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DZone
27/11/2008, 13h24
Ce que tout le monde craignait est arrivé. L'Union européenne vient d'ouvrir un boulevard à la loi de la finance internationale.

La Commission européenne a annoncé, hier, la levée des dernières contraintes à l'ultralibéralisme. Un lourd fardeau attend les générations futures.

L'Europe politique est en berne. Le capitalisme financier a eu raison des dernières résistances des vertus du travail et du rôle de l'Etat régulateur du marché et garant des équilibres macro-économiques. A Bruxelles, le président de la Commission européenne, Manuel Barroso, a annoncé hier la levée des derniers verrous à l'ultralibéralisme. Il a ouvert la voie à l'endettement public aux 27 Etats européens de l'Union. Le traité de Maastricht (1993) est remisé au placard pour, dit-on, au moins deux années. Ainsi, chaque Etat membre aura tout le loisir d'avancer ce qu'il veut comme montant financier par le biais d'emprunts publics pour maintenir le fonctionnement de son économie. La Commission avance pour sa part le chiffre moyen de 130 milliards d'euros avec lequel elle répondra aux besoins des secteurs économiques les plus touchés (industrie automobile et bâtiment pour l'instant).

Les Etats membres ont toute la liberté de jouer sur la fiscalité directe pour renflouer leurs budgets généraux. La TVA dont il n'était pas question de sa remise en cause voilà quelques mois, est libérée et chacun peut désormais la réduire considérablement. Cela permettra de relancer la consommation et par ricochet la croissance, explique la Commission. Mais cela suffira-t-il ? Rien n'est moins sûr. Le hasard a fait que la veille, c'est-à-dire mardi, l'OCDE prédisait des années difficiles pour l'Union européenne avec, par exemple, plus de 8 millions de chômeurs supplémentaires pour 2009-2010. Gardienne des Institutions et Traités de l'Union, la Commission avertit, pour le principe, le risque d'un endettement excessif des Etats qui aggraverait la récession. Cette « mise en garde » a plus l'apparence d'une politesse diplomatique qu'une obligation de droit. La myopie de la Commission européenne dans son plan de sauvetage a été de ne pas tenir compte des plans de sauvetage lancés par les USA, pays précisément d'où est parti la crise en 2007. Dans une économie mondialisée, où l'échange commercial entre l'UE et les USA dépasse les 100 milliards d'euros par jour, et desquels dépendent plus de 14 millions d'emplois, l'Union européenne ne peut faire l'impasse sur le plan de sauvetage américain. Sinon comment expliquer le Sommet du « G 20 » du 15 novembre ? Au lendemain de ce fameux Sommet tenu à Washington, les observateurs avertis avaient vu, à juste titre, qu'un effet d'annonce. Car la réalité de la crise est autre. Le marché de l'emploi se rétrécit et la consommation fond comme neige au soleil. Le discours de moralisation du marché financier mondial tel que clamé lors du « G 20 » ne suffit pas. En reconduisant et protégeant les principes de l'ultralibéralisme, Européens et Américains ne font que reporter de quelques échéances les effets dévastateurs de la crise générée par la spéculation financière et la course au monopole des grands trusts industriels.

Dans l'UE, le président de l'Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a déclaré « qu'il ne faut pas s'embarrasser de tabous pour financer des mesures nationales et européennes qui relanceront la croissance... ». Ce peut-être un aveu d'impuissance à garder la discipline monétaire et économique dans la famille européenne. A partir de là, que va faire l'Europe pour sauvegarder tout ce qui a été construit en commun depuis 50 ans ? Que ce soit la politique agricole commune (PAC), la défense, la fiscalité... tous ces domaines subiront les contrecoups de cette levée des quelques lois et règlements communautaires qui protégeaient les marchés des dérives de la spéculation financière internationale. C'est pourquoi il n'est pas si faux de conclure que dans cette crise, c'est encore une fois la loi de la fiance internationale qui a eu le dessus sur la volonté politique de l'Etat dans son rôle de régulateur. A ce jeu, poussés dans leurs limites, qui garantirait que certains Etats ne mettront pas la planche à billets à contribution ? C'est ce qui est arrivé en 1926 aux USA. La suite on la connaît.

Le Quotidien d'Oran

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