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Le trafic de drogue au Maroc génère 10 milliards d’euros

 
Le phénomène de trafic de drogue au Maroc est d’autant plus inquiétant que le royaume est le plus grand producteur mondial de cannabis.
mardi 10 août 2004.

La région du bassin méditerranéen est loin d’être épargnée par ce danger, elle se trouve même être le théâtre d’une redoutable menace provenant d’un réseau qui est aussi criminel que le cartel de Medellin. Ce réseau prend sa naissance de la filière de la région du Rif, au nord du Maroc, devenue depuis trente ans un centre pas seulement de production de cannabis, mais aussi de drogues dures notamment l’héroïne et la cocaïne qui ont fait leur apparition dans ladite région au début des années 1990.

Dans une enquête dirigée par l’Observatoire géopolitique des drogues en 1997, le Maroc est devenu un important point de transit de la cocaïne du fait de ses relations avec le réseau colombien. « Les pays d’Afrique du Nord ont connu une utilisation accrue de leur sol et leurs eaux territoriales par des organisations criminelles convoyant de la cocaïne par grosse quantité, généralement sous forme de fret maritime à destination de l’Europe », souligne un rapport de 1993 du Drug Enforcement Administration, DEA, tout en affirmant l’implication de trafiquants marocains de haschisch dans l’introduction de la cocaïne en Europe notamment en Espagne. Dans une enquête plus récente conduite par le gouvernement du Maroc et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime datant de l’année 2003, il est établi qu’un quart de la surface agricole utile de la région du Rif (pour ne citer que cette région) est désormais occupée par la culture de cannabis en expansion. Le revenu annuel de 800 000 personnes, soit les deux tiers de la population rurale de cette région, est directement lié à la culture du cannabis.

Le chiffre le plus étonnant est celui du chiffre d’affaires du marché du haschisch qui est évalué à 10 milliards d’euros détenus en majorité par les principaux opérants du réseau en Europe. Aussi, 70% du kif traité en circulation en Europe provient du Maroc. L’Algérie n’a pas été épargnée par les tentacules du fléau de la drogue. Les services chargés de combattre ce fléau se enregistrent périodiquement des opérations de saisie de drogue.

L’Algérie, une barrière sécuritaire
Le Bassin méditerranéen est devenu, comme il a cité plus haut, le théâtre d’un mouvement de stupéfiants qui prend son point de départ du nord de l’Afrique pour échoir au sud de l’Europe, particulièrement en l’Espagne et en France. Si avec les autorités ibériques l’Algérie arrive à trouver un terrain de coopération de lutte contre le phénomène de contrebande, en général, et de trafic de drogue, en particulier, ce n’est pas le cas avec la France qui est tout aussi menacée par l’introduction sur son territoire de stupéfiants, et particulièrement la région de Marseille qui constitue par ses réseaux locaux le point de rencontre des réseaux maghrébins et français. En 2003, près de 3 tonnes de diverses drogues ont été saisies par les douaniers au port de Marseille.

Par sa situation géographique, l’Algérie peut constituer une barrière sécuritaire contre l’extension de ces réseaux en Europe. Mais encore, faut-il qu’il y ait une réciprocité dans le combat contre le crime organisé. Actuellement, seule l’Espagne a saisi l’importance d’une telle coopération en procédant aux échanges d’informations. L’interception par les garde-côtes algériens au large de Mostaganem, en janvier 2004, d’un bateau en provenance de Nador, au Maroc, qui avait pour destination Murcia en Espagne, dirigé par des trafiquants de drogue, dont un Suisse et 4 Marocains, est un exemple édifiant de la place stratégique qu’occupe l’Algérie comme barrière sécuritaire.

