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Al-Jazira interdite d’activité en Algérie

 
Le ministère de la Communication a suspendu les accréditations délivrées à Mohamed Daho correspondant d’Al-Jazira à Alger. Et ce, pour une période indéterminée.
vendredi 2 juillet 2004.

Contacté à ce sujet, le responsable de la direction de la communication de la presse écrite, chargé également des accréditations de la presse étrangère au niveau du ministère de la Communication, a confirmé la décision. « Les activités du bureau d’Al-Jazira sont actuellement gelées », a précisé M. Bensebti. Quant à la durée et aux motifs de cette décision, ils restent inconnus puisque ce responsable n’a pu fournir de réponses. « Demandez à Al-Jazira », a-t-il indiqué. Cette suspension viendrait suite à la décision du gouvernement de réglementer et organiser les activités des correspondants des organes étrangers en instituant « un organe par journaliste ».

Le responsable du bureau d’Alger de la chaîne satellitaire arabe a quant à lui refusé de se prononcer sur la suspension de son accréditation, ni sur ses motifs. La décision lui a, cependant, bien été notifiée. « Je ne peux pas faire de commentaire. Seul l’attaché de presse d’Al-Djazira au niveau du siège au Qatar est habilité à parler au nom de la chaîne », a précisé M. Daho. D’un autre côté, au ministère des Affaires étrangères, les responsables ont indiqué qu’ils n’ont pas été « informés ni consultés » à ce sujet. « Nous avons appris la nouvelle par la presse.

Nous n’avons aucun commentaire à ce sujet puisque ce sont les prérogatives du ministère de la Communication », ont-ils précisé. Apparemment, seule la chaîne qatarie est concernée par cette mesure de « rétorsion » puisque les accréditations des autres chaînes étrangères n’ont pas été suspendues.

Ce gel qui s’apparente à « une sanction » ou à « un rappel à l’ordre », selon des responsables du ministère de tutelle, a eu lieu suite à « une règle qu’Al-Jazira n’a pas respectée et qui a entraîné automatiquement le gel des activités de son bureau », ont-ils indiqué. Mohamed Daho n’est vraisemblablement pas directement mis en cause mais plutôt la direction de la chaîne appartenant à la famille royale qatarie. Il semblerait que les dernières diffusions de l’émission « El-Itijah El-Mouakess (A contre-courant, NDLR) » d’Al-Jazira aient plus qu’irrité les responsables algériens. Particulièrement les deux dernières. Lors de l’émission de mardi dernier, la chaîne avait invité certaines personnalités dont les propos n’ont pas été du goût des autorités. L’ancien diplomate Larbi Zitoute, réputé être affilié à la mouvance islamiste puisqu’il a abandonné son poste à l’ambassade d’Alger à Tripoli, en Libye, en 1994 pour rejoindre le groupe du FIS à Londres. Alger lui reproche même d’être affilié au mouvement des officiers libres algériens, le MAOL. La chaîne a également donné la parole à Salah-Eddine Sidhoum. Le présentateur de l’émission a par ailleurs donné la parole à certains officiers déserteurs de l’armée algérienne tels que Mohamed Samraoui. Au cours des dernières années, la chaîne qatarie a invité tous les responsables du parti dissous FIS. Mourad Dhina, Mustapha Habbes et bien d’autres ont tous participé aux émissions de la chaîne. Abassi Madani à un « plateau ouvert » à Doha. On le considère même comme un « pigiste de luxe » puisque sa dernière prestation sur les ondes d’Al-Jazira lui a valu la bagatelle de 50.000 dollars américains.

Si les autorités reconnaissent être habituées aux « frasques » d’Al-Jazira, dont la partialité est dénoncée par un nombre important de régimes arabes et certains pays occidentaux, cette fois-ci, il semblerait que la coupe soit pleine. Sur les quatre derniers mois, la tension est montée d’un cran puisqu’on lui reproche de ne présenter qu’une version « négative » de l’Algérie, en axant sur « l’instabilité politique et sécuritaire, l’absence d’un président élu, le terrorisme... ». Des propos qui ont, à terme, fait réagir les responsables algériens.

« Al-Jazira continue à ressasser la thèse « du qui tue qui ? ». Il n’est plus utile qu’on continue à travailler ensemble », avancent des sources crédibles. Alger n’attend de la chaîne qatarie qu’une couverture un tant soit peu « objective » de l’actualité et de manière un peu plus « équitable ». Pour l’instant, Al-Jazira reste « interdite d’activité ».

Par Samar Smati, le Quotidien d’Oran