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Bouteflika derrière les imams

Le groupe des dix condamne les prêches contre la presse indépendante
 
Réunis de nouveau hier au siège de la permanence électorale du général à la retraite, Rachid Benyellès, les membres du groupe des 10 ont condamné l’utilisation par le Président-candidat de la religion et des confréries religieuses pour se faire réélire.
samedi 28 février 2004.

Cette condamnation intervient au moment où une polémique est née à la suite de prêches incendiaires contre la presse indépendante, et plus particulièrement le quotidien Liberté, confortés par le ministre des Affaires religieuses et celui de l’Intérieur. Ce qui confirme ainsi que le clan présidentiel après la justice, l’Administration et autres, n’hésite pas à utiliser les mosquées contre les voix discordantes. Les rédacteurs du communiqué sanctionnant la réunion des 10, dont des candidats à la prochaine présidentielle, n’ont pas manqué d’entamer leur texte en rappelant que cette importante échéance électorale « est entrée dans sa phase décisive » et qu’ils tiennent, par conséquent, à tenir à témoin l’opinion nationale et internationale sur cette pratique considérée comme une « violation continue de la Constitution ».

Concernant les tournées du Président de la République qui se caractérisent, entre autres, par les motions de soutien de la part des représentants de la société civile, dont celles des confréries religieuses, le groupe des 10 les assimile à des « provocations » de la part du Président-candidat puisqu’il poursuit sa campagne électorale en « bafouant les normes démocratiques les plus élémentaires et en sollicitant les bains de foule dans des villes insurgées avec une jeunesse désespérée réduite à l’exaspération pour revendiquer son droit légitime à la dignité ». Cette prise de position, faut-il également le souligner, est motivée par les récentes émeutes ayant éclaté à Ouargla et Touggourt et émaillé la visite du chef de l’Etat dans ces deux villes. A la suite de quoi l’opinion algérienne et étrangère a été « trompée » grâce à la manipulation des médias publics, notamment la télévision d’Etat, qui ont ignoré cette contestation populaire et offert des informations et des images « plaidant » pour une autre réalité.

L’instrumentalisation des médias lourds pour le compte d’un deuxième mandat du Président sortant a été précédemment décriée par le groupe des 10, qui compte quatre anciens chefs de gouvernement, Mokdad Sifi, Ahmed Benbitour, Mouloud Hamrouche et Ali Benflis, Saïd Sadi, Ahmed Taleb Ibrahimi, Ali Yahia Abdenour, Cherif Belkacem, Rachid Benyellès. Ce groupe, réuni dans l’objectif de se présenter en front antifraude, n’a pas manqué hier de se prononcer sur les événements ayant accompagné la participation de l’équipe algérienne de football à la Coupe d’Afrique organisée en Tunisie pour condamner la « réaction scandaleuse des plus hautes autorités algériennes face à l’agression dont nos concitoyens ont été victimes en Tunisie ».

Les 10 appellent, enfin, à travers leur déclaration les Algériens à une « mobilisation citoyenne massive à même d’éviter au pays la reconduction de pratiques frauduleuses qui ont déjà mis en péril le destin de la nation ». Ils en appellent, en outre, aux agents de l’Etat pour « honorer la mission de service public en assurant la neutralité de l’Administration à l’instar de ceux, parmi eux, qui ont su résister aux pressions et menaces ». Les animateurs du front antifraude se sont donné un autre rendez-vous mercredi prochain au niveau du siège du FLN, à partir de 14 h.

Mekioussa Chekir, Le Matin