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La villa et le Boeing de Khalifa

 
Enième rebondissement dans l’affaire Khalifa en France. La justice vient d’étendre le feuilleton des mises en examen à deux nouvelles personnes, françaises celles-là.
vendredi 2 juillet 2004.

Un notaire parisien et un agent immobilier ont été mis, à leur tour, sous contrôle des juridictions spécialisées.

Contrairement aux précédentes mises en examen, toutes médiatisées, cette dernière s’est faite dans « la plus grande discrétion », selon l’Express.

A en croire l’hebdomadaire, les deux personnes sont soumises à examen pour « d’étranges opérations financières » effectuées au plus fort de la faillite du groupe Khalifa en France. Les motifs de mise sous contrôle du notaire, qualifié d’« important » sur la place notariale parisienne, tiendraient à un fait : une histoire de moyen de paiement. L’Express, un des titres du groupe médiatique sous contrôle de Dassault, croit savoir que l’officier des actes « aurait commis l’imprudence de remettre un chèque de 3,3 millions d’euros à Abdelmoumène Khalifa à Londres ». L’hebdomadaire usant d’un conditionnel de rigueur, signe que l’information n’a pu être confirmée ou infirmée.

Quant à l’agent immobilier, il semble avoir suscité les soupçons des enquêteurs pour deux opérations : la négociation, pour Khalifa, de la vente d’un Boeing aux Etats-Unis et la tentative de dénicher 100 millions d’euros « pour sauver » le groupe du spectre de la faillite. La même source ne fournit aucune précision sur la date à laquelle ces opérations ont pu être menées. Les tentatives pour mettre la main sur les 100 millions d’euros n’ont pas été concluantes. Une carence, note l’Express, qui n’a pas empêché le notaire de « percevoir une commission de 3.316.000 euros... apparemment indue ».

Ces deux mises en examen font partie d’une vaste enquête diligentée par la justice et les services spécialisés français dans le dossier Khalifa. L’ex-patron du groupe, si l’on en croit le périodique parisien, est visé « implicitement » et fait l’objet de deux informations judiciaires : « l’une pour blanchiment, l’autre pour abus de biens sociaux et banqueroute frauduleuse ». Jusqu’à présent, cette information n’a jamais été confirmée officiellement par une quelconque source judiciaire. L’enquête a été confiée à Isabelle Prévost-Deprez, la juge de Nanterre, département administratif duquel dépendait Khalifa Airways France.

Le processus judiciaire s’est déjà traduit par l’arrestation du directeur de cette représentation et la mise en examen de plusieurs collaborateurs du PDG du groupe. Les enquêteurs s’intéressent, en particulier, à la vente d’un patrimoine immobilier composé de trois villas à Cannes (Bagatelle, Matchotte et Virevent) d’une superficie de 5.000 mètres carrés habitables et quatre piscines. Ces biens ont été acquis au prix de 37 millions d’euros, un montant réglé à un « riche promoteur parisien ».

Selon l’Express, c’est lui-même qui les aurait achetées une année auparavant à une banque saoudienne pour 16 millions d’euros. Soit une plus-value de 21 millions. A s’en tenir au récit de l’Express, ces trois villas ont été vendues, le 25 juin 2003, par Khalifa à une « énigmatique » Société civile immobilière SCI Mac-Mahon Lanzerac. Montant de la transaction, 17 millions d’euros. « Un faux nez puisque, in fine, le véritable propriétaire n’est autre que l’Ammas Bank, installée en Suisse, représentant les intérêts d’une influente famille algéroise ».

Aucune indication n’a été donnée par la même source sur l’identité de cette famille. C’est l’ensemble de ces transactions et leurs motifs qui suscitent l’intérêt des enquêteurs. Le Tracfin, organisme installé auprès du ministère français de l’Economie, chargé de surveiller les mouvements de capitaux, « soupçonne une gigantesque opération de blanchiment », selon l’Express.

Un rapport a déjà été remis à la juge Prévost-Deprez avec une indication qui sera au coeur des investigations. « Plus de 50 millions d’euros se sont évaporés de la Khalifa Bank, à Alger, pour atterrir soit sur un compte bancaire à São Paulo, soit à Khalifa Airways qui a, en réalité, acheté la fameuse villa Bagatelle », croit savoir l’hebdomadaire parisien. Publiées dans la dernière livraison du périodique, lundi, ces informations n’ont suscité, jusqu’à hier après-midi, aucune réaction, ni commentaire. La justice, qui, d’habitude, communique par le biais de dépêches d’agences, n’a ni confirmé, ni infirmé la teneur du récit de l’Express. S’en tenant à une ligne de conduite globalement la même depuis la disparition de son groupe, Abdelmoumène Khalifa se confine toujours dans le mutisme.

Par Sarah Raouf, quotidien-d’oran.com