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Grève des pêcheurs en Algérie

 
La majorité des ports et des abris de pêche d’Algérie ont été paralysés suite à la grève lancée par les pêcheurs, armateurs et petits métiers.
dimanche 7 janvier 2007.

Les ports de pêche paralysés en Algérie. Les patrons d’embarcation de pêche sont décidés à ne pas lever l’ancre tant que le ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques ne lâche pas du lest, en abrogeant certaines dispositions jugées d’une « excessive sévérité ». Trois nouvelles dispositions sont particulièrement sujettes à contestation : « l’autorisation de pêche », « le contrat patron/marin pêcheur » et « le brevet de pêche ». D’habitude occupés par la cheville ouvrière, c’est-à-dire les petits métiers et les marins ouvriers travaillant à la tâche, qui se chargent des préparations précédant la sortie en mer, les quais de plusieurs ports de l’Algérie ont été transformés hier en lieux de rassemblement par les « grévistes » devant leurs embarcations.

Certes, le vif du sujet était la nouvelle réglementation décrétée par le département de Smaïl Mimoune et mise en application le 1er janvier dernier, mais cela n’a pas empêché les professionnels de la pêche de vider leurs sacs et d’exprimer un ras-le-bol général, longtemps refoulé. En premier lieu, la corporation est unanime à refuser l’autorisation de pêche, ce nouveau document exigé par le ministère pour l’exercice de l’activité et qui est délivré par la Direction de pêche et de l’aquaculture de wilaya après payement d’une taxe annuelle auprès des Domaines, soit 7.000 DA contre 1.000 DA auparavant. Selon plusieurs armateurs et pêcheurs, qui étaient en arrêt de travail hier à Oran, « cela équivaut à la licence exigée aux opérateurs étrangers autorisés à pêcher dans nos eaux territoriales. En principe, pour les pêcheurs algériens, le rôle d’équipage, qui est délivré par les gardes-côtes, suffit. On ne professionnalise pas avec la bureaucratisation, au contraire il faut débureaucratiser et simplifier les choses, d’autant qu’il s’agit d’une activité à tous risques, précaire et incertaine du point de vue rendement et que nos pêcheurs sont misérables et illettrés pour la plupart ».

Une autre démarche nouvellement instaurée par l’administration est unanimement rejetée par les professionnels : le contrat patron/marin pêcheur. « Les marins pêcheurs sont des ouvriers journaliers, une main-d’oeuvre payée à la part (de la prise) et qui change de navire chaque mois, voire moins. Le patron le plus généreux ne peut fidéliser son équipage, il est obligé d’embaucher chaque fois pour remédier aux départs. Le recrutement se fait parfois sur quai, à la dernière minute avant l’embarquement. Un patron ne peut pas établir un contrat avec chaque marin admis à bord car, s’il le fait, il va se retrouver avec 200 contrats en une seule année et des tas de problèmes et de conflits sur le dos et un risque quasi certain d’avoir affaire à la justice. Le brevet de pêche, ce diplôme introduit par la nouvelle loi pour les capacitaires, les électro-motoristes et les patrons de pêche, est aussi sujet à controverse. Plusieurs patrons de pêche trouvent « aberrante » la nouvelle démarche qui veut qu’un patron de pêche doit aller suivre un stage de formation d’un mois dans l’école de Bousmaïl, à Alger, après payement de 60.000 DA de frais, « alors qu’en principe ce certificat ne concerne que les professionnels de la Marine marchande ».

La récente mise en application de la nouvelle législation régissant l’activité de la pêche a provoqué une véritable levée de boucliers de la part des professionnels de la pêche à travers les 29 ports que compte l’Algérie. D’ailleurs tout en début de semaine, les gens de la mer de la région ouest du pays ont déclenché une grève qui a fait tache d’huile, générant un grand mouvement de protestation des patrons pêcheurs à l’image de ceux de la wilaya de Boumerdès. Avant-hier, les patrons pêcheurs de Zemmouri El-Bahri ont donné instruction aux marins pêcheurs de ne pas prendre la mer et de laisser les embarcations attelées au port. Hier matin, lors d’une virée au plus important port de pêche de la wilaya du Rocher noir, l’ampleur de la contestation qui régnait sur les lieux au premier jour du débrayage était visible.

Synthèse de Rayane, algerie-dz.com
D’après le Quotidien d’Oran