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Lamari à la revue"EL-DJEICH" :

L’ANP n’a pas de candidat et n’est contre aucun autre candidat
 
El-Djeïch : Mon général, malgré vos déclarations antérieures, relatives à la non-implication de l’ANP et à son impartialité dans la compétition électorale, on relève encore des commentaires sceptiques, voire tendancieux, laissant penser que cette neutralité est “factice”. Pouvez-vous nous éclairer à ce sujet ?
mercredi 10 mars 2004.

Le Chef d’état-major : J’aimerais préciser qu’on ne peut être indifférent ni passif devant un scrutin d’une telle importance. Aussi nous préférons parler d’impartialité de l’ANP dans cette compétition. Quant au scepticisme que soulève cette option chez certains, je ne peux que le regretter d’une part et, d’autre part, tenter une nouvelle fois de le lever aux yeux des militaires tout au moins. Je précise que si l’ANP, notamment depuis 1992, s’est impliquée peu ou prou dans la politique, c’était en raison d’un impératif de destin national concernant le caractère républicain de l’Etat et la pérennité de la nation algérienne. Bien que toutes les conditions ne soient pas totalement réunies, garantissant notamment le caractère républicain de l’Etat, nous pensons qu’il est temps que la société algérienne assume ses options à la faveur d’élections mettant en compétition des candidats que l’armée n’œuvre ni à gêner ni à favoriser. Que chacun se fasse désormais à cette idée.

Il est relevé, au vu de différentes positions exprimées ça et là, une appréhension selon laquelle si la neutralité de l’armée est acquise, elle risque cependant de céder la place à une partialité d’autres institutions, au premier rang desquelles l’administration. Qu’en pensez-vous ?

Une telle appréhension serait, en effet, tout à fait légitime si la situation stigmatisée devait réellement exister. L’administration, la justice ainsi que les autres institutions n’ont absolument pas vocation, ni individuellement, ni collectivement, à se mettre d’une quelconque manière en situation de partie prenante face au choix des électeurs au moment de l’élection, ni d’ailleurs avant ou pendant la campagne électorale. La neutralité de l’armée n’aurait en effet pas de sens si elle ne se généralisait pas à toutes les autres institutions de la République, afin de ne pas entacher la crédibilité du scrutin.

Quel crédit accorder aux supputations selon lesquelles des agents de l’administration subiraient des pressions pour pencher en faveur d’un candidat, parce que préféré par l’ANP ?

Je répète encore une fois que l’ANP est en dehors des compétitions électorales, c’est-à-dire qu’elle n’a pas de candidat et qu’elle n’est contre aucun candidat. Si cela peut répondre à votre question, qu’il soit dit qu’aucun agent de l’administration ne doit faillir à son devoir et que, ce faisant, il n’a rien à craindre. Et si même il aurait à craindre, il est tenu d’honorer ses fonctions pour être honorable. Que de fonctionnaires, de magistrats, de citoyens ont payé de leur vie une pareille attitude face aux hordes terroristes durant ces dernières années. J’en profite pour exprimer mon profond respect à la mémoire de ceux, civils et militaires, qui ont payé de leur vie la sauvegarde de l’Etat national et l’ouverture de la voie démocratique.

Mon général, les bureaux de vote spéciaux sont désormais supprimés en vertu de la loi ; quel est votre sentiment à cet égard ? Et est-ce que cela ne constituera pas un handicap favorisant l’abstention parmi les militaires ?

Avant tout, il y a lieu de préciser que l’institution militaire, elle-même, a demandé l’amendement de la loi électorale dans ce sens. A présent, il s’agit d’une loi, et la loi doit être respectée. Dorénavant, les militaires, à l’instar des personnels des autres corps concernés, voteront directement ou par procuration pour toute consultation électorale, et si cela doit représenter aux yeux de l’opinion publique et de la classe politique un élément supplémentaire conférant plus de crédibilité aux élections, nous ne pouvons que nous en féliciter. Quant au risque d’abstention évoqué, j’en profite pour inviter chaque militaire à accomplir son devoir comme ses concitoyens.