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Tizi Ouzou : M’kira en quête de développement

 
Le douar de M’kira durant la guerre de libération nationale était connu comme la zone interdite et a contribué d’une manière considérable au recouvrement de l’indépendance.
dimanche 18 juillet 2004.

Pas moins de 1 500 de ses valeureux enfants (selon le fichier communal) s’étaient donné corps et âme pour libérer le pays du joug colonial. Le plus illustre et le plus connu est le colonel Ali Mellah, connu sous le nom de Si Chérif. Issue du dernier découpage administratif, la commune de M’kira compte aujourd’hui environ 19 000 habitants répartis sur 9 grands villages et des dizaines de petits hameaux. Cette municipalité rurale n’a rien d’une petite ville, car elle ne doit les quelques réalisations qu’aux différents plans de développement communaux. Son chef-lieu est dénommé Tighilt Bougueni dont l’appellation reflète peu de réalité. Ce centre n’est qu’un village.
De la mosquée Tarek Ben-Ziad, en passant par la stèle érigée à la mémoire de Lounès Matoub, le Rebelle, jusqu’au siège de la garde communale, une seule route baptisée boulevard Ali-Mellah.
De part et d’autre, sont érigées des habitations privées à caractère commercial. On ne peut occulter les quelques édifices publics : un bureau de poste sans visionneuse, un seul médecin privé, un collège d’enseignement moyen... Circuler dans l’unique boulevard du “centre”, comme disent les habitants des villages, nous fait découvrir la réalité amère dans laquelle baignent les M’kiris. Comme partout ailleurs, par manque d’infrastructures culturelles et sportives, jeunes et vieux se livrent à d’interminables parties de dominos en attendant des jours meilleurs. Heureusement, cette commune vient de bénéficier en téléphone d’un RSS 512 lignes et d’un WLL (système chinois). Cela pourra la faire sortir de son isolement. Aucune entreprise, aussi minime soit-elle, n’a été réalisée à M’kira. Ce qui a fait dire à l’un de nos confrères : “M’kira, le pain, au bout de l’errance.”

100% de chômage.
Les jeunes de M’kira émigrent vers d’autres régions. À Boumerdès, dans tous les chantiers, au moins 10 jeunes sont employés par chantier. Mahfoud, ingénieur en informatique, s’est installé au Canada. “À Montréal, c’est vrai que c’est difficile de s’adapter, mais il fallait le faire. Je bosse plusieurs heures pour refaire mes études. Tout de même, je peux dire que j’ai réussi, en dépit de la nostalgie”, nous a-t-il confié au moment où nous l’avons rencontré avec ses “copains” devant le café le plus connu à M’kira, “Chez ammi Rabah”. D’autres, comme lui, ils sont nombreux à Paris, à Madrid et à New York. Alors que d’autres encore errent dans les grandes villes du pays en quête d’un quelconque emploi.

L’agriculture, un secteur en déclin
S’il y a longtemps l’olivier faisait le bonheur des paysans d’Imkiren, aujourd’hui, cette oléiculture est réduite à néant par les incendies. Le développement de cette culture n’est pas pris en charge lorsqu’on apprend qu’il n’y a pas eu de nouvelles plantations. Un certain regain d’importance est accordé aux figueraies des plaines allant d’Ivouhamène jusqu’à Tamdikt, sans pour autant espérer un avenir meilleur pour cette activité. Or, si les aides étaient octroyées aux fellahs de cette contrée dans le cadre du Pndra, la céréaliculture aurait beaucoup de chance de réussir dans la vallée de Tamdikt.
Malheureusement, la retenue collinaire, dont la digue avait cédé durant l’hiver de l’an dernier, n’a pas été refaite pour servir d’abord d’irrigation aux cultures maraîchères et ensuite d’abreuvoir au cheptel.

Le gisement de tuff mal exploité
À M’kira existe un important gisement de tuff. Eu égard aux faibles moyens dont dispose cette commune, il est exploité par un privé pour une location ne dépassant pas les 90 millions de centimes par an qui ne représentent presque rien pour les recettes de l’APC. Alors que dans le cadre de l’emploi, les M’kiris sont écartés. D’ailleurs, certains habitants ont maintes fois réagi à ce sujet.

