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Enlèvements, fugues, mauvais traitements et pédophilie en Algérie

 
Perdre un enfant ou savoir qu’il a subi d’atroces sévices est quelque chose d’insupportable. Insupportable, d’abord et avant tout, la douleur.
mercredi 26 mai 2004.

Avoir mal au point de friser la folie, au point d’oublier le reste, le conjoint, les autres enfants bien vivants. Insupportable l’injustice, l’anomalie de voir son enfant partir avant soi ou subir l’irréparable. Insupportable la culpabilité de n’avoir pas su protéger l’être le plus vulnérable à qui l’on a donné la vie.

Ils se prénomment Samra, Billal ou Lakhdar. On croise leurs regards dans les journaux, plus exactement dans la rubrique réservée aux petites annonces ou sur des affichettes placardées dans les places publiques, les gares routières, ferroviaires ou sur les murs de cafés. Depuis quelques mois, le phénomène a pris de l’ampleur au point où même de véritables réseaux sont constitués par les parents des victimes. Leurs familles, dévastées, gardent toujours espoir. Elles vivent depuis des mois, voire des années, dans l’attente d’une nouvelle, d’une certitude ou, à défaut, d’un début de piste. Leur souvenir hante les enquêteurs judiciaires tous corps confondus qui tentent de les retrouver. Mais le drame reste banal.

En Algérie, l’événement ne fait guère la une de l’actualité visuelle « pour susciter une large mobilisation des citoyens. » Alors que dans certains pays comme la France, la disparition d’un enfant, ou encore le fait de porter atteinte à son intégrité morale ou physique sont largement médiatisés, voire occupent les devants de l’espace médiatique dans sa diversité la plus large. L’exemple du jeune Jonathan, l’enfant disparu à Saint-Brévin-les-Pins en France qui a fait l’objet d’une très large médiatisation illustre parfaitement le niveau de mobilisation engagé pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Résultat : Après avoir privilégié l’hypothèse d’une simple fugue, la justice s’orientait, en fin de semaine dernière, vers la piste de l’enlèvement et une autre forme de mobilisation est dès lors engagée.

4940 mineurs victimes en 2003

La majorité des disparitions de mineurs recensées en Algérie relève en fait de fugues. Leur nombre est resté relativement stable au cours de ces deux dernières années. L’an passé, prés d’une centaine de mineurs dont l’âge varie entre 10 ans et 18 ans ont été répertoriés par les services de police dans leur fichier des personnes recherchées. La plupart du temps, les enfants et les adolescents concernés sont retrouvés ou localisés en moins de deux jours, apprend-on de bonne source. Les craintes sont plus fortes lorsqu’il s’agit de « disparitions inquiétantes », celles qui concernent de jeunes enfants ou des adolescents psychologiquement fragiles. Par ailleurs, nos sources indiquent que pour la seule année de 2003, le nombre de mineurs victimes recensés à l’échelle nationale est de 4940 cas dont 1699 cas féminin. Mais comparativement à l’an 2002, ce nombre a sensiblement diminué puisque, durant cette année, le nombre de ces victimes était de 5510. Toutefois, il n’en demeure pas moins que c’est le nombre de mineurs victimes de formes multiples d’agressions, à savoir le viol, l’inceste, l’attentat à la pudeur, l’enlèvement ou encore les violences multiples qui inquiète.

Selon des statistiques, le nombre de victimes mineures dont l’âge varie entre 10 ans et 18 ans est de 3213 mineurs dont 847 filles et ce durant l’année 2003 contrairement à l’année 2002 où ce nombre était de 2855 cas. Selon notre source, les mineurs en danger moral et physique ont été soit remis à leurs parents, ou placés dans différents centres spécialisés, soit réintégrés dans leurs centres d’origine. A ce sujet, il nous a été indiqué « qu’il y a plus de remises aux parents et moins de placements dans les différents centres spécialisés. Ainsi, il a été procédé à la remise aux parents 2172 mineurs, au placement dans les différents centres spécialisés 884 mineurs et à la réintégration dans leurs centres d’origine 157.

