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ben
05/04/2004, 04h51
Benjamin Stora, spécialiste de l’histoire du pays,
analyse la présidentielle et dresse un bilan « contrasté » du premier mandat Bouteflika
Un scrutin-test pour la démocratie algérienne


Jeudi, les Algériens se rendent aux urnes pour départager six candidats à la présidentielle. Troisième scrutin pluraliste de l’histoire de l’Algérie indépendante, cette élection est également marquée par un duel entre deux frères ennemis, deux enfants du Front de libération nationale, le président sortant Abdelaziz Bouteflika et son ancien Premier ministre et homme de confiance Ali Benflis. Deux hommes qui ont rompu en mai 2003 quand le président a limogé de son poste de chef du gouvernement M. Benflis après que celui-ci eut annoncé son intention de concourir à la présidentielle. S’en est suivie une scission au sein de l’ex-parti unique algérien entre les partisans des deux hommes. Outre ces deux poids lourds de la politique algérienne, quatre autres candidats postulent à la tête de l’État : Abdallah Djaballah, un islamiste radical, opposé, selon des associations féminines, à toute réforme du code de la famille qui limite toujours la femme au statut de mineure à vie ; Saïd Sadi, président du parti laïc du Rassemblement pour la culture et la démocratie ; Louisa Hanoune, seule femme candidate et figure de proue de l’extrême gauche algérienne en tant que porte-parole du Parti des travailleurs ; et enfin Ali Fawzi Rebaïne, président du parti nationaliste Ahd 54, un patronyme qui fait référence à la date du déclenchement de la guerre d’indépendance algérienne. Autre acteur essentiel de l’élection, l’armée a opté pour la neutralité. Une première dans le cadre d’un tel scrutin. Enfin, reste à savoir dans quelle mesure l’élection sera entachée par la fraude. Au cours des précédents scrutins, elle avait en effet été très présente. En 1995, l’Administration n’avait pas limité ses efforts pour mener le général Liamine Zeroual à la tête de l’État. Et, en 1999, Abdelaziz Bouteflika s’était retrouvé seul en lice, ses six adversaires s’étant retirés pour protester contre des fraudes massives. Le scrutin de jeudi fera ainsi figure de test, des dispositions ayant été votées qui amendent la loi électorale pour favoriser la transparence. Benjamin Stora*, professeur à l’Inalco et spécialiste de l’Algérie, revient sur le premier mandat du président Bouteflika et analyse la campagne présidentielle dont l’issue demeure, à quelques jours du scrutin, toujours incertaine.

«Contrasté. » Ainsi pourrait-on résumer, selon Benjamin Stora, le premier mandat du président Bouteflika.
Sur le plan économique tout d’abord, l’Algérie affiche un taux de croissance officiel des plus solides puisque de 6,8 % en 2003 contre 0,3 % il y a une dizaine d’années. Peut-on pour autant qualifier de positif le bilan économique du président algérien ? « Les indications officielles montrent certes une forte croissance, mais il est difficile de mettre ces chiffres en adéquation avec la réalité sensible. L’Algérie reste marquée par une désespérance sociale forte. On se souvient de tous ces candidats à l’immigration qui demandaient des visas lors de la visite du président Chirac à Alger en mars 2003. Le gouvernement affiche des résultats positifs, mais, sur le terrain, les Algériens veulent toujours partir. »
Officiellement, le taux de chômage est de 25 % en Algérie et il frappe près de 50 % des moins de trente ans. Le passage, sous la pression du FMI, d’une économie étatisée et socialiste à une économie libérale a en effet jeté beaucoup de salariés d’entreprises publiques déficitaires sur le trottoir.
Au niveau des réformes nécessaires, « certaines ont été engagées. On note un développement du secteur privé, la structuration d’une forme de patronat national, de petites et moyennes entreprises. Mais s’agit-il là d’une reconversion de l’ancien patronat ou, au contraire, d’un réel démarrage d’une économie privée et libérale. Les indicateurs pointent plutôt vers la première option ».