Etant déjà elle-même menacée sur son territoire et étant consciente du danger encouru à cause de ce fléau, l’Algérie a pris l’option de combattre les filières maritime et terrestres du réseau de trafiquants de drogue. Sur le territoire algérien, le réseau est détenu par un certain Zendjabil qui fait l’objet d’un mandat de recherche international. Son réseau, qui traite avec son voisin marocain mais aussi avec les réseaux d’outre-mer, n’est pas exclusivement lié à la drogue. Même s’il constitue sa principale ressource, il touche à toutes les branches de la contrebande. Constituée en organisation maffieuse de type cellulaire, la bande de Zendjabil est liée au trafic international de véhicules, falsification de papiers, émission de chèques sans provision, faux et usage de faux et contrebande de tout genre. Plus que les consommateurs, les fournisseurs et autres barons de la drogue devraient être les premières cibles des services de sécurité, d’où l’importance de s’attaquer à la source de ce fléau qui nécessite une coopération accrue entre les pays touchés par ce phénomène. Le trafic de drogue est avant tout une affaire d’atteinte à la santé de la population mais aussi un coup fatal à l’économie et à la sécurité nationale. En 2001, les services de la Gendarmerie nationale avaient mis la main sur 571 kg de kif dans la région d’El- Karma . Cette affaire a été orchestrée par un islamiste,ce qui prouve que l’argent de la drogue est une source de l’approvisionnement en armes des réseaux terroristes. L’atteinte à l’économie nationale se traduit, quant à elle, par le lien direct que ce trafic a avec le blanchiment d’argent sale. La justice algérienne est en cours de traitement d’une affaire d’évasion fiscale de plusieurs millions de dinars causée par un importateur de réfrigérateurs qui a minoré la valeur de sa marchandise. La transaction a concerné 59 500 réfrigérateurs importés à des prix inimaginables de... 20 euros.

Selon des éléments de l’enquête, la transaction n’a pour but que de blanchir de l’argent sale provenant de la vente de drogue. De plus, l’importateur en question n’est autre que le frère d’un trafiquant de drogue. Aujourd’hui plus que jamais, ou la sécurité des nations devient la première des préoccupations des Etats, la lutte contre le trafic de dogue devrait être une priorité dans le partenariat sécuritaire élevé au même niveau que la lutte antiterroriste.

Drogue-criminalité : des chiffres alarmants
Ayant depuis longtemps cru qu’elle ne représentait aux yeux des trafiquants qu’un simple couloir pour l’acheminement de la drogue vers des pays où la consommation est révélée, l’Algérie découvre aujourd’hui avec stupéfaction qu’elle est concernée au même titre que ces derniers par ce fléau. Et à ce stade-là, il n’est nul besoin de se voiler la face ou de cacher le soleil avec un tamis comme dit l’adage.
Le phénomène prend des proportions démesurées et toute tentative ayant pour objectif de ne pas l’inscrire dans ses véritables dimensions relèverait d’une politique atteinte d’une myopie déclarée. Le constat aussi amer soit-il est là et il y a lieu surtout de se demander quelles sont les dispositions à prendre en urgence pour endiguer ou ne serait-ce qu’atténuer les effets dévastateurs d’un phénomène qui frappe de plein fouet une jeunesse n’ayant pas les armes nécessaires pour l’affronter.

Des campagnes de sensibilisation il y en a eu certes, des mesures parfois coercitives aussi. Les premières aussi timides que les secondes n’ont pas, reconnaissons-le, eu l’effet escompté pour la simple raison que le sujet a été traité avec une vision à court terme, celle en l’occurrence qui a toujours prévalu et qui consistait à ne pas aller au-delà de la prévention vu que l’Algérie n’était pas considérée comme un pays à large consommation. Cette donnée paraît aujourd’hui obsolète et il va falloir inclure d’autres paramètres. Entre autres celui de se dire que l’Algérie n’est plus ce pays par lesquels transitent seulement quelques pesées de cannabis, mais bel et bien un pays qui représente un marché juteux pour les barons de la drogue venant de l’ouest, du sud ou même de l’est et du nord.
Le terreau existe et il suffit de voir toute cette frange juvénile livrée à elle-même en attente d’être prise en charge par le premier venu. Les fous de Dieu l’ont exploitée à outrance, alors pourquoi pas les fous de la drogue et autres hullucinogènes ?

Par Nadjia Bouaricha et O. Cheikh, La Nouvelle République