L’habitat précaire, un problème
Effectivement, en dépit de toutes les promesses données par les autorités, la cité de regroupement de Tamdikt est toujours là, témoin de l’époque coloniale. La centaine de familles habitant ces anciennes bâtisses vivent dans la promiscuité totale. La restructuration de cette cité tarde à venir.
Selon le P/APC de M’kira, le dossier est ficelé. Les études ont été faites. “En 1999, M. Ouali (l’ex-wali) de Tizi Ouzou nous a promis de prendre ce problème en charge devant même la presse locale. En 2002, un autre wali de passage, dans le cadre de la précampagne électorale des législatives en a fait de même. Le séisme de l’an dernier a endommagé la quasi-totalité de nos maisons. De recensement en recensement, pour nous, c’est le bout du tunnel”, nous dira un membre du comité de village de Tamdikt. Il est à rappeler aussi que la population de cette localité a bloqué l’axe routier RN68 durant plusieurs jours, l’été dernier, pour crier haut et fort son ras-le-bol. La même situation est vécue par les 20 familles résidant à la cité de Tighilt Bougueni après qu’elles eurent été déplacées en 1983 dans le cadre de la lutte menée pour l’éradication des taudis à Alger.

L’alimentation en eau potable, un calvaire permanent
S’il y a une région en Kabylie où l’eau ne coule pas dans les robinets des bornes fontaines, elle ne peut être que M’kira. “C’est un problème auquel nous sommes confrontés en hiver comme en été”, nous apprend le premier vice-président de l’APC.
En effet, de passage à Tighilt Bougueni en cette journée caniculaire, nous n’avons pas eu droit à un verre d’eau ! “Écrivez sur votre journal, nous avons soif. Pourtant, chaque année, on nous dit que la situation va changer”, lance en notre direction un cafetier. Pour en savoir plus, nous nous sommes rapprochés une seconde fois d’un autre responsable. Celui-ci ne trouve pas à qualifier cette situation. “Il faut mettre un terme à tous ces branchements anarchiques. Il faut que vous sachiez que les habitants d’un village d’une commune voisine n’ont pas trouvé mieux que de sectionner une vanne au niveau de la conduite principale”, fulmine-t-il en colère. À M’kira, les autorités ne s’occupent que de ce problème.
Arrangement par-ci, débrouille par-là, pour satisfaire les doléances des comités de villages. Même avec un programme de distribution basé sur la rotation, certains hameaux ne reçoivent leur part qu’“une fois tous les trois mois, même en hiver. L’été s’annonce chaud dans cette municipalité”. Les dépenses pour les ménages dont les revenus sont quasi nuls pour avoir cette “denrée rare” auprès des camions-citernes privés sont faramineuses : 1 200 DA, jusqu’à 1 500 DA la citerne d’eau.
Ce qui a fait dire à un habitant de Taka : “Moi personnellement, je dépense beaucoup plus pour l’eau que pour autre chose, même le lait.” “À quand la fin du calvaire ?” se demandent les M’kiris.

Infrastructures à l’abandon
En dépit de tous ces manques à tous les niveaux, au cours de notre reportage, nous avons appris que des infrastructures réalisées à coups de millions de centimes sont à l’abandon : une annexe de mairie à Ivouhamène, une école primaire à Aït Ouakli et une unité de soins. Avant de quitter le chef-lieu Tighilt Bougueni, certains, sans verser dans l’alarmisme, jugent que la situation a tout de même changé, notamment en ce qui concerne leur sécurité. “Écoutez, depuis l’installation de la garde communale, il n’y a pas eu d’incursions terroristes. Nous regrettons tout de même le dernier acte commis à l’encontre de deux gardes communaux et d’un civil, ici”, nous explique un jeune accosté devant la poste.
En cette période estivale, pour échapper à tous les autres “vices”, les jeunes s’organisent pour louer des fourgons afin d’aller se frotter au sable fin et goûter aux plaisirs de la grande bleue, alors que les moins chanceux continuent “à tuer” leur temps ou à se laisser “tuer” par le temps, comme ils ont pris l’habitude de le dire. Sur le plan de la sauvegarde de la culture, de jeunes chanteurs se lancent dans le domaine dans l’espoir d’avoir un jour l’aura de Farid Ferragui, natif de Taka.

Par Ghilès O., Liberté