Concorde civile et réconciliation nationale
Sur le plan politique, il s’agit là aussi de faire la part entre ce qui est affiché et la réalité. En ce qui concerne les violences islamistes qui ont ensanglanté l’Algérie des années durant, « leur baisse est incontestable, même s’il subsiste des poches de violence, et ce notamment dans les maquis de Kabylie où dans l’extrême sud algérien ».
La politique de concorde civile lancée en 1999 par le président Bouteflika est-elle à l’origine de cette régression des violences ? « Ceci est difficile à évaluer car cette diminution pourrait également être due à une politique antérieure, celle des années 97-98 lors de la trêve avec l’Armée islamique du salut. »
Et M. Stora de souligner qu’aujourd’hui se pose la question de la réconciliation nationale. « Nous sommes dans un contexte radicalement différent de celui de 1999. Cette année-là, la question sécuritaire dominait tous les autres dossiers. Aujourd’hui, l’Algérie fait face à une crise identitaire. » Le printemps kabyle, en 2001, en est un des multiples signes.
Autre sujet particulièrement sensible en Algérie, les atteintes à la liberté de la presse. « Au début des années 90, nous avons assisté à une véritable explosion de la presse indépendante. Depuis cette période, il est extrêmement difficile de revenir sur cet acquis. » Récemment, la presse privée a néanmoins été la cible d’attaques en règle par le gouvernement, et ce notamment au travers d’une pluie de procès. « Mais cette offensive a échoué car les journaux visés, comme Le Matin ou la Liberté, ont survécu. »

L’Algérie sur la scène internationale
Enfin, depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, l’Algérie semble avoir repris une place plus avantageuse sur la scène internationale. « Là encore, le bilan est contrasté. D’un côté, Abdelaziz Bouteflika a fait preuve d’un véritable savoir-faire en matière de politique étrangère en recevant le président Chirac pour une visite d’État historique en 2003. » Colin Powell a également effectué une visite à Alger en décembre 2003. « Mais, d’un autre côté, restent au passif du bilan algérien l’échec du sommet du Maghreb arabe (reporté sine die à Alger en décembre 2003), ou encore la crise du Sommet de la Ligue arabe durant laquelle l’Algérie est loin d’avoir brillé. »

Fraude électorale ?
Si les campagnes et scrutins présidentiels de 1995 et de 1999 ont été marqués par des fraudes, les autorités mettent aujourd’hui en avant leur volonté d’assurer une élection propre. La loi électorale a, dans cette optique, été amendée, et des représentants des candidats pourront surveiller les bureaux de vote du début à la fin du scrutin et obtenir des copies des procès-verbaux des dépouillements. Des observateurs internationaux sont également attendus, même si leur nombre ne semble pas suffisant. « L’Algérie veut gommer définitivement les suspicions de fraude pour que cela fasse accomplir un pas de géant à la démocratie », déclarait récemment Saïd Bouchaïr, président de la commission de surveillance de cette élection.
M. Stora relève toutefois que des entraves sont déjà perceptibles. « Dans certaines villes, la campagne électorale tourne parfois à l’affrontement physique. Des meetings d’Ali Benflis ont été saccagés, des colleurs d’affiches du candidat agressés. Les adversaires de M. Bouteflika ont en général des difficultés à s’exprimer à la télévision nationale… »
Ce spécialiste de l’Algérie redoute en outre un passage en force du président sortant. « Il existe aujourd’hui une grande peur que le scrutin ne soit pas représentatif de la réalité. Et ce notamment en ce qui concerne M. Benflis. Si l’on se réfère à la forte participation à ses meetings, et ce pas seulement dans sa région natale, à la mise à sa disposition de l’appareil de campagne du FLN et au soutien important, en terme de voix, que vient de lui accorder Ahmed Taleb Ibrahimi, M. Benflis ne peut obtenir un score ridicule au premier tour. Un tel résultat ne serait absolument pas crédible. »

