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Voir la version complète : Affaire Vittorio de Filippis:la france est elle encore un etat de droit?


nacer-eddine06
30/11/2008, 16h01
L'affaire suscite un vif émoi. L'ex-directeur de la publication de Libération, Vittorio de Filippis, a été interpellé de façon musclée à son domicile et mis en examen vendredi pour "diffamation", après une plainte déposée par le fondateur du fournisseur d'accès internet Free, Xavier Niel. Dans un article publié samedi, le journal parle d'un "dérapage judiciaire sans précédent en matière de diffamation". L'avocat de Libération a dénoncé les conditions de cette interpellation, "une première", selon lui, en matière de délit de presse. L'UMP et le PS demandent l'ouverture d'une enquête.


Un "dérapage judiciaire sans précédent en matière de diffamation" : dans un article publié samedi, le quotidien Libération exprime sa colère. Colère après l'interpellation musclée à son domicile, vendredi matin, de l'un de ses anciens directeurs de la publication. Vittorio de Filippis a été mis en examen pour "diffamation publique envers un particulier". A l'origine de cette affaire : une plainte déposée par le fondateur du fournisseur d'accès internet Free. Xavier Niel n'avait pas apprécié un commentaire d'un internaute à un article publié en 2006 sur le site internet du quotidien, faisant état de ses démêlés judiciaires. En octobre 2006, le fondateur du fournisseur d'accès internet Free a été condamné en octobre 2006 à 2 ans de prison avec sursis pour recel d'abus de biens sociaux dans une affaire de proxénétisme.

Vittorio de Filippis affirme avoir été arrêté sans ménagement et insulté devant l'un de ses deux fils, âgés de 10 et 14 ans, lesquels sont restés seuls tandis qu'il était emmené au commissariat. Il sera acheminé menotté au dépôt du tribunal de grande instance, où il sera enfermé et déshabillé à deux reprises avant d'être conduit devant la juge, selon ses dires. De source policière, on affirmait samedi que Vittorio de Filippis aurait "pris de haut" les policiers "irréprochables" venus l'interpeller sur ordre de la juge, après que celle-ci eut délivré un mandat d'amener, l'ex-directeur de publication n'ayant pas répondu à une convocation. "Nous vivons dans un pays où l'on parle d'incarcérer les mineurs délinquants de 12 ans, on voit comment est traitée l'ultra-gauche sur l'affaire de la SNCF... On porte atteinte à la liberté de la presse, aux libertés publiques, au débat démocratique", a déclaré Vittorio de Philippis.

Dès vendredi soir, l'avocat de Libération s'est dit "scandalisé" par un "tel traitement pour un délit qui n'est pas passible de prison", affirmant qu'il s'agit d'une "première" en matière de délit de presse. Samedi, les réactions d'indignation continuaient d'affluer. Le Parti socialiste a stigmatisé des "méthodes inadmissibles qui n'ont pour but encore une fois que d'entraver la liberté de la presse". Reporters sans frontières a jugé ces faits "intolérables", affirmant que la France "détient le triste record européen du nombre de convocations judiciaires, mises en examen et placements en garde à vue de journalistes". Le syndicat professionnel de la Presse magazine et d'opinion a dénoncé "une volonté manifeste d'intimidation", appelant la ministre de la Justice Rachida Dati à "réaffirmer publiquement que la détention n'existe pas dans les délits de presse". La Société civile des personnels de Libération et le site Rue89, fondé par des anciens de Libération, ont demandé l'ouverture d'une enquête, de même que l'UMP et le Parti socialiste.

"Que la police ait employé des moyens aussi brutaux, c'est un dérapage dangereux qui ne doit pas créer un précédent", a dit samedi le directeur de la publication de Libération, Laurent Joffrin. Il a affirmé envisager avec les avocats du journal "tous les recours possibles".

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