Les Algériens à Barcelone : Le rêve et la désillusion...Ils sont nombreux ces Algériens, pour la plupart des jeunes qui, dans les années 1990, ont atterri sur les côtes espagnoles par des chemins détournés et au péril de leur vie, via Melilla ou Ceuta.
dimanche 27 juin 2004.
Tenaces et guidés par leur ambition démesurée, ils croyaient aveuglément à l’éden ibérique. Mais une fois sur le sol espagnol, le paradis rêvé s’est brutalement et douloureusement métamorphosé en chimères cruelles. Récit bouleversant de jeunes qui, hormis la langue catalane qu’ils ont apprise par la force des choses, ont tout perdu, en revanche. Même leur dignité. Jeudi 27 mai. 8h. Le carferry Ciudad de las Canarias accoste fébrilement les quais d’Almeria. Une ville moyenne qui a pris de l’ampleur depuis l’inauguration de lignes maritimes avec l’Algérie et le Maroc. Ici, on ne jure que par l’euro, cette monnaie insidieuse qui a bouleversé les coutumes de cette province. L’autoroute A7, non payante jusqu’à Alicante, met à nu la configuration géographique montagneuse. Une région, cependant, mise en valeur par l’investissement à outrance dans l’agriculture. Des hectares de serres se perdent à l’horizon. Si bien qu’on est en droit de croire qu’Almeria, Alicante, Benidorm, Murcie, Valence et Tarragone sont naturellement rattachées entre elles par ce « pont en plastique » de centaines de kilomètres de serres, génératrices de richesses. Toutefois, un détour sur ces lieux nous révélera que ces champs couverts dissimulent des vérités amères : des centaines d’Algériens sans documents ni perspectives sont honteusement exploités par des terriens sans foi ni loi. Et que chaque sillon de cette terre est témoin d’une injustice que même la justice du nouveau gouvernement de Madrid - à la faveur de complicités - ne veut pas réparer. Les aires de repos se suivent et se ressemblent. La cabine téléphonique refuse les pièces de monnaie : « No senor, debe comprar una tarjeta » (non monsieur, tu dois acheter une carte), une méthode pratique, mais embarrassante pour ceux qui sont aux antipodes du modernisme. Nous croisons quelques véhicules d’émigrés immatriculés en France. Déjà le retour pour certains. Nous avalons des kilomètres sous une chaleur caniculaire. 18h. Barcelone émerge progressivement tel un mirage. Les indications en catalan sont nombreuses et impressionnantes. Pour éviter de nous embourber dans cette toile d’araignée qu’est l’entrée de Barcelone, on prend la première sortie. Est-ce par nationalisme ou par ignorance, toujours est-il que les Espagnols ne s’expriment qu’en leur langue. Qu’à cela ne tienne... Nous nous aventurons dans la plaça Catalunya, une avenue spacieuse et bruyante qui descend droit vers la mer. Difficile de repérer un compatriote. Nous sentant égaré, une passante nous conseille de visiter Las Remblas (rivière) et la fontaine de Canaletas. A propos de cette dernière, l’on raconte : « Si vous buvez de cette eau, vous reviendrez à Barcelone. » Encore faudrait-il qu’on s’en sorte. Dans une situation ubuesque, on se met à apostropher les gens en ces termes « las Remblas, las Remblas... » En fait, ce mot majestueux est l’un des boulevards les plus connus au monde, un boulevard de deux kilomètres qui s’étend de la plaça Catalunya jusqu’au port de Barcelone. Et la Providence intervient. Hamza, un Algérien de Blida, surgit. Prenant connaissance de l’objet de notre visite, il nous emmène au Barrio Gotico, un des vieux quartiers gothiques fait de ruines et d’anciennes fortifications romaines les plus populaires de Barcelone. Un véritable dédale de rues étroites et tortueuses, de petites places (plaça del Rei, la fameuse cathédrale gothique, la plaça San Jaume), des cafés, des bars... deux autres compatriotes nous rejoignent. « Je suis arrivé clandestinement en Espagne fin 1999 par Melilla. J’ai attendu trois mois dans le camp des réfugiés avant qu’on consente à m’envoyer dans la périphérie de Murcie avec trois cents pesetas dans la poche et un document qui m’aura permis d’obtenir ma carte consulaire », amorce Hamza, le regard lointain. « Je croyais avoir atteint le paradis, mais en réalité, j’étais livré à moi-même : ni travail ni logement, aucun mot d’espagnol. J’ai proposé mes bras au premier fermier de la région qui me fera travail comme un forçat de 8 h jusqu’à 19 h. La nuit, je couchais à proximité des serres. Et comme je n’avais aucune notion ni connaissance de leur monnaie, j’allais découvrir plus tard que le patron me payait cinq fois moins que la rémunération réglementaire », ajoute-t-il. Hamza n’avait pas d’autre choix. Et de poursuivre : « Un jour, je suis tombé malade, j’ai été voir un médecin qui m’avait prescrit trois jours de repos. En colère, mon patron rejette le certificat médical jugeant que le toubib m’avait donné beaucoup de repos. Deux Africains avaient cru bon de me conseiller d’aller réclamer auprès du représentant des travailleurs. Résultat : j’ai été mis à la porte sans aucune forme de procès. Ma galère avait repris. » Incertitude
Par Chahredine Berriah, El Watan |
Divertissement
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