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Paris sort son numéro d’armes pour plaire à Alger

 
Un accord de défense serait en préparation entre la France et l’Algérie.
dimanche 11 juillet 2004.

Un Président et les trois ministres les plus importants de la République en trois mois à Alger : la rafale de visites des responsables français en Algérie en dit long sur l’accélération du soutien de Paris au régime algérien, même si le Quai d’Orsay tente d’en atténuer la portée en soulignant que Michel Barnier aura « aussi des contacts avec des personnalités de la société civile et des ONG ayant pris part aux secours après le séisme de 2003 ».

Lundi, le chef de la diplomatie française sera dans la capitale algérienne, quelques semaines après la visite de Nicolas Sarkozy, qui y retournera d’ailleurs bientôt, et quatre jours avant Michèle Alliot-Marie. Pour qu’on ne confonde pas la visite de « Mam » avec de vulgaires visées militaro-commerciales, le ministère de la Défense tient à insister sur le fait que « c’est la première fois qu’un ministre de la Défense sera en déplacement en Algérie pour une visite politique ». Pour faire bonne mesure, Abdelaziz Bouteflika, dont on ne compte plus les visites en France, est invité par Jacques Chirac à la cérémonie prévue le 15 août pour le soixantième anniversaire du débarquement allié en Provence. Enfin, une visite de l’influent chef d’état-major Mohamed Lamari est aussi envisagée.

Impunité. L’enjeu de cette effervescence diplomatique est révélé par le Canard enchaîné dans sa dernière édition : un futur « accord de défense » entre les deux pays « réclamé par Alger depuis août 2002 ». Paris cherche à atténuer la portée de ce projet en soulignant qu’il porte essentiellement sur « le statut des militaires français » concernés par cette coopération. Sa portée symbolique n’en sera pas moins immense pour des « décideurs » algériens aspirant à l’impunité pour les exactions commises pendant la sale guerre contre les islamistes. Pour le reste, cet accord ne fera que confirmer des relations franco-algériennes déjà si intimes qu’elles ont amené Paris à fermer les yeux pendant la décennie 1990 sur les exactions des généraux, y compris contre des intérêts et des ressortissants français. Paris a ainsi superbement ignoré toutes les révélations de militaires dissidents algériens alors que celles-ci recoupent des soupçons existant alors chez de hauts responsables français. Par exemple concernant l’assassinat des sept moines français de Tibehirine en 1996. « Au plus fort de la sale guerre, ce silence s’expliquait par la crainte d’assister à l’exportation de ce conflit en France, les services spéciaux d’Alger étant experts dans la manipulation des islamistes », estime un diplomate français.

Aujourd’hui, c’est l’exaspération de la France de voir Washington empiéter sur le Maghreb et l’Algérie ­ qu’elle a toujours considérée comme son pré carré ­ qui la conduit à resserrer toujours plus les liens avec le pouvoir algérien. L’habileté de celui-ci à exercer en permanence un chantage sur cette rivalité a fait le reste. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les Américains s’intéressent d’autant plus à l’eldorado gazier algérien que les généraux semblent les avoir convaincus que l’armée algérienne est, au sortir de la sale guerre, la seule de la région à être assez forte pour assurer l’ordre dans la zone sahélienne où prospéreraient désormais les terroristes de tout poil. Les Etats-Unis en sont-ils persuadés ou font-ils « comme si », soucieux avant tout d’obtenir des facilités militaires en Algérie ?

Cadeau. En tout cas, fin mars, selon le Canard enchaîné, Paris apprend « la présence d’une vingtaine d’experts militaires américains à 350 km d’Alger, dont la mission est de préparer d’éventuelles opérations d’appareils gros porteurs américains lors de missions militaires en Afrique ou au Moyen-Orient ». A quelques jours d’une élection présidentielle très contestée en Algérie (le 8 avril), un aller-retour d’un président français aurait fait mauvais genre. Chirac attendra donc... une semaine pour s’y précipiter !

Michel Barnier et « Mam » obtiendront-ils d’Alger un assouplissement de sa position sur l’interminable conflit du Sahara occidental ? C’est en tout cas le pari fait par Chirac, qui voudrait trouver là argument à défendre, y compris face à l’allié traditionnel marocain, le cadeau fait au pouvoir algérien.

Par José GARÇON, www.liberation.fr