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Passer l’été à Tamanrasset

 
Les vacances d’été riment à Tamanrasset avec monotonie et ses inséparables corollaires, le désœuvrement et la morosité.
lundi 2 août 2004.

Une fois les portes des établissements scolaires fermées et les congés professionnels entamés, il faudra faire preuve d’incroyables dons d’imagination et d’improvisation ou prévaloir d’un compte bancaire bien cossu pour prétendre passer les mois de juillet et août sans sombrer dans le gouffre des jours qui se ressemblent désespérément. Tamanrasset est lovée, tel un bijou précieux, dans de magnifiques paysages lunaires, qui se confondent dans l’imaginaire de nombreux écrivains connus avec des tableaux du conte d’Antoine Saint-Exupéry, Le petit prince. Le Hoggar, aux multiples facettes et au charme si singulier, fait rêver les amateurs des randonnées méharistes ou en véhicules tout-terrain, des confins des quatre continents, voisins ou lointains de l’Afrique. “Les sorties dans le désert sont géniales durant la haute saison (qui s’étale du mois d’octobre au mois de mars, ndlr), particulièrement pendant les fêtes de fin d’année. “Mais en été, nous n’avons rien à faire”, corrige un jeune chauffeur de taxi clandestin.

Il nous ramène subrepticement à la réalité. Par temps de canicule, les touristes privilégient naturellement les destinations balnéaires, au lieu de “venir se rôtir dans le Sahara”. Tamanrasset se particularise, pourtant, par une température relativement clémente dès la fin du mois de juin, contrairement à Adrar, Timimoun ou encore In-Salah où le mercure grimpe facilement au top du thermomètre (parfois plus de 50° à l’ombre). Située à 1 000 mètres d’altitude, la ville se distingue par un hiver doux et un été pas vraiment chaud avec une température tanguant entre 30° et 35°. Les mois de juillet et août se présentent, par ailleurs, dans les formes d’une saison des pluies. “Cette année, les pluies sont en retard. Il devait commencer à pleuvoir dès le début juillet”, nous dit-on. La population locale s’est habituée à recevoir la flotte au moment où le soleil favorise, ailleurs, la bronzette, de la même manière qu’elle s’est accoutumée à la crue de l’oued. Ce n’est donc pas tant la chaleur, même si elle est quelque peu incommodante pendant les toutes premières heures de l’après-midi, qui dérange les habitants de Tamanrasset, mais plutôt un frustrant manque de loisirs.

L’agglomération s’est démesurément agrandie depuis qu’elle a accédé au rang de wilaya en 1984. Elle ne s’est pas dotée, néanmoins, des infrastructures de base à même d’abriter des activités ludiques. L’inexistence d’une piscine municipale, au chef-lieu de wilaya - et même ailleurs au demeurant - prive les jeunes de la ville d’un endroit où ils pourraient se rencontrer, s’amuser ou tout simplement tuer le temps. “Nous avons acheté pour nos enfants (une adolescente et une fillette de neuf ans) une piscine en plastique. Nous l’installons dès que l’été arrive dans la cour et nous les laissons barboter dedans. Nous n’avons rien d’autre à leur proposer”, raconte une mère de famille, originaire de Béchar. Un chauffeur de taxi nous parle des gueltas (des retenues d’eau), où les gens vont nager. “En famille ou entre amis, nous louons trois quatre-quatre pour aller passer deux jours à bord d’une immense guelta qui se trouve à environ 80 kilomètres de la ville. Nous nous sommes amusés, une fois, à mesurer le fond de cette guelta. Et, croyez-moi, sa profondeur dépasse les 22 mètres”, raconte notre interlocuteur. “Les personnes qui ne savent pas nager n’ont pas du tout intérêt à pénétrer dans cette guelta”, plaisante-t-il. Sans chercher à s’aventurer aussi loin, de jeunes adultes de Tamanrasset ont repéré un bassin naturel à quinze kilomètres du chef-lieu de l’agglomération. Il nous a semblé, de prime abord, chimérique de chercher une guelta au beau milieu du désert, à bord d’une Toyota qui ne cesse de cahoter sur une piste caillouteuse. Pourtant, elle existe bel et bien, loin des regards, telle une “coquette”, par des éminences rocheuses. Deux enfants, d’une dizaine d’années, jouaient joyeusement dans l’eau, comme s’ils étaient seuls au monde.

