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Grève à l’ENTMV : perturbations dans les ports

 
Un dialogue de sourds s’installe entre la direction générale de l’Entreprise nationale de transport maritime de voyageurs (ENTMV) et le Syndicat national des officiers de la marine marchande (SNOMMAR).
lundi 28 juin 2004.

Entre les deux protagonistes, des milliers de passagers sont pris en otages. Le car-ferry Zéralda, qui devait lever l’ancre hier pour Marseille, était bloqué au port d’Annaba.

Sur les douze officiers devant y embarquer, onze suivaient le mot d’ordre de grève, alors qu’il a fallu l’utilisation de la force, selon le syndicat, pour faire débarquer les officiers grévistes du bateau le Hoggar et les remplacer par des officiers de la Compagnie nationale algérienne de navigation (CNAN Group). Après plusieurs heures de retard, le Hoggar a pu assurer la liaison Oran-Alicante. Pour la direction générale de l’ENTMV, la grève des officiers de la marine marchande est « illégale ». « L’Inspection du travail a déclaré que cette grève était illégale. C’est une autorité de l’Etat. Je ne peux pas, pour ma part, en tant que premier responsable de l’entreprise, m’inscrire dans un cadre illégal. Il appartient aux grévistes de revenir à la légalité », a répliqué, hier, M. Cheriet, le P-DG de l’ENTMV, lors d’une conférence de presse animée au siège de l’entreprise. Tenant lieu de sentence, ces propos claquent la porte au dialogue tant que les grévistes ne reprennent pas leur poste de travail, selon le conférencier. Afin d’assurer la navigation des car-ferries, ce dernier a confirmé le recrutement d’officiers de la CNAN, se refusant toutefois de divulguer leur nombre. Des officiers ayant obtenu des certificats de navigation de l’Institut supérieur maritime (ISM) de Bou Ismaïl. « Cela nécessite parfois une formation de quatre heures », a précisé le PDG de l’ENTMV, qui a révélé avoir fait également appel à des officiers qui suivaient une formation en Espagne. « La grève des officiers de la marine marchande n’a nullement perturbé l’exploitation des bateaux, car les officiers se trouvent en congé pour une période de dix-huit jours. C’est un congé prévu par la réglementation après chaque mois de travail », a-t-il ajouté. Si la grève n’a eu aucune incidence sur le trafic, pourquoi alors avoir fait appel aux officiers de la CNAN ? Sans crainte du paradoxe, M. Cheriet se désavouera durant la même conférence de presse en démentant avoir déclaré que l’entreprise qu’il dirige avait sollicité les services des officiers de la CNAN. Une mise au point séance tenante qui a provoqué l’étonnement des journalistes présents à la conférence...

Cadre global
Poursuivant son exposé, le premier responsable de l’ENTMV a soutenu que les grévistes sont « minoritaires » : 73 officiers sur les 143 que compte la compagnie. « Je trouve que leurs revendications ne nécessitaient pas le déclenchement d’une grève, surtout que nous sommes en période estivale. La question des salaires sera réglée avec le temps dans un cadre global pour tous les employés de l’entreprise, surtout que nous sommes en pleine saison estivale », dira-t-il sur un air de regret. La tutelle reproche aux grévistes de faire beaucoup de bruit sur des salaires déjà « mirobolants », 120 000 DA pour certains officiers, alors que le salaire minimum est de 70 000 DA. Loin de calmer les esprits, les réponses de la direction générale ont au contraire attisé la colère du syndicat, qui exige une harmonisation dans la classification des postes de travail donc aussi des salaires en fonction des qualifications et des responsabilités de chaque catégorie de travailleurs. Promettant d’aller jusqu’au bout de ses revendications, le SNOMMAR a en effet rejeté en bloc les propos de la direction. Il soutient qu’il appartient à la justice et non pas à l’Inspection du travail de se prononcer sur la légalité d’une grève. Il précise qu’il fédère 108 officiers sur les 143 que compte l’ENTMV. « Notre grève est légale. L’assemblée générale que nous avons tenue le 14 juin a regroupé 75 officiers. Le reste assurait ses fonctions. Si elle était illégale, comme le prétend la direction, pourquoi n’a-t-on pas saisi la justice ? », répond le président de l’organisation syndicale autonome, M. Zermoun. Démentant les propos de M. Cheriet, selon lesquels les grévistes sont en période de congé, notre interlocuteur cite l’exemple des 11 officiers qui ont bloqué hier le Zéralda. A son tour, M. Zermoun reproche à la direction générale de l’entreprise l’illégalité du recrutement des officiers de la CNAN en remplacement du personnel gréviste conformément aux articles 33 et 57 de la loi régissant les relations de travail. Sur le plan de la qualification, il met en garde contre les risques pour la sécurité des passagers et des bateaux, car la navigation des car-ferries nécessite des certificats après une période de familiarisation avec les machines. Le syndicat indique par ailleurs que les salaires des officiers ne sont pas aussi élevés comme le prétend la tutelle. Brandissant des bulletins de paie, les syndicalistes affirment que les salaires, pour de nombreux officiers, tournent autour de 50 000 DA ou 60 000 DA. Si elle venait à être largement suivie, la grève risquerait de causer de sérieux manques à gagner à l’entreprise, qui nécessite d’énormes investissements pour le renouvellement de sa flotte.

Par Amar Hamiche, El Watan