La neutralité de l’armée
Quant à l’armée, elle a également lancé une mise en garde au sujet de la fraude, en appelant à la neutralité de l’Administration. « Un message extrêmement fort adressé au pouvoir », souligne M. Stora. Un pouvoir qui n’a en outre pas bénéficié du soutien de l’institution militaire, celle-ci affichant, pour la première fois, sa neutralité dans le scrutin. « La neutralité de l’armée est un signe clair de son mécontentement vis-à-vis de la politique du président Bouteflika. Je ne pense pas néanmoins qu’elle accordera son soutien à un autre candidat », estime M. Stora.
La grande inconnue de ce scrutin demeure la participation des électeurs. « La société est effectivement lasse, fatiguée par des années de terreur et de crise sociale. On note toutefois, depuis deux semaines, une participation accrue de la population aux meetings électoraux. Des manifestations d’hostilité au président Bouteflika ont également été organisées. »
Reste que prévoir l’issue de vote est difficile. « En l’absence de toute étude, de tout sondage, on ne peut faire d’estimations qu’en observant le terrain. » « Le vote kabyle par exemple est difficile à pronostiquer (voir ci-dessous). Le vote islamiste sera également fractionné entre le Mouvement de la société de la paix (MSP, islamiste modéré), à savoir les notables proches de Bouteflika, Abdallah Djaballah et ceux accordés à Ali Benflis au travers des partisans de M. Ibrahimi. »
Pour savoir si la démocratie est effectivement en marche en Algérie, il faudra donc véritablement attendre l’issue du scrutin de jeudi.

Émilie SUEUR

*Benjamin Stora et Mohammed Harbi viennent de publier un ouvrage collectif, « La guerre d’Algérie, 1954-2004, la fin de l’amnésie », chez Robert Laffont.

ben
05/04/2004, 05h29
Ali Benflis, l’ancien homme de confiance, devenu le principal challenger

L’ancien chef de gouvernement algérien Ali Benflis (59 ans), ex-homme de confiance d’Abdelaziz Bouteflika, est devenu le principal adversaire du chef de l’État sortant pour la présidentielle. Il affirme être un adversaire convaincu de « la dictature », de « l’injustice », de « la corruption », dont il crédite le quinquennat de son ancien mentor.
M. Benflis avait dirigé la campagne électorale de M. Bouteflika lors de la présidentielle de 1999, puis son cabinet avant d’être son chef du gouvernement jusqu’à son limogeage brutal en mai 2003. Il reproche au président sortant de l’avoir empêché de gouverner.
La candidature de M. Benflis a déclenché une guerre sans merci entre les deux hommes, entraînant l’éclatement de l’ancien parti unique, le Front de libération nationale (FLN). La majorité des militants sont restés derrière M. Benflis, secrétaire général de cette formation depuis septembre 2001. Cet avocat courtois et discret, toujours sobrement habillé, n’est pas un orateur brillant comme son adversaire. Mais ces derniers mois, il est devenu plus pugnace et n’hésite pas à étaler au grand jour les « dérives monarchiques » de M. Bouteflika qu’il accuse de « pouvoir personnel » et d’être un homme du passé ne pouvant mener l’Algérie à la modernité.
La chevelure légèrement poivre et sel, moustache bien taillée, M. Benflis, l’air réservé, a appris à être plus chaleureux et à donner de la fougue à ses discours jusque-là assez ternes. Issu d’une famille aisée des Aurès (Est), M. Benflis, après avoir été magistrat de 1967 à 1969, est devenu procureur de la République en 1971, puis avocat en 1974. Ministre de la Justice dans le gouvernement « réformateur » de Kasdi Merbah, mis en place après les émeutes d’octobre 1988 mettant fin au régime du parti unique du FLN, il a été reconduit à ce poste par le chef du gouvernement « réformateur » Mouloud Hamrouche démis en juin 1991, lors d’un mouvement insurrectionnel lancé par le Front islamique du salut (FIS, dissous).
Maintenu à son poste par le successeur de M. Hamrouche, Sid Ahmed Ghozali, M. Benflis avait démissionné en raison d’atteintes aux droits des activistes islamistes arrêtés dans le cadre de l’insurrection du FIS, affirmant ainsi sa conviction de « défendre la justice et le droit ». En 1986, il avait été l’un des fondateurs de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), agréée alors par l’ancien président Chadli Bendjedid (1979-1992) contre la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) de Me Abdennour Ali Yahia, alors non reconnue.
En quittant son poste de ministre, M. Benflis avait repris sa robe d’avocat, défendant des militants islamistes, jusqu’en juin 1997, date de son élection comme député du FLN dont il a été membre du comité central, puis du bureau politique. Considéré comme un réformateur, M. Benflis avait prudemment évité de se mêler publiquement au débat entre conservateurs et réformateurs au sein du FLN au milieu des années 1990.
À l’automne 2001, alors qu’il dirigeait le gouvernement, il a pris les rênes du FLN en devenant son secrétaire général et en lui assurant la majorité absolue aux législatives de mai 2002. Il a récidivé en remportant les locales à l’automne suivant. Ces différents succès ont abouti à la brouille avec M. Bouteflika qui a vu en lui un rival dangereux.

