2004.

Le Parti des travailleurs, fidèle à ses convictions, a voté non. La surprise est venue du groupe du MRN de Djaballah qui s’est abstenu lors de l’opération de vote.Avant cela, le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, a répondu aux questions et aux préoccupations des députés.

Il commencera son intervention par une série de mises au point destinées à un grand nombre de députés, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition. La première concerne la politique étrangère de l’Algérie et les événements douloureux qui secouent le Moyen-Orient. Il réitérera la solidarité de l’Algérie avec les peuples palestinien et irakien puis il s’interrogera sur les motivations des députés qui demandent à chaque occasion une prise de position de la part du gouvernement quant à ces questions. « Vu de l’étranger, il n’y a qu’une seule Algérie », tiendra-t-il à préciser. Puis tout en affirmant la disponibilité de son gouvernement à travailler avec le Parlement, Ahmed Ouyahia fera un exposé des possibilités offertes pour que les députés puissent obtenir tout éclaircissement quant à la politique étrangère menée.

Après cela, il affirmera avec force qu’il « ne peut y avoir de surenchère quant à la situation internationale » car « l’Algérie a des principes et des intérêts à défendre ». Parmi ces derniers, la coopération avec l’OTAN. « Nous travaillons avec l’OTAN et nous continuerons à le faire. Notre armée a besoin de cette coopération », a-t-il dit en substance tout en réaffirmant le rôle que joue l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme international, « car notre peuple l’a ressenti dans sa chair ». Il apportera cependant une précision de taille concernant le rôle de l’armée algérienne dans des conflits éventuels en affirmant que « les enfants d’Algérie ne mourront que sur le sol de leur patrie ». Concernant la demande émise par certains députés de pouvoir organiser des marches de soutien aux peuples palestinien et irakien dans la capitale, le chef du gouvernement a réaffirmé la validité de l’interdiction prise en juin 2001.

Il ironisera en affirmant que si les marches pouvaient régler des problèmes, cela aurait été fait.Après cette escapade de politique étrangère, Ahmed Ouyahia passera à quelques mises au point au niveau national. « J’attire l’attention de mes amis [les députés ; NDLR] que l’Algérie, ce n’est ni le Sud, ni le Centre, ni l’Est ou l’Ouest, c’est tout le territoire », a-t-il asséné comme préalable aux démentis sur une éventuelle discrimination dans le traitement par l’Etat des citoyens du sud du pays. Il affirmera que la prise en charge des familles sinistrées d’Adrar a été faite dans des conditions très bonnes et que plus aucune famille n’est sans abri. Quant aux affirmations tenues çà et là et appelant à la constitution de regroupements régionaux, Ahmed Ouyahia sera très dur en brandissant la menace du recours à la loi car « l’atteinte à l’unité nationale est un crime qui figure dans la Constitution ».

Au sujet de la multiplication des émeutes, le chef du gouvernement a affirmé que la loi sera appliquée car « on ne peut passer du terrorisme à la terreur », a-t-il déclaré.Au sujet de l’élection présidentielle et des affirmations de certains parlementaires quant au recul de la démocratie, Ahmed Ouyahia affirmera que « la démocratie n’a pas reculé mais a failli disparaître quand certains ont voulu investir la rue et demandé à l’ANP d’intervenir ». Quant à Khalifa TV, il affirmera que « les Algériens ont vu où est passé l’argent qu’a volé Khalifa Moumène. Il faut 300 millions de dollars pour que la télévision émette pour 3 mois et on a vu qui est passé par l’intermédiaire de l’instrument de propagande d’un voleur ». Il reviendra aussi sur la demande émise par des députés et des associations de protection des droits de l’Homme pour la levée de l’état d’urgence. Ce dernier est, aux yeux du chef du gouvernement, dicté par une nécessité sécuritaire.

« L’état d’urgence n’a pas empêché l’élection pluraliste de se dérouler. Le jour où nous n’en aurons plus besoin, nous le lèverons », a-t-il dit.Ayant fait les mises au point qu’il jugeait nécessaires, le chef du gouvernement a abordé le programme du gouvernement, débutant par le sujet le plus « important ». Il débutera son propos en affirmant que cela n’était pas nouveau car le président de la République en parle depuis quatre années. « Je rassure les Algériens et les Algériennes, ce que vous avez demandé sera réalisé », dira-t-il en une allusion à peine voilée aux 8,5 millions de personnes qui ont élu ce programme. « La réconciliation nationale, ce n’est ni un mécanisme, ni une conférence, ni un congrès. La réconciliation, c’est la sécurité pour tous les citoyens, le renforcement de l’unité nationale, le développement et du travail pour tous », a-t-il dit. « La première étape de la réconciliation, c’est l’obligation d’en finir avec le terrorisme. Celui qui dépose les armes, nous le prendrons en charge. Celui qui ne veut pas, nous le combattrons », a-t-il tenu à préciser tout en affirmant qu’il n’était pas question d’une quelconque réhabilitation du FIS dissous. « Le FIS a été dissous par décision de justice et le dossier est définitivement clos », a-t-il réaffirmé. « Le terrorisme a été combattu par des hommes et ne pensez pas que vous pourrez leur demander des comptes car ils ont sauvé la république », a-t-il dit en substance. A propos du dossier des disparus, le chef du gouvernement a affirmé qu’il sera traité mais qu’il était indécent que des personnes affirment que des individus seraient détenus dans des prisons.

Il abordera les différentes réformes engagées et dira que concernant la justice, des projets de loi étaient en attente à l’APN et que cela se poursuivra. Le code de la famille « sera révisé très bientôt. Il s’agira de trouver un équilibre entre la religion et la Constitution mais surtout avec les aspirations des Algériennes » qui occupent des charges et fonctions importantes dans notre pays. La réforme des structures et missions de l’Etat est « une œuvre de longue haleine », a-t-il dit en affirmant qu’un nouveau découpage administratif verra bientôt le jour. Le dossier de la fonction publique est en cours de traitement avec l’UGTA. « Il s’agit d’améliorer les capacités de l’administration et les conditions des fonctionnaires », a-t-il précisé en ajoutant que l’ENA et les CFA quitteront leurs tutelles actuelles.L’éducation et particulièrement la langue d’enseignement ont fait l’objet d’un commentaire de la part du chef du gouvernement qui n’est pas « celui de Benzaghou mais celui de la république » en faisant des comparaisons avec ce qui a cours en Syrie ou au Liban tout en affirmant que la réforme sera poursuivie pour que l’Algérie prenne sa part de la science universelle.

Quant aux questions économiques et sociales, Ahmed Ouyahia commencera par expliquer la nécessité pour l’Algérie d’adhérer à l’OMC et de ratifier l’accord d’association avec l’UE. « Nous ne pouvons vivre seuls dans un monde qui a complètement changé », a-t-il dit. Il soulignera aussi la nécessité de revoir le corpus juridique qui organise le secteur des hydrocarbures tout en précisant qu’il ne « s’agit pas de privatiser la Sonatrach ». Les réformes économiques sont, aux yeux du chef du gouvernement, une nécessité vitale car « l’enjeu est de donner du travail aux enfants de notre pays ». Il conclura par un appel aux députés pour qu’ils expliquent aux citoyens qu’il « est impossible d’avoir tout, pour tous et partout ». Pour Ahmed Ouyahia, « la crise politique est terminée en Algérie mais il subsiste des problèmes qui doivent être réglés ».

Par Amine Echikr, La Tribune