Enlèvements, attentats à la pudeur et pédophilie

Le travail de sensibilisation et de prévention soutenu par des actions de proximité entamées par la sûreté nationale a énormément contribué à privilégier la démarche préventive tendant à la réinsertion sociale des enfants exposés aux dangers de la rue et la remise à leurs parents à celle de la présentation aux parquets ou encore au recours au placement dans les différents centres spécialisés. A ce titre, il est à noter que les tranches d’âge et sexe des mineurs en danger moral et physique sont celles situées entre 10 et 13 ans dont le nombre est 510 dont 119 de sexe masculin, de 985 pour la tranche d’âge allant de 13 et 16 ans dont 350 cas féminins et de 640 cas pour les tranches d’âge allant de 16 à 18 ans. Toutefois, il n’en demeure pas moins que sur un plan général, les mineurs « martyrs » recensés durant l’année 2003 sont victimes de plusieurs actes dont les viols, les actes contre nature, l’inceste, l’attentat à la pudeur, la pornographie, les mauvais traitements, les enlèvements, meurtres et assassinats. A ce sujet, on signale que les mauvais traitements constituent un cas d’agression qui n’a épargné aucune catégorie d’âge et illustrent par ailleurs le danger auquel sont exposés les enfants.

Mais il n’en demeure pas moins que la catégorie d’enfants de moins de 10 ans est également vulnérable à toutes formes d’agressions y compris les enlèvements. Pour ce dernier cas, nos sources, indiquent que pour l’année 2003, une dizaine d’enfants dont 6 filles ont été enregistrés alors que pour toutes les catégories d’âge confondues, ce nombre avoisine la centaine dont 71 cas féminins. Les mineurs sont également victimes d’actes contre nature, et la catégorie d’âge de 13 à 16 ans est la plus exposée. Les mineurs sont également victimes d’actes relatifs à la pédophilie et à la pornographie. Durant la même année, soit en 2003, les statistiques de la sûreté nationale indiquent qu’une cinquantaine de cas ont été enregistrés dont 18 filles et que la tranche d’âge variant de 16 à 18 a été la plus touchée. Comme la pédophilie, l’attentat à la pudeur n’a pas épargné les mineurs. Durant la même période, 305 cas ont été recensés dont 221 cas féminins, dont la tranche d’âge allant de 16 à 18 ans est la plus touchée sans compter les moins de dix ans dont le nombre touché par ce phénomène est de 9 dont huit garçons.

Enlèvements et fugues : source de tous les dangers

Selon la même source, c’est suite à des enlèvements que les enfants sont les plus exposés à des cas de maltraitance ou en danger moral ou physique. A cet effet, on signale que la plupart des disparitions survenues en journée ont lieu dans l’anonymat d’un environnement urbain. Karim, 5 ans et demi, a disparu, lui, en plein centre-ville. Sa disparition est intervenue en fin d’après-midi, une heure après avoir profité d’une inattention de sa maman pour sortir jouer avec des enfants du quartier. Or, il change complètement de lieu et se retrouve dans un endroit qu’il ne connaît point. La scène a eu lieu dans un des quartiers de la capitale, il y a de cela quelques années. Fatigué, l’enfant décide de rebrousser chemin et de rejoindre le domicile familial. Depuis ce jour, Karim demeure introuvable. Des exemples de ce genre ne manquent pas. Mais très souvent, même si l’enfant est retrouvé, les médecins relèvent des traces de sévices corporels qui dénotent de l’ampleur des agressions subies par la victime.

Cela dit, il y a lieu de noter que durant l’année 2003, le nombre de mineurs en fugue était de 485 cas dont 121 garçons, alors que le nombre de mineurs remis à leurs parents ou relaxés dépasse les 2000, toutes catégories d’âge confondues dont 558 filles. Parallèlement à ces actions, des opérations de réintégration des mineurs fugueurs dans les centres spécialisés ont été menées au même titre que celles concernant les placements dans des pouponnières ou cités d’enfance. Aujourd’hui, tous les spécialistes s’accordent à dire que les enlèvements et les fugues constituent les principales sources de danger auxquels les enfants sont exposés. Mais un autre chapitre, il y a lieu de noter que la banalisation de ces actes a compliqué d’avantage ces drames. Pour Bousaâd, l’oncle de Karim, « mener le combat contre ces phénomènes est un acte de militantisme, parce que je crois à l’amélioration de la société. La présence affectueuse et dynamique du premier cercle des membres de notre association est un extraordinaire réconfort mais je crois que, eux aussi, sont engagés dans une action militante qui dépasse le problème d’un enfant. Nous avons tous pris conscience des vides et des lacunes qui existaient au niveau des institutions. Un enfant naît pour vivre heureux. »

Par Abder Bettache, Le soir d’Algérie