ben
05/04/2004, 05h32
Bouteflika compte sur ses talents d’orateur pour faire oublier ses échecs

Le président algérien sortant, Abdelaziz Bouteflika, mise sur ses talents d’orateur pour convaincre les Algériens déçus par sa gestion, notamment de la crise kabyle mais aussi de la situation économique, de le reconduire à la tête du pays lors de la présidentielle (voir plus haut).
L’un des favoris du scrutin, avec Ali Benflis, M. Bouteflika laisse à l’issue de son premier quinquennat un pays dans lequel la violence meurtrière a diminué mais dont la moitié de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté.
Depuis 1992, les tueries et attentats perpétrés par des groupes islamistes armés ainsi que les opérations de l’armée contre des islamistes présumés ont fait plus de 100 000 morts en Algérie. Afin de ramener la paix dans le pays, son objectif prioritaire, M. Bouteflika a mis en place une politique de « concorde civile » visant à réintégrer les islamistes armés.
Mais M. Bouteflika a été par ailleurs critiqué dans son pays pour sa gestion des catastrophes naturelles qui ont endeuillé le pays, notamment le séisme du 21 mai 2003 (2 300 morts et quelque 10 000 blessés) dans la région de Boumerdès (50 km à l’est d’Alger).
Diplomate chevronné, né le 2 mars 1937 à Oujda (Maroc), issu d’une famille originaire de Tlemcen (Ouest algérien), il a dirigé la diplomatie algérienne de 1963 à 1979 avec un talent reconnu, même par ses adversaires, au moment où l’Algérie était appelée « La Mecque des révolutionnaires ». En 1956, il s’était engagé dans l’Armée de libération nationale (ALN) contre la présence française en Algérie.
À l’indépendance en 1962, il est député de Tlemcen à la Constituante avant d’être ministre de la Jeunesse et des Sports sous la présidence d’Ahmed Ben Bella (1963-1965).
Écarté du pouvoir à la mort du président Houari Boumédiène, en décembre 1978, il quitte en juillet 1981 toute fonction politique. En janvier 1994, Il refuse la présidence de l’État alors attribuée à M. Liamine Zéroual. Après une traversée du désert, il revient comme candidat en avril 1999 à l’élection présidentielle, soutenu par l’armée, l’arbitre traditionnel de la politique algérienne, qui a en revanche affirmé sa neutralité pour le scrutin de 2004.
En 1999, il s’est retrouvé seul en lice après le retrait, la veille du scrutin, de ses six adversaires soupçonnant des velléités de fraude.
Tribun de talent, il s’exprime avec aisance en arabe littéraire, parlé, ou en français, apprécie les bains de foule et est réputé pour ses colères « théâtrales », auxquelles sont habitués les Algériens qui aiment les commenter.
Il compense sa petite taille, dont il rit souvent, par le port de costumes « trois pièces » à la coupe classique et d’une cravate qui ne le quittent jamais, même en pleine canicule.

