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Combien d’Algériens à Guantanamo ?

 
Jusque-là, on ne parlait que des six Algériens arrêtés en Bosnie, mais voilà que les premières comparutions devant un tribunal spécial à Guantanamo Bay devant réexaminer le statut des détenus du camp X-Ray annonce la présence d’un autre Algérien se disant toujours prêt à en découdre avec les Américains et même décidé à en tuer quelques-uns s’il était libéré.
samedi 7 août 2004.

La mise sous les feux des projecteurs des 585 détenus de la base de l’armée américaine à Cuba n’aura donc servi qu’à présenter les intentions pas très pacifiques de ces prisonniers d’un genre particulier et dont la détention n’obéit à aucune des règles juridiques internationales ou nationales.

Cet Algérien de 24 ans a été capturé à Tora Bora, en Afghanistan, après avoir été blessé par l’explosion d’une grenade lancée par un de ses compagnons.

Détail intéressant, on ne parle pas de Franco-Algérien, même si on indique qu’il a pris le départ depuis la France pour rejoindre une base d’entraînement d’Oussama Ben Laden.

Cet Algérien présenté comme un exemple « a déclaré qu’il tuerait des Américains s’il était libéré », selon les propos du secrétaire de la marine Gordon England porte-parole militaire, rapportés par les journalistes. Le même porte-parole a indiqué que les auditions devant le tribunal spécial des 585 détenus sont menées au rythme de 72 cas examinés par semaine. Mais il semble que « le processus sera un peu plus lent » à cause des lenteurs dans la traduction des documents en arabe et d’autres langues du Moyen-Orient.

Il reste que cet Algérien, dont l’identité n’a pas été révélée, fait augmenter le nombre des détenus algériens à Guantanamo au moins à sept en attendant d’autres révélations. Les tribunaux spéciaux baptisés « tribunaux d’examen de statut » sont composés de trois officiers de l’armée américaine et doivent déterminer si les détenus de Guantanamo sont « correctement classés dans la catégorie des combattants ennemis et donner la possibilité à chaque détenu de contester une telle désignation ». Par ailleurs, des ONG de défense des droits de l’homme ont qualifié ces audiences et ces tribunaux de « parodie » de justice servant à entraver la décision prise en juin par la Cour suprême des Etats-Unis qui autorise les détenus de Guantanamo à contester leur incarcération devant la justice civile américaine.

Abou Ghraïb n’a rien d’un cas isolé
Ces audiences ne révéleront certainement pas les conditions de détention ni la nature des interrogatoires subis depuis deux ans et demi par les prisonniers puisqu’elles interdites au public et à la presse. Ces mêmes audiences confortent les défenseurs des droits de l’homme qui n’ont cessé de dénoncer l’aspect illégal de ce camp d’internement. Mercredi à New York, jour où se tenait la conférence de presse de Guantanamo Bay, Michael Ratner, président du Centre pour les droits constitutionnels aux Etats-Unis, présentait un rapport de 115 pages relatant les abus subis par des détenus du camp X-Ray. Si le document met en exergue « le grand vide juridique » qu’est Guantanamo, il rapporte les témoignages accablants de trois anciens détenus britanniques libérés en mars. Agressions sexuelles, humiliation à caractère religieux, interrogatoires brutaux..., toute la panoplie des exactions que font subir des tortionnaires d’un pays du tiers-monde à leurs détenus est passée ne revue.

Pour Michael Ratner, ce qu’il faut retenir, au-delà des témoignages, c’est le peu de confiance que l’on doit accorder aux informations qui proviennent de Guantanamo. « C’est un document effrayant (...) de ce qui peut arriver quand une administration ne tient pas compte de la loi », selon Ratner.

Les anciens détenus Asif Iqbal et Shafiq Rasul ont relaté comment ils ont été détenus dans des cages ouvertes dans lesquelles circulaient des serpents et des scorpions mordant et piquant les prisonniers.

Ils ont dit avoir été battus, maintenus dans des positions inconfortables, privés de sommeil, souvent photographiés nus et soumis à des fouilles anales. Les témoignages de détenus anglais sont loin d’être les seuls à faire état de mauvais traitements au camp X-Ray. Les voix qui ont émergé de Guantanamo ont corroboré ces affirmations.

De mauvais traitements au camp X-Ray
Medhi-Mohamed Ghezali, un musulman suédois de père algérien et de mère finnoise, a été libéré au début du mois de juillet, alors qu’aucune charge n’ été retenue contre lui. Les autorités suédoises ont indiqué qu’elles ne comptaient pas engager de poursuites contre lui. Ghezali a témoigné devant les médias suédois. Il a dit avoir été exposé au froid glacial, aux lumières aveuglantes et avoir été enchaîné et interrogé pratiquement tous les jours.

Au début, Ghezali a indiqué qu’il avait pleinement collaboré, puis a cessé de le faire après six mois, voyant que ses geôliers répétaient inlassablement les mêmes questions. C’est alors que les tortures ont commencé, a-t-il souligné en substance. Il a indiqué avoir été soumis au froid négatif, enchaîné durant 12 à 14 heures dans une chambre froide utilisée comme salle d’interrogatoire. Ghezali a précisé qu’un de ses pieds est devenu insensible à toute sensation depuis ce traitement. Le détenu suédois a raconté qu’il a été privé de sommeil, enchaîné dans des positions pénibles durant de longues périodes et exposé aux lumières aveuglantes et au bruit assourdissant. Ghezali a été arrêté au Pakistanaprès avoir été livré par la population d’un village de la frontière afghano-pakistanaise qui avait fait de la vente des étrangers supposés membres d’Al Qaïda aux militaires américains une activité régulière fin 2001-début 2002. Quatre autres détenus de Guantanamo ont été relâchés pour être livrés aux autorités françaises.

Mourad Benchellali, Nizar Sassi, Brahi Yadel et Imad Kanouni ont été placés sous mandat de dépôt par la justice française pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Leurs avocats ont demandé leur mise en liberté car coupables, selon eux, de s’être « trouvés au mauvais endroit au mauvais moment ».

Les six détenus algériens de Guantanamo capturés en Bosnie
Mohamed Nechla, Bensayah Belkacem, Lahmar Saber, Mustafa Aït Idir, Hadj Boudellaa, Lakhdar Boumediene ont été arrêtés le 18 janvier 2002 pour être envoyés à Guantanamo. Arrêtés par le gouvernement de Bosnie-Herzégovine, ils ont été remis ensuite aux autorités américaines. Ces Algériens suspectés de terrorisme ont été remis à un pays étranger en violation des conventions internationales concernant les droits de l’homme. Le représentant en Bosnie-Herzégovine de la haute commission des Nations unies pour les droits de l’homme avait indiqué que le cas des Algériens était « une soustraction extrajudiciaire à la souveraineté territoriale ».

Selon Amnesty International, l’épouse de Hadj Boudellaa a reçu peu de lettres de son mari. L’une d’elles, reçue en janvier 2003, a été envoyée le 30 septembre 2002. Une autre lettre reçue par son frère a mis quatre mois à parvenir. L’épouse de Hadj Boudelllaa a indiqué qu’elle suppose qu’il n’a reçu que trois des 60 lettres qu’elle lui a adressées. Le cas des six Algériens de Bosnie avait suscité certains remous après que le député Hacène Laribi s’en est saisi sans que cela puisse aboutir à quoi que ce soit de concret.

Par Amine Esseghir, la Nouvelle république