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De Saint-Roch aux Andalouses : “Chères” vacances

 
Que signifie, en ces temps de crise, un été à Oran pour les citoyens algériens ? Sur le plan proprement naturel : une côte superbe, un microclimat inestimable, 17 hôtels, 4 complexes dont celui des Andalouses.
dimanche 25 juillet 2004.

L’Algérien moyen ou celui des couches défavorisées n’a pas le choix. L’escapade à l’étranger relève actuellement de la pure chimère : augmentation du prix du billet d’avion, visa presque impossible à obtenir et pour la plupart un change parallèle surréaliste. Reste une possibilité, tirer le meilleur parti de vacances à la “maison”. Mais là aussi, compte tenu du salaire moyen (10 000 et 15 000 DA), les prix pratiqués par les “logeurs” privés (50 000 à 70 000 DA) et par le complexe des Andalouses, c’est une mission impossible.

Quelques chiffres : cette année, le prix linéaire a été modifié en fonction des zones I, II et III. Pour les bungalows le prix en hors taxes se situe entre 75 000 et 85 000 DA par mois, pour les villas entre 95 000 et 110 000 DA (dans tous les cas avec une autonomie de cuisine). Le repas à l’hôtel coûte entre 1 300 et 2 500 DA et la chambre double 4 800 DA. En face du complexe fraîchement repeint et réaménagé, des fast-foods contrôlés qualitativement par le complexe, mais donnés en gérance libre (glaciers, grillades, beignets, cafétéria...) Les Andalouses restent malgré tout un très attractives pour le citoyen algérien, peu regardant sur la dépense, puisque cet ensemble, conçu par l’architecte français Fernand Pouillon en 1970, reçoit les visiteurs des quatre coins du pays et des émigrés. C’est d’ailleurs complet jusqu’en septembre. La détente nocturne est au programme : night-club, discothèque non-stop pour les jeunes et les familles, dîner dansant avec attractions. La piscine, fermée jusqu’à présent pour des raisons techniques, ouvrira ses portes cette année.

La sécurité est assurée par cinq postes de gendarmes à l’intérieur du complexe, deux pharmacies et une unité médicale du Samu. Inutile de parler des touristes étrangers dont l’apport en devises aurait favorisé la croissance économique de la région. La deuxième possibilité pour le vacancier est la location ou l’hébergement dans une famille dans les localités d’Aïn El-Turck, Bouisseville, Paradis-Plage, Trouville, Bousfer-Plage, Claire-Fontaine... La mairie de Bousfer a pris différentes mesures, pour cette saison notamment. La commission d’hygiène est supervisée par des cadres appartenant à diverses directions de wilaya. Le problème d’eau, chronique dans cette commune, s’est amélioré grâce à deux facteurs : une bonne pluviométrie et la source de montagne d’El-Bahri, clôturée et suivie par l’Algérienne des eaux (ADE), plus le service de l’hydraulique et, enfin, un nouveau réservoir de 700 mètres cubes d’eau à Bousfer-plage.

Il faut noter, en conclusion, une initiative qui fera le bonheur des vacanciers : le dégagement des apports de terre de sable entrepris depuis la fermeture de la sablière de Bousfer, d’où moins de circulation de poids lourds, une protection du cordon dunaire et une plus grande sécurité sur la route. Cette rétrospective, quelque peu technique de l’aménagement de la côte oranaise, n’a pas suffisamment pris en compte l’installation des stations d’épuration des eaux usées ou d’autres aspects, comme le reboisement qui gagnerait à être plus dense pour rafraîchir cette région et la floralisation plus importante des espaces.

