Affaire Khalifa : Jusqu’où ira la justice ?« Ce sont les barons et les lobbies d’intérêt qu’il faut pourchasser et non pas les petits revendeurs à la sauvette. Ce sont ceux-là qui gangrènent l’économie nationale. »
lundi 21 juin 2004.
Cette déclaration a été faite par Ahmed Ouyahia, chef du gouvernement, le jour de l’ouverture de la 24e session du Conseil national économique et social qui s’est tenue le 13 juin dernier.
Au moment où la justice algérienne prend tout son temps pour traiter ce dossier qualifié par Ouyahia « d’escroquerie du siècle », la justice française est à sa troisième mise en examen de personnes impliquées dans la gestion de certaines filiales du groupe installées sur son sol.
Le nom du célèbre acteur français, Gérard Depardieu, revient très souvent dans cette affaire. L’enquête menée par la justice française a révélé des détournements d’actifs ayant caractérisé la gestion de la société de location de voiture liquidée le 29 juillet 2003. De nombreux véhicules de luxe ont été loués, dans des conditions contraires aux intérêts de la société, à des personnalités comme Gérard Depardieu, rapporte Le Monde. Le même quotidien, dans son édition du 12 juin 2004, annonce de nouvelles mises examen de deux personnes dans le cadre de l’enquête menée sur cette affaire par Isabelle Prevost-Despres. Il s’agit de l’homme d’affaires et ami d’Abdelmoumène, en l’occurrence Dominique Aute-Leroy, et le notaire qui a finalisé l’opération de revente de la villa du patron de Khalifa, sise à Cannes. Cette dernière, selon toujours Le Monde, a été revendue pour un montant de 10 millions de dollars alors qu’elle a été acheté pour la bagatelle de 30 millions de dollars. Ce montant aurait été remis par le notaire à Abdelmoumène Khalifa à l’aéroport de Londres. L’homme d’affaires a été mis en examen pour complicité de banqueroute. Tandis que le notaire est accusé d’avoir mené une transaction illégale en n’informant pas le liquidateur judiciaire des filiales du groupe. L’autre piste suivie par les enquêteurs français est celle du blanchiment d’argent. Plusieurs transferts de fonds, via des banques de Sao Paulo, Dubaï, Washington, entre autres,ont été effectués depuis le mois de mai 1999 à partir de Khalifa Bank, à Alger. En clair, c’est l’argent algérien qui a financé l’ensemble des affaires d’Abdelmoumène à l’étranger. L’autre zone d’ombre dans cette affaire concerne les acquisitions du groupe. La totalité des achats de parts menés par la banque du groupe, depuis sa création, ont été tenus en secret. La première acquisition a été celle de la compagnie aérienne Antinéa Airlines. Difficile de comprendre la logique d’achat de cette compagnie à un moment où Khalifa Bank soutenait financièrement Khalifa Airways qui venait juste de commencer ses activités. Quel est le montant de la transaction ? Combien de millions de dollars ont été versés aux propriétaires de la compagnie aérienne Antinéa ? L’autre acquisition que personne n’arrive à expliquer a été celle des 29% des parts de la Fiba (un holding de participation installé au Luxembourg) détenus dans la Société Générale -Algérie. Son conseil de surveillance est présidé par Ali Benouari, ministre délégué chargé des Finances sous le gouvernement de Sid Ahmed Ghozali (1991-1992). Abdelmoumène racheta les parts de la Fiba en octobre 2002. Là aussi, le montant de l’acquisition est gardé secret jusqu’à aujourd’hui. Abdelmoumène semblait porter un intérêt particulier aux banques. En septembre 2001, il acheta un établissement bancaire allemand, l’ Erste Dosenheimer Private bank (EKP). D’autres achats vont suivre comme la branche internationale d’une société allemande du bâtiment et le lancement de deux chaînes de télévision. La piste d’achats de complaisance de ces sociétés et banques n’est pas à écarter aujourd’hui. La première question qui nous vient à l’esprit concerne le coût de l’ensemble de ces opérations et l’absence totale de contrôle de la part de la commission bancaire et de la Banque d’Algérie. Normalement, tout transfert important de devises vers l’étranger non justifié devait attirer l’attention des autorités financières du pays. Créé au mois d’août 1998, Khalifa Bank a mené ses activités sans être nullement inquiétée jusqu’au mois de septembre 2002, où un interdit de transfert lui a été signifié. Et le comble, c’est quand une chroniqueuse mondaine nous apprenait par l’intermédiaire de l’émission Droit de savoir, diffusée par Tf1, le 1er juin dernier, qu’Abdelmoumène a gracieusement payé Catherine Deneuve et Gérard Depardieu pour venir à Alger assister au match de football ayant opposé l’Olympique de Marseille à l’équipe nationale algérienne. Sting , Pamela Anderson et d’autres célébrités mondiales ont été, quant à elles, aussi rémunérées pour animer la soirée du lancement de Khalifa Tv qui a eu pour théâtre la résidence cannoise d’Abdelmoumène. Un chèque de près de 100 000 euros aurait été octroyé à chaque participant. Par M. Chermat, La Nouvelle République |
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