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Découverte d’un charnier à Larbaâ

 
Plongés dans l’horreur, les services de sécurité ont découvert, mercredi dernier, un charnier de quinze personnes dans la zone montagneuse de Oued Boulbane entre Blida et Médéa, précisément au lieu-dit Talamout, daïra de Larbaâ.
samedi 31 juillet 2004.

Officiellement, cette découverte macabre a été rendue possible grâce aux indications précises d’un repenti, ancien membre du GIA incarcéré actuellement dans une prison à Blida. Hormis le fait que ce criminel est âgé de 30 ans, aucune autre information n’a filtré à son propos, pour les besoins de l’enquête.

D’autres indiscrétions nous ont assuré, par ailleurs, qu’il s’agit plutôt d’un terroriste arrêté et condamné à 15 ans de prison, actuellement incarcéré dans un établissement de rééducation à Blida. Quoi qu’il en soit, ce criminel a reconnu lui-même qu’il avait participé à l’assassinat de ces 15 personnes parmi lesquelles figurent des civils et des militaires. “Huit ans après, le repenti n’a eu aucune difficulté à nous emmener sur les lieux situés dans une zone impraticable et marécageuse. Nous avons dû abandonner nos véhicules et continuer à pied sur une distance de pas moins de sept kilomètres pour arriver enfin et découvrir carrément un cimetière”, nous a déclaré M. Mustapha Benimam, procureur général adjoint de la cour de Blida. Celui-ci nous a assuré, hier, que depuis cette découverte, sept véhicules de l’ANP sont restés sur place et assistent aux recherches appuyées par la police scientifique qui procédera à l’identification ADN. Les résultats, selon M. Benimam, seront aussitôt communiqués à la Commission nationale consultative pour la défense et la promotion des droits de l’Homme sollicitée d’ailleurs pour contribuer dans l’opération d’identification.

En plus des trois corps découverts jeudi, six autres ont été retrouvés hier. Certaines des victimes, selon M. Benimam, ont été retrouvées égorgées, pieds et poings liés avec du fil de fer et du ruban adhésif sur les yeux et sur la bouche. Cette découverte macabre vient s’ajouter à de nombreuses autres déjà, témoignant de la violence sans pareille vécue par cette région qui a constitué pendant longtemps le fief du GIA mais aussi la preuve irréfutable de la barbarie intégriste. En octobre 1997 déjà, un charnier a été découvert à Bentalha, près de Baraki dans la banlieue sud de la capitale et contenait pas moins d’une trentaine de cadavres.

L’année d’après, en l’occurrence en 1998, les recherches se sont poursuivies pendant un mois suite à la découverte d’un charnier où gisaient plus de 60 corps de personnes, visiblement torturées avant d’être achevées avec une extrême barbarie.

En mai 1999, les ossements de deux cadavres sont découverts à haouch Sbihi connu sous le nom de haouch Vallonet, limitrophe de Cherarba, au nord de Meftah dans la daïra de Larbaâ. Le couple aurait trouvé la mort en 1994, et a été découvert par les éléments de l’ANP à quelques encablures du lieu où a été trouvé le charnier de haouch Hafiz.

Deux mois plus tard, grâce aux aveux d’un repenti, trois autres charniers sont découverts à Ouled Allel. C’est donc en juillet 1999 que trois puits au fond desquels gisaient de nombreux cadavres de victimes du GIA sont découverts par les éléments de sécurité à Benindja, quartier situé entre Sidi Moussa et Bentalha.

Force est de constater que cette région, faisant partie de la Mitidja, était la planque idéale pour les groupes armés puisque située entre Larbaâ, Meftah, les Eucalyptus et Cherarba.

Ces immenses vergers servaient de lieu de refuge à la redoutable katibat El-Maout créée par Djamel Zitouni et dont le dernier “émir” fut un certain Bouzidi, abattu par ses propres éléments à Baraki.

Les membres de cette phalange ont enlevé de nombreuses personnes en 1994 jusqu’en 1996. Ils agissaient en plein jour, très souvent munis de cartes de la Sûreté nationale et vêtus de gilets de la police volés à des membres des services de sécurité tués dans des embuscades. À rappeler aussi qu’en août 1997, sept terroristes ont été abattus à haouch Meriem (Larbaâ). Parmi eux figurait Mustapha Kertali, l’un des premiers responsables de la djaz’ara et avait prêté allégeance au GIA en 1994.

Amnesty international réclame une enquête
Amnesty international (AI) a appelé hier les autorités algériennes à mener une “enquête exhaustive sur les nouvelles fosses communes découvertes” en Algérie et à faire de même avec celles précédemment mises au jour. “À la suite de la découverte d’un nouvelle fosse commune, jeudi dernier, AI appelle les autorités algériennes à procéder à une enquête exhaustive sur le site et à traiter de la même façon” les sites précédemment découverts, a déclaré l’Organisation de défense des droits de l’Homme dans un communiqué. “Des mesures d’urgence doivent être prises pour préserver les preuves sur le site, pour identifier les victimes et établir la vérité sur ces tueries”, souligne le texte publié à Londres.

Par Nabila Saïdoun, Liberté