Il y avait effectivement de quoi le croire, puisqu’il était peu évident qu’on vienne rompre leur solitude à l’heure de la traditionnelle sieste. Les deux gosses ont parcouru, indifférents à un soleil de plomb, à vélo la quinzaine de kilomètres qui séparent la ville du bassin. Ils ne devaient retourner chez eux qu’en fin d’après-midi. Les deux jeunes hommes qui nous ont accompagnés à cet endroit ne se sont pas fait prier pour aller se rafraîchir dans l’eau claire et froide, semble-t-il. Les services de la wilaya, conjointement avec la direction de la jeunesse et des sports, organisent des colonies de vacances pour des enfants issus de familles défavorisées. Ces derniers profitent, ainsi, de deux semaines passées sur les plages de la Méditerranée (généralement dans les camps de vacances de Sidi-Fredj ou sur les côtes oranaises). L’APC de Tamanrasset assume, aussi, les frais de quelques groupes, tandis que des entreprises nationales, à l’instar d’Air Algérie, prennent en charge les enfants de leurs employés. Les familles, originaires des wilayas du Nord (en grande partie d’Alger), se préparent à rentrer dans leurs villes natales, au prix de grands sacrifices financiers (voir encadré). Les moins chanceux, parmi les habitants de la capitale du Hoggar, attendent que l’été passe pour renouer avec le train-train d’un quotidien ronronnant. Sauf si l’époque bénie des grandes affluences touristiques internationales revient couler des jours heureux dans cette partie de l’Algérie.

Le difficile retour
Un billet d’avion à près de 20 000 DA, dissuadent les algérois de rentrer chez eux. Pour ceux installés à Tamanrasset, il est devenu hypothétique d’envisager de passer les vacances d’été en famille, dans la capitale. Le prix du vol Tam-Alger (aller-retour) avoisine les 20 000 DA. Il faudra donc compter environ 80 000 DA de dépenses inhérentes aux frais de transport pour un couple avec deux enfants. Une somme importante que peu de ménages ont le pouvoir et le vouloir aussi d’investir dans un vol domestique. “C’est de la folie. Qui aurait imaginé que ça coûterait aussi cher de se déplacer d’une ville à une autre d’un même pays ?” font remarquer de nombreux chefs de famille. Rallier la capitale par route se présente comme une solution de rechange. Sauf que là, également, la facilité n’est pas au rendez-vous. Plus de 2 000 kilomètres séparent la capitale du Hoggar de celle de l’Algérie. Il est de se fait impensable de faire le trajet sans halte (au moins une nuitée dans un hôtel), particulièrement en période de canicule. Des téméraires disent, toutefois, faire de substantielles économies en voyageant par route, soit à bord de leurs propres véhicules ou dans des taxis, à raison de 3 000 à 4 000 DA la place. Les déplacements par autocar sont de loin moins cher (environ 1500 DA par place), mais aussi les plus éprouvants. Les transporteurs en commun ne chôment certes pas, et ce, quelle que soit la saison. Les habitants de Tamanrasset se déplacent beaucoup, car ils ne sont pas, majoritairement, originaires de cette région. Il ne convient, d’ailleurs, plus de dire que la population de Tamanrasset est cosmopolite, tant ce caractère est évident. Plus des trois quarts des citoyens de l’agglomération viennent des villes du Nord ou des autres régions du Sud. Lors de l’application du nouveau découpage administratif en 1984, Tamanrasset gagne systématiquement le statut de wilaya. Il fallait donc s’échiner à la construire rapidement. Des offres intéressantes de travail et la disponibilité de logements de fonction ont incité des milliers de personnes à s’installer dans ce coin du désert, appelé à se développer à vue d’œil. C’est ce qui explique la présence massive, à Tamanrasset, d’algériens venus d’horizons divers.

Par Souhila H, Liberté