Le point noir est la paupérisation de la côte par la construction de bâtisses hideusement bétonnées, alignées comme un clonage prétentieux et de mauvais goût. L’espace urbain dans cette zone gagnerait largement à être conçu dans les normes esthétiques méditerranéennes, c’est-à dire plus modestes, plus attrayantes. Des couleurs vives et harmonisées au lieu de ce gris anthracite qui jure avec la luxuriance de l’environnement. À côté de ces extrêmes, les prix des denrées s’affolent et grimpent inexorablement en flèche. Alors qu’on entame la deuxième quinzaine de juillet, la fièvre des prix a envahi toutes les structures de vente ; certains prix dépassent même les frontières du réel. Sur la corniche oranaise, qui connaît actuellement une affluence touristique record (70 000 visiteurs par jour), et dans les marchés, d’un étal à un autre, on note jusqu’à 35% à 50% de différence entre les prix. L’intensification des importations pour cause d’économie de marché, la vigilance accrue des instruments de contrôle ne dissuadent pas pour autant les commerçants, peu enclins à respecter les prix. Dans ce contexte, la DCP est à pied d’œuvre avec plusieurs brigades de contrôle et plus de 300 interventions journellement depuis le début de la saison estivale, qui a débuté officiellement le 6 juin à Oran. Les prix de la pomme de terre, des oignons et autres légumes frais s’envolent.

Même à Aïn El-Turck, les prix sont hors de portée des bourses moyennes. Qu’on en juge : 50 DA le kilo de pommes de terre, 50 DA le kilo d’oignons ; quant à la tomate et la courgette, leur prix varie d’un magasin à l’autre. Les légumes et les fruits, toujours au marché d’Aïn El-Turck, où les prix sont légèrement inférieurs à ceux pratiqués à Bousfer-plage ou à Bouisseville, par exemple, prennent l’ascenseur. Qu’on en juge : le prix des aubergines varie, selon la qualité, entre 60 et 70 DA, les poireaux de 80 à 100 DA, les carottes à 50 DA. Quant aux fruits, ils sont franchement inabordables, contrairement à l’année écoulée. Les bananes, à titre d’exemple, sont cédées entre 120 et 150 DA le kilo. Les pêches et les abricots sont carrément inaccessibles pour certaines bourses : leur prix avoisine les 250 DA le kilo.

Si le gestionnaire familial moyen peut facilement se passer de ces fruits, la volaille, la viande et le poisson sont incontournables dans un simple menu d’été. Depuis le problème de la vache folle, on importe certaines quantités congelées à la grande joie des estivants, alors que dans un passé récent, on ramenait jusqu’à 55% du volume total. Le consommateur en vacances à Aïn El-Turck a le tournis devant les étals spécialisés : 300 DA le kilo de volaille, entre 900 et 1 000 DA pour l’agneau contre 800 DA le veau. Le kilo de la sardine atteint 200 DA et plus. Les crevettes, quant à elles, oscillent entre 1 000 et 1 500 DA alors qu’un kilo de rouget de roche est vendu à 700 DA. La direction de la concurrence et des prix, qui tente de remplir sa mission de régulateur public, retire régulièrement de la vente certains produits avariés ou pour mauvais étiquetage, ceux d’une hygiène douteuse ou ceux présentant une non-conformité avec les normes requises. On peut donc dire que du point de vue de la disponibilité et même de la qualité du produit, l’estivant est “comblé” mais question prix, il est “gâté”. Un vœu pieux pour finir : pourquoi ne pas suivre l’exemple des pays voisins, à savoir intégrer à la société algérienne une “culture” touristique et pratiquer des prix étudiés dans ce secteur, au bénéfice de l’Algérien d’abord et de notre image de marque ensuite...

Corniche Oranaise Un blason à redorer...

Avec le temps, la métamorphose qu’a connu la Corniche oranaise n’est sûrement pas tout à fait à son honneur, car les signes distincts qui la rehaussaient au rang de ville de standing n’y sont plus. Compliqué à gérer tout ça, surtout quand l’absence de projets structurants ne pansent pas les plaies du chômage, que les espoirs s’effondrent, alors qu’on multiplie les incitations pour que le “privé” investisse dans le secteur du tourisme.

