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Le GSPC annonce la disparition de ses chefs

 
Le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) vient de reconnaître implicitement la mort de ses chefs, en indiquant qu’ils sont portés disparus depuis l’opération menée par les forces de sécurité sur les monts d’El Kseur, à Béjaïa, il y a plus d’un mois.
lundi 19 juillet 2004.

Dans un communiqué daté du 17 juillet et rendu public hier sur son site Web et signé par Abou Omar Abdelber, chargé de l’information et mufti de l’organisation (donné pour mort lors de l’opération d’El Kseur), le GSPC a annoncé que son émir Abou Brahi et six combattants « sont pour nous portés disparus et nous ne connaissons pas leur sort ». Il s’agit d’Abou El Houmam Okacha, un des notables du GSPC, résidant à Alger, Ousama Abdeldjabar, chef de cabinet du GSPC, domicilié à Alger, Abdelkahar, un des combattants de la capitale, dont le vrai nom est Youcef Kacemi, Abou Dherr Rachid un des combattants de Dellys à Boumerdès, Abou El Abbas, un des combattants d’Alger, et Abderrahmane, un de nos combattants de M’sila. Dans le cas où leur mort se confirmerait, cela ne nous fera pas mal. Ils ont fait tout ce qui était possible pour combattre les apostats. »

Le communiqué, de trois pages, se voulait être une réponse de l’organisation terroriste aux écrits de presse faisant état de la décapitation du GSPC par les unités de l’ANP. Le GSPC a démenti la mort d’Abou Mossaâb Abdelwadoud et d’Abou Omar Abdelber, qui est chargé de la rédaction des communiqués et surtout de l’alimentation du site Web (du GSPC) en informations relatives aux attentats qu’il revendique. « Et pour mieux vous prouver ce que nous avançons, ce communiqué a été rédigé par Abou Omar Abdelber (...). De même que nous démentons formellement l’existence de la tombe d’Abou Hamza Hassan Hattab dans la région d’El Kseur comme cela a été rapporté par la presse. Le fait de n’avoir ni démenti ni confirmé la mort de notre chef Abou Ibrahim n’a pas pour origine une quelconque gêne ou perturbation comme cela a été interprété, mais pour une simple raison : nous n’avions pas les informations suffisantes (...). Et si notre émir a été tué, cela est du ressort de Dieu (...). Nous avions déjà annoncé la mort de notre émir Abou Mossaâb Abdelmadjid, lorsqu’il a été tué à la suite d’une embuscade tendue par les militaires à Oued Labiodh près d’Arris, non loin des monts d’Ahmar Khedda, à Batna. » Dans ce communiqué, le GSPC s’est attaqué aux Etats-Unis d’Amérique qualifiés d’« impies, d’apostats et de renégats qui ont déclaré la guerre à l’islam (...). Il n’y a point de différence entre Bush et Bouteflika. Ce sont les deux faces d’une même médaille. C’est la guerre contre l’islam et les musulmans. » Visiblement, depuis l’opération militaire qui a ciblé sa direction, l’organisation terroriste n’arrive plus à se remettre de sa défaite. Cette sortie médiatique du GSPC en ce moment précis, après plusieurs jours de sa décapitation, a été imposée pour d’abord réconforter les résidus de ses phalanges éparpillés, notamment dans la zone II en Kabylie, mais également pour tenter de faire croire que la structure de l’organisation est restée intacte en dépit du sévère coup qu’elle a subi. En quelques semaines, celle-ci a perdu « ses plus importants chefs militaires ».

D’abord Abderrazak Le Para, qui avait mené l’opération de prise d’otages des touristes occidentaux au sud du pays, et qui, selon des sources militaires, aurait été remis par les rebelles tchadiens aux autorités algériennes, depuis déjà presque un mois, à la suite de négociations secrètes menées avec les responsables du Mouvement pour la démocratie et la justice (MDJT), sous les bons offices des Etats-Unis. « Ces derniers voulaient à tout prix que Le Para soit remis aux autorités algériennes plutôt qu’aux Allemands. Il pourra aider, par les informations qu’il détient, au démantèlement des filières de trafic d’armes établies dans les pays du Sahel et liées surtout à Al Qaîda. Le seul problème qui restait est celui de trouver un moyen de l’extrader du Tchad vers l’Algérie. Cela a été fait grâce à l’aide d’un pays frontalier. Il reste néanmoins 16 autres éléments du GSPC encore détenus par le MDJT, qui veut s’en débarrasser à tout prix parce que devenus encombrants », a révélé une source militaire.

Hier, le porte-parole du mouvement rebelle tchadien, Aboubakar Radjab-Dazi, joint depuis Libreville à Paris par l’AFP, a déclaré : « Nous avons toujours dit que nous étions disposés à remettre nos prisonniers sans condition à l’Algérie (...). C’est nous qui avons contacté les autorités algériennes le 27 mars dernier dès que nous avons fait ces prisonniers. Le seul problème qui se pose, ce sont les modalités techniques de l’opération. »
Le MDJT a réagi à la suite de la déclaration du ministre de l’Intérieur, Nouredine Yazid Zerhouni, selon laquelle « les autorités algériennes avaient entamé des discussions avec le MDJT en vue d’obtenir l’extradition des membres du GSPC afin de les juger en Algérie ». La Libye, pays frontalier du Tchad et qui a toujours porté aide et assistance au MDJT, a récemment sommé ce mouvement pour qu’il lui livre les terroristes du GSPC sous peine de représailles militaires. El Kadhafi, soupçonné pendant des années de soutenir le terrorisme international, voulait, par ce geste, redorer son blason auprès des Américains car, selon ces derniers, le GSPC est une organisation terroriste liée à Al Qaîda. Ainsi, force est de constater que le GSPC, l’organisation terroriste la plus structurée et la mieux organisée parmi les groupes islamistes armés, est en train de traverser une étape des plus cruciales depuis le début de 1998, date de sa création par Hassan Hattab.

Par Salima Tlemçani, El Watan