Pour le maintien de la dépendance vis-à-vis du pétrolePour des raisons évidentes, les majors américaines font pression pour que la solution choisie soit le maintien de la dépendance vis-à-vis du pétrole, en introduisant deux éléments essentiels : la diversification des sources d’importation et le maintien de stocks stratégiques importants. Pourquoi cet attachement au pétrole et au gaz ?
mardi 1er juin 2004.
Les atouts des hydrocarbures
En date du 1er janvier 2004, les réserves établies de gaz naturel étaient estimées par l’hebdomadaire Oil & Gas Journal à 172 054 milliards m3. Environ trois quarts des réserves mondiales de gaz naturel se trouvent au Moyen-Orient et en ex-URSS, la Russie, l’Iran et le Qatar possédant 58% de ces réserves. Malgré le taux élevé d’accroissement de la consommation de gaz naturel dans le monde, les rapports réserves-production (mesure approximative du nombre d’années pendant lesquelles l’offre de gaz naturel d’une zone géographique donnée durera) de la plupart des zones géographiques restent élevés. Il est de 61 ans pour le monde entier, 76 ans pour l’ex-URSS, 90 ans pour l’Afrique et plus de 100 ans pour le Moyen-Orient. Les prévisions américaines abondent dans le même sens. Dans son évaluation moyenne, l’U.S. Geological Survey (USGS) note que les estimations de gaz naturel non découvert dans le monde atteignent 128 219 milliards m3. Quant à la croissance des réserves au cours des vingt-cinq prochaines années, elle représenterait 66 460 milliards m3.« La fiabilité grâce à la diversification », écrit Alan Larson (sous-secrétaire d’Etat aux Affaires économiques, commerciales et agricoles, département d’Etat des Etats-Unis) dans La géopolitique du pétrole et du gaz naturel, insistant sur une priorité : la coopération avec le secteur privé des pays ciblés. Le choix de la diversification
Trois importantes conditions restent toutefois à réunir :
Le continent africain représente 10% des importations américaines, ce qui en fait encore une source mineure. Mais le renforcement des liens politiques avec l’Algérie et le Nigeria ainsi que le lancement d’un projet de pipelines liant les deux Etats sont potentiellement susceptibles de changer ce statut. Cependant, en 2003, le Nigeria et l’Angola ont figuré parmi les 10 principaux fournisseurs de pétrole des Etats-Unis. Le Gabon, la Guinée équatoriale, la République du Congo, le Tchad et le Cameroun, Sao Tomé et la Mauritanie sont également susceptibles d’intégrer cette liste si les investissements directs nécessaires sont effectués. Il faut savoir, en effet, que la plupart des nouveaux gisements sont situés en haute mer, à de grandes profondeurs, et que leur exploitation exige des installations fort coûteuses. Quant à la source la plus problématique, celle du Moyen-Orient, le mot d’ordre est privatisation. L’accroissement du secteur privé et l’ouverture du marché aux investisseurs étrangers sont considérés par les Américains comme le plus sûr moyen de stabiliser cette région et de la rendre fiable. Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si le Qatar et les Emirats arabes unis sont cités en exemple. Le premier coopère avec de grandes sociétés internationales pour devenir un important exportateur de gaz naturel liquéfié, tandis que le second s’est lancé dans un projet de privatisation de la production d’électricité et d’eau potable de Taweelah. Les stocks stratégiques
Les arguments extérieurs
La croissance démographique continue d’être beaucoup plus rapide dans les pays en développement que dans le reste du monde, au point que, selon les prévisions de l’ONU, la proportion de la population mondiale vivant dans ces pays pourrait atteindre 81% en 2030. En conséquence de quoi, l’Agence internationale de l’énergie (Perspectives énergétiques mondiales 2002) estime que la demande mondiale d’énergie primaire sera, en 2030, supérieure de près des deux tiers à celle de 2000. Cette demande atteindra 15,3 milliards de tonnes de pétrole par an et les pays en développement représenteront 62% de cette augmentation. Dans le même sens, l’Administration fédérale de l’information sur l’énergie prévoit que l’utilisation d’énergie aura presque doublée dans les pays en développement en 2025.Dans un article intitulé La consommation croissante de pétrole et de gaz naturel des pays en développement, Amy Jaffe (spécialiste des questions de l’énergie, James A. Baker III Institute for Public Policy Université Rice), explique qu’en Amérique latine, la demande d’énergie primaire devrait presque doubler d’ici à 2015 par rapport à celle de 1999. Ainsi, au lieu d’être une source majeure d’approvisionnement pour les Etats-Unis, cette région pourrait être un important consommateur et devra être incluse dans les mécanismes internationaux de création de stocks d’urgence et dans les initiatives en faveur de nouvelles sources d’énergie. Le continent asiatique n’est pas en reste. Selon le rapport Oil Market Intelligence 2001 publié par le bureau de recherche indépendant Energy Intelligence Group, la consommation de pétrole de l’Asie dépasse 20 millions de barils par jour (b/j). Elle est déjà supérieure à celle des Etats-Unis. D’ici à 2010, la consommation totale de pétrole de l’Asie pourrait atteindre de 25 à 30 millions de b/j, la majeure partie devant être importée de pays situés en dehors de ce continent. En termes de pourcentages, on prévoit une croissance annuelle moyenne de la consommation d’énergie de l’ordre de 3%. A titre de comparaison, ce taux est de 1,7% pour l’ensemble de l’économie mondiale. La demande d’énergie devrait donc plus que doubler durant les vingt prochaines années. D’après les projections de l’AIE, la demande dans cette région représentera 69% de l’augmentation totale de la consommation des pays en développement et près de 40% de l’augmentation de la consommation mondiale d’énergie. Une illustration : la Chine devrait voir ses importations de pétrole passer d’environ1,4 million de b/j en 1999 à 3 ou 5 millions de b/j en 2010. Par Louisa Aït Hamadouche, La Tribune |
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