Les nombreuses cités-dortoirs, les affreux lotissements dont le schéma est en totale contradiction avec les qualités reconnues de cette région en matière d’urbanisme et d’architecture ne font plus rêver au qualificatif tant galvaudé de la “Belle Corniche oranaise”. Pendant des années, le laisser-aller et la dégradation de la qualité de la vie, notamment aux plus forts moments des années de braise (1991-98), se sont soldés par un état de banalisation et une clochardisation pernicieuses de la Corniche oranaise. Le manque de prise en charge des infrastructures d’accueil qui font la beauté et l’importance d’une ville balnéaire telles que les hôtels, les complexes, les bungalows, les espaces verts, les loisirs, la propreté des artères, la sécurité, les rues larges et ombragées, une occupation rationnelle des espaces, rétrécissent comme une peau de chagrin.

Durant un assez long temps, le littoral oranais (70 000 visiteurs par jour) s’est agrandi d’une manière étonnante et désordonnée, la Corniche ayant conservé son cachet de localité coloniale, confirmé par l’architecture et le plan d’urbanisme de l’époque, basé sur une conception moderne qui diffère des autres villes de la wilaya d’Oran. D’une cité de villégiature, elle s’est transformée en ville, grâce à son statut de zone d’extension touristique (ZET) avec, notamment, l’implantation de 4 complexes et 17 hôtels depuis... l’indépendance. C’est un exemple concret de ce qu’une évolution et un développement lent apportent comme inconvénients à une ville où il faisait pourtant bon vivre. Ces derniers temps, une (tardive) action d’assainissement et d’embellissement est menée par la commune de Aïn El-Turck pour tenter de redorer le blason terni de la Corniche qui est devenue, par la force des choses et l’ineptie des hommes, sale et repoussante. Dans ce contexte, beaucoup de citoyens se posent la question suivante : la Corniche oranaise redeviendra-t-elle comme avant ? Il est difficile d’y répondre, surtout pour ceux qui ont connu la Corniche dans ses meilleurs moments. Tout espoir ne semble pas perdu pour réhabiliter les villages balnéaires composant la Corniche, et qu’elle puisse enfin retrouver son look d’antan, parce que totalement défigurée par les nouvelles constructions inesthétiques dont la conception est sujette à critiques. Dans cet ordre d’idées, les nombreux lotissements très mal viabilisés se distinguent par une monotonie qui se caractérise par une succession de bâtisses lourdes et impersonnelles où tout centre de vie et d’activités sont inexistants. Ces images douloureuses constituent la plaie de tout le littoral oranais qui paie actuellement l’addition de la “crise”...

À quand le plan de circulation ?

Le projet de la mise sur pied d’un plan de circulation de la ville de Aïn El-Turck risque de ne pas voir le jour si des considérations d’ordre purement administratif continuent de bloquer l’initiative des professionnels de l’infrastructure routière. Tout le monde sait que la Corniche oranaise est une véritable “croqueuse d’hommes”. Entre 15 et 20 accidents de la circulation, dont 4% sont mortels, surviennent tous les jours sur le tronçon routier menant de la pêcherie (Oran) jusqu’aux Andalouses. Dangereuse et risquée, la route de la Corniche oranaise a tué des centaines de personnes. Le plus souvent, des voitures volent dans le ciel pour atterrir en pleine mer. En effet, le tronçon routier, étroit et tortueux, ne permet pas une fluidité du trafic qui ne s’arrête presque jamais. C’est dans la perspective d’une amélioration de la circulation qu’un projet intégré, associant aussi bien des bureaux d’études que les autorités locales pour atténuer les problèmes de développement routier, continue de rencontrer des “difficultés”. Pourtant, une étude portant sur le projet de circulation, présenté devant l’APC, demeure en instance, d’où un retard de réactualisation du réseau routier. Située dans une zone touristique de grande importance et drainant quelque 50 000 véhicules par jour, la daïra de Aïn El-Turck ne semble pas prendre en compte ces paramètres pour valoriser au mieux le tronçon routier qui ne répond plus à la demande actuelle.

Par B. Ghrissi, liberte-algerie.com