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Zapatero pour une nouvelle page entre l’Algérie et l’Espagne

 
José Luis Rodriguez Zapatero, fraîchement installé dans son poste de président du gouvernement espagnol, effectue une visite officielle aujourd’hui à Alger où il sera notamment reçu en audience par le président de la République Abdelaziz Bouteflika.
mercredi 14 juillet 2004.

Le numéro 1 du gouvernement espagnol, accompagné d’une importante délégation comprenant notamment le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Miguel Angel Moratinos, et le ministre de l’Industrie, du Tourisme et du Commerce, José Montilla, ainsi que des hommes d’affaires représentant plusieurs compagnies espagnoles (Endesa, Iberdrola, Cepsa, Gas Natural, Grupo Duro Felguera, ACS, Sacyr, Vallehermoso, Caf, Telefonica, Ohl...), arrive en Algérie dans une grande première pour lui concernant, à ce plus haut niveau, les rencontres bilatérales algéro-espagnoles. Madrid affirme que le Premier ministre espagnol « a exprimé l’intérêt particulier des relations avec l’Algérie pour son gouvernement », relations qui « revêtent un caractère stratégique pour l’Espagne ».

En somme, il s’agit d’une nouvelle page du renforcement des relations algéro-espagnoles qui s’ouvre avec l’ère Zapatero. Relations bilatérales, sécurité dans le monde, lutte contre le terrorisme et d’autres questions régionales et internationales d’intérêt commun ne manqueront pas d’être passées en revue à l’occasion des entretiens qu’auront les deux parties durant cette visite qui constitue une halte capitale pour la consolidation des relations politiques algéro-espagnoles ainsi que pour le renforcement d’une coopération économique qualifiée de fructueuse des deux côtés de la Méditerranée. Gaz, produits de la pêche, phosphates et matières chimiques brutes constituent l’essentiel des exportations algériennes vers l’Espagne. Quant aux importations, ce sont surtout le ciment, les produits pharmaceutiques, chimiques et sidérurgiques qui tiennent le haut de la liste.Inscrites dans le sillage de la volonté commune de parvenir à un partenariat global et rénové, les relations bilatérales se veulent empreintes du caractère privilégié et stratégique qui est seul apte à mettre Madrid et Alger au diapason de leurs ambitions.

A ce titre, cette semaine a vu le président Abdelaziz Bouteflika recevoir le nouvel ambassadeur d’Espagne en Algérie. Ce dernier, Juan Batista Cassas, a mis en exergue, au sortir de l’audience, « la qualité des relations d’amitié, de bon voisinage et de coopération liant les deux pays » en émettant le vœu de « voir ces relations se renforcer davantage au profit d’une large coopération ». L’ambassadeur a qualifié la venue de Zapatero à Alger, prévue pour aujourd’hui, de « visite décisive pour la consolidation des relations bilatérales ». Le volet économique, tout autant que le politique, est passé ces dernières années dans une phase d’embellie entre Alger et Madrid. Les échanges commerciaux entre les deux pays s’élèvent à quelque 3,7 milliards de dollars en 2003, faisant de l’Espagne l’un des partenaires économiques majeurs de l’Algérie. Le meilleur exemple est celui relevant du domaine énergétique puisque l’Algérie fournit présentement 60% des besoins en gaz du marché espagnol. L’illustration de cette volonté de renforcement de la coopération entre les deux pays reste le projet dit Medgaz, consistant en la construction -les travaux s’étaleront de fin 2004 à courant 2007- du gazoduc sous-marin trans-européen qui reliera directement l’Algérie à l’Espagne (Beni Saf-Almeria), s’ajoutant ainsi à la ligne Maghreb-Europe déjà en service depuis 1996 (le gazoduc passe par le Maroc). Un autre projet, en discussion, devrait assurer l’interconnexion électrique sous-marine Algérie-Espagne dans le cadre du futur réseau Euromed. Outre l’énergie, sont aussi au programme des discussions bilatérales -dont des rencontres interministérielles- bon nombre de dossiers relatifs essentiellement à la petite et moyenne industrie, les transports, l’alimentation en eau, l’assainissement et la construction de barrages, les télécommunications, etc. Un traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération entre l’Algérie et l’Espagne a été signé à Madrid en octobre 2002. Cet accord stipule qu’une rencontre de haut niveau se tient chaque année alternativement dans l’un des deux pays. En novembre 2003, la rencontre bilatérale de haut niveau a eu lieu à Alger.

Moins d’un mois après le passage du pouvoir espagnol des mains du PP d’Aznar au PSOE de « ZP », initiales-sigle phare de la campagne électorale victorieuse de Zapatero face au rival du Parti populaire (PP) -Aznar-, l’actuel président du gouvernement a dépêché son chef de la diplomatie (Moratinos) à Alger en vue d’exprimer aux autorités algériennes la volonté de la gauche espagnole de persévérer dans l’excellence des relations bilatérales. Par ailleurs, et sur un volet plus large, celui des relations euro-maghrébines durables et efficaces, passant nécessairement par un espace nord-africain stable, il est attendu que les efforts pour dépoussiérer le processus euro-méditerranéen de Barcelone se fasse l’an prochain avec le sommet des chefs d’Etat des deux rives prévu à l’occasion du dixième anniversaire de cette initiative de l’UE. Presser le Maroc et l’Algérie de régler la question du Sahara occidental entre sans doute dans cette volonté de Madrid, partagée avec Paris et Washington, de voir s’ériger au Maghreb un espace de coopération stable. Depuis son arrivée à la tête du gouvernement espagnol, le 16 avril dernier, Zapatero multiplie les sorties officielles. Hier, le nouveau Premier ministre, successeur de José Maria Aznar, s’était rendu aux Pays-Bas dont le gouvernement assure la présidence de l’Union européenne depuis le début du mois de juillet. Les membres-pivots de l’UE, soit le groupe dit G5 dont fait partie l’Espagne aux côtés de l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni, ont toujours mis en avant l’impératif de la lutte concertée contre le terrorisme. Toujours à propos de ce fléau, les ministres espagnol et français de l’Intérieur, Antonio Alonso et Dominique de Villepin, ont convenu d’ailleurs, lundi dernier à Madrid -ville symbolisant le « 11 septembre européen » après les attentats du 11 mars 2004 sur la voie ferrée madrilène- d’affirmer que le terrorisme constitue la « première priorité commune » des deux pays. Et ce fléau n’est pas dissocié d’autres (trafic de drogue, contrebande...).

Hier à l’aube, un bateau de transport de drogue, avec 4 tonnes de cocaïne à bord, a été intercepté par une patrouille de gardes-côtes espagnole non loin de la frontière avec le Portugal voisin. Le sud de la péninsule ibérique, déjà réputé pour être une plaie béante de l’immigration clandestine, constitue une véritable plaque tournante du trafic de drogue à destination et/ou en provenance non seulement de l’Europe mais aussi de l’Asie occidentale et de l’Afrique du Nord. Le Vieux Continent, à travers son Union à 25 membres, fait de sa sécurité une priorité absolue. Quitte, en cela, à se sacrifier ailleurs en mettant en péril des choix stratégiques d’alliance. L’Espagne, basculant de la droite vers la gauche, n’a pas hésité à retirer ses troupes d’Irak et a même été imitée en cela par deux pays hispaniques, le Honduras et la République dominicaine -seul le Salvador continue à être présent militairement et symboliquement sur place (contingent de 380 soldats à Nadjaf).

Par Younes Hamidouche, La Tribune