Faut-il adhérer à l’OMC ?Quand une organisation est créée sans qu’on ait participé à sa création, on ignore nécessairement ses tenants et ses aboutissants. Comme on vit dans un environnement économique et social mondial très turbulent aux variations impétueuses et qui exerce ses pesanteurs sur nous, on ne peut pas rester indifférent ou neutre sur ce qui se dit et ce qui se fait autour.
mercredi 7 juillet 2004.
L’instinct de survie nous oblige à agir et à être un élément actif de cet environnement plutôt que de subir passivement tous ses méfaits. Avant de prendre position et avant de se prononcer sur son utilité, sa viabilité ou sa défaillance, on laisse les faits parler d’eux-mêmes. En attendant que cette machine (organisation) se mette en marche pour confirmer ou infirmer les préjugés ou les idées préconçues qu’on se faisait d’elle, trois cas peuvent se présenter et non des moindres :
C’est justement ce dernier cas qui nous intéresse et intéresse tout praticien. Tout acteur économique digne de ce nom sait d’emblée que l’optimum n’existe qu’en théorie et que la prise de toute décision économique présente concomitamment des avantages et des inconvénients qu’il convient de mesurer, de jauger avant d’opter pour un choix donné. Est-il nécessaire de rappeler qu’en économie il n’existe pas de bon choix en soi ? Et comme corollaire, de mauvais choix en soi et que la vie économique et sociale n’est pas régie par des automatismes et les résultats ne découlent pas d’eux-mêmes. La science économique présente justement cette spécificité d’être une science humaine qui étudie des phènomènes objectifs.
Elle nous apprend à :
En fait, n’est-il pas une vision idyllique que de penser qu’il est possible d’instituer un système économique où tout le monde trouverait son compte comme si la notion de la rareté de la richesse n’existe pas !? D’ailleurs dans les principes directeurs de I’OMC, on retrouve ces concepts : Transparence, prévisibilite, équité, consolidation, non-discrimination, liberté, loyauté, plus de priorités aux pays en développement. Mais en fait, ce ne sont qu’un décor servant de marketing plutôt que comme caractères intrinsèques de fonctionnement. L’observation empirique nous renseigne et l’histoire nous enseigne que dans les faits les intérêts des grands sont toujours mieux servis et préservés et de manière prioritaire, notamment en périodes de crise. Quand la crise atteint son paroxysme et que le fonctionnement de l’organisation va à l’encontre des intérêts des grands, les textes préalablement établis en guise de « garde de fous » et de balises contre toute déviation deviennent subitement des obstacles au développement et à la bonne marche de l’organisation. Désormais, les textes sont vus sous un autre angle et interprétés d’une autre manière. Ils (les grands) ne se gênent pas un instant pour violer les règles de la moralité et les transgresser sans réserve, sans retenue et sans état d’âme. Ils ne cèdent pas d’un iota sur leurs intérêts. Ils n’hésitent pas à mettre en péril la vie et l’avenir d’une organisation si fragile dont ils étaient pourtant les précurseurs et les concepteurs. En fait, que vaudrait un pacte signé ou une promesse donnée d’un vainqueur pour un vaincu ? Nous avons la nette impression que toute cette « armada » de règles et de lois veille sur l’intérêt des petits dans leurs textes et sur celui des grands dans leur esprit et que le formel ne sert plus que de paravent à l’informel. Ne dit-on pas d’ailleurs que l’informel est plus important que le formel, d’après Fayol ? Parce que la quantité d’informations véhiculée oralement est plus importante, plus souple, plus persuasive, plus attrayante et plus rapide que celle véhiculée par des supports matériels. Et quand l’organisation atteint un degré de déliquescence très avancé, les petits se trouvent, n’ayant pas les moyens de sanctionner ces grands « déviants », acculés à secourir eux-mêmes cette organisation en faisant davantage de sacrifice. Parce qu’ils seraient dans une situation telle que si l’organisation disparaissait les grands perdront peut-être quelques dividendes, mais les petits seraient menacés de ruine. L’adage dit : « En temps de disette, les riches perdent leurs richesses et les pauvres perdent leur tête. » Comme le disait un auteur : « Entre un homme armé et un homme désarmé, il n’y a aucune comparaison ». Telle est la logique des organisations trop hétérogènes : « Les grands se partagent les intérêts et les petits se partagent les risques. » Mais, pourquoi adhérons-nous à une organisation où nous sommes lésés d’avance ? En fait, le mobile réel qui pousse nombre de pays à y adhérer en dépit de l’inégalité des chances, c’est qu’ils pensent, à tort ou à raison, que le minimum de gains du dedans est supérieur au maximum du gain du dehors et que le maximum du risque du dedans est inférieur au minimum du risque du dehors. La question qu’il convient de vérifier à présent est de savoir si cette hypothèse est fondée ou plausible ? Est-il vrai que les intérêts et les dividendes que tirerait un pays économiquement sous-développé à base matérielle (infrastructure) fragile et vulnérable, à superstructure anachronique et primitive et à structure sociale de type tribale qui rentre en compétition avec des pays forts gagnerait davantage qu’il ne perdrait ?
Cette idée ou ce « conseil » n’était-il pas sifflé à l’oreille en vue d’entrer dans une bataille où l’on est perdant d’avance, par nos futurs concurrents même ? Je dis concurrents et non partenaires parce que l’OMC ne se définit pas comme une organisation régionale ou comme la coalition de pays alliés en vue de s’octroyer des avantages mutuels pour avoir plus de compétitivité et faire face collectivement à un marché commercial.
Par Akkal Azeddine Universitaire, El Watan Bibliographie
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