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Sahara occidental : Abdelaziz Bouteflika remet les pendules à l’heure

 
Abdelaziz Bouteflika vient de couper court aux différentes spéculations faisant valoir un rôle actif de l’Algérie pour le règlement de la question du Sahara occidental dans le cadre d’un accord négocié avec le Maroc.
mercredi 4 août 2004.

Dans une correspondance adressée hier à Kofi Annan, secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika a fermement rejeté cette éventualité, qualifiant “comme un procédé purement dilatoire toute tentative d’inscrire le problème du Sahara occidental dans un contexte algéro-marocain”, car a-t-il estimé, “l’Algérie ne peut ni ne veut se substituer au peuple sahraoui dans la détermination de son avenir”. Le chef de l’État a bien mis en évidence les acteurs de cet imbroglio. Ils se limitent selon lui “au peuple sahraoui et à la puissance occupante, c’est-à-dire le Maroc”.

Les protagonistes et la nature du conflit ainsi identifiés, Abdelaziz Bouteflika considère que “tout règlement doit nécessairement intervenir en accord entre les deux parties”. À ses yeux, le rôle de l’Algérie se résume uniquement au soutien à la légalité internationale. De ce fait, l’État algérien “continue de considérer la question du Sahara occidental comme un problème de décolonisation (...) devant trouver son dénouement à travers l’exercice de son droit à l’autodétermination par le peuple sahraoui”.

Partant de là, la décrispation des relations algéro-marocaines ne saurait être assujettie à l’arrangement souhaité par Rabat. Telle est la seconde clarification du locataire du palais d’El-Mouradia. “En ce qui concerne les relations bilatérales entre l’Algérie et le Maroc, je puis vous assurer, une fois encore, d’abord de notre volonté sincère de les développer et de les élargir le plus possible, ensuite de ce que nous n’opposons aucune condition préalable à ce développement. Nous considérons de plus qu’il n’y a aucune raison pour que la question du Sahara occidental interfère dans nos rapports avec le Maroc, l’Algérie n’ayant pas une part directe à ce conflit et, comme je l’ai réaffirmé plus haut, l’Algérie ne se comportant à ce sujet que comme un membre des Nations unies soucieux du respect et de l’application des principes de la Charte des Nations unies”, explique-il dans un long passage. Pourtant, hier aussi, Rabat est revenu à la charge dans son désir d’amener l’Algérie à la table des négociations.

Cette intention vient d’être confirmée par le quotidien Le Maroc d’Aujourd’hui. Dans sa dernière livraison, le journal considère qu’ “Alger est à la fois une partie du problème et de la solution”. “C’est pour cela que, symboliquement, la clé de la paix dans la région (du Maghreb ndlr) est désormais, chez Bouteflika et lui seul : un authentique rendez-vous avec l’Histoire, celle qui grandit les Hommes”, écrit-il. Reprenant à son compte les prédications des chancelleries de l’Europe occidentale sur l’impérieuse nécessité de soustraire le pourtour méditerranéen au danger terroriste, notre confrère voit dans “le règlement concerté du problème sahraoui une caution pour le retour à la paix”. Il évoque “une chance inespérée pour le Maghreb, ses peuples, ses économies, et pour l’ensemble de la Méditerranée”.

Bien entendu, la solution reste aux yeux des Marocains liée à l’octroi d’un statut d’autonomie à l’ancienne province espagnole. Le Maroc d’Aujourd’hui présente cette issue comme “moralement juste, politiquement honnête et juridiquement acceptable”. Pour l’accréditer aux yeux de l’Algérie, le royaume alaouite a trouvé en la France et l’Espagne ses meilleurs démarcheurs. Bien que le gouvernement ibérique ait nuancé, ces derniers jours, son discours en exprimant son attachement au plan de paix onusien prévoyant un référendum d’autodétermination, il prône toujours un dialogue entre ceux qu’il qualifie d’“acteurs”, à savoir le Maroc, l’Algérie et le Front Polisario. De retour des camps sahraouis à Tindouf, Bernadino Leon, secrétaire d’État aux Affaires étrangères a indiqué que l’Espagne désire “maintenir un dialogue direct et franc pour la recherche d’une solution avec toutes les parties”. De même, le chef de la diplomatie Miguel Angel Moratinos a plaidé pour ce genre d’arrangement.

En supprimant le visa d’entrée aux Algériens au territoire marocain, Rabat estime qu’elle a fait le premier pas. “La balle est dans le camp algérien”, assure Le Maroc d’Aujourd’hui.

La Tunisie, qui vient de mettre les pieds dans le plat, attend également du gouvernement algérien des réponses à l’offre de réconciliation de Rabat. “Cette décision - l’annulation du visa - est une avancée importante à même de contribuer à la consolidation accrue des passerelles de rapprochement et de contacts entre les deux peuples frères”, du Maroc et de l’Algérie, a commenté hier son ministre des Affaires étrangères, Habib Ben Yahia, dans une déclaration à l’agence officielle TAP.

Par Samia Lokmane, Liberté