ben
05/04/2004, 05h33
Vote kabyle, le grand point d’interrogation

Entrée en dissidence en 2001, la Kabylie vacille entre la tentation du chaos et le « civisme anti-Bouteflika » à l’approche de l’élection présidentielle algérienne.
Deux images résument les tiraillements de cette région frondeuse, qui peine à se souvenir qu’elle fut un temps « la petite Suisse de l’Algérie », aujourd’hui livrée au « trabendo » (marché noir) et à la mafia.
Mercredi, Tizi Ouzou, la capitale régionale située à 90 km à l’est d’Alger, s’est de nouveau embrasée avec la venue du président Abdelaziz Bouteflika, accusé de mépris et de provocation à l’égard d’une région qui a trouvé sa bête noire en la personne du vainqueur de l’élection présidentielle d’avril 1999, boycottée par l’opposition.
Deux jours plus tard, ce sont quelques centaines de Kabyles en liesse qui ont fêté sans incidents « leur » candidat, Saïd Sadi, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). L’ambiance est relativement bon enfant, mais la révolte affleure. « Pouvoir assassin » lancent des militants, tandis que sur la place de la Mairie des graffitis à la peinture rouge stigmatisent « Bouteflika le ****** ! » et « Bouteflika Aimar Watani » (« L’âne national »).
« Bouteflika, c’est un dictateur, un beau parleur, qui fait des promesses en l’air », peste Fazia, militante du RCD. « Il nous a traités de “nains”: le nain, c’est lui. Il a peut-être deux centimètres de plus que Napoléon, mais le cerveau en moins », ironise Hassane, médecin à Tizi Ouzou.
La plaie kabyle s’est irrémédiablement ouverte lors du « printemps noir » d’avril 2001, lorsque la mort d’un lycéen, Massinissa Guermah, dans les locaux de la gendarmerie de Béni Douala a provoqué des émeutes réprimées dans le sang : 123 morts et des centaines de blessés.
L’influence des partis traditionnels faiblissant, les aârchs (conseils de tribus kabyles) ont pris la tête de la contestation en 2001, parvenant à paralyser les opérations de vote lors des élections législatives et municipales en mai et octobre 2002.
Mais en lançant le 30 mai 2003 un appel à « un dialogue fraternel » entre le pouvoir central et les Kabyles, le Premier ministre Ahmed Ouyahia, lui-même kabyle, a cassé l’unité belliqueuse des aârchs. Les « traîtres dialoguistes », emmenés par Belaïd Abrika, ont accepté de prendre langue avec le gouvernement dans l’espoir d’obtenir l’officialisation du tamazight, la langue berbère, déclarée « langue nationale » en avril 2002. C’est le principal point de la plate-forme d’el-Kseur de juin 2001, qui détaille l’ensemble des revendications du mouvement kabyle.

L’arme du boycott
Les pourparlers, entamés en janvier, ont été rompus au bout d’un mois, les Aârchs ayant refusé l’organisation d’un référendum national en vue d’une modification de la Constitution algérienne. Les « dialoguistes » avaient pourtant obtenu une concession de taille : la révocation pure et simple des élus locaux en poste depuis les élections d’octobre 2002, marquées par des incidents violents et boycottées par la majorité de population kabyle.
Depuis la rupture du dialogue, ils militent pour le boycott du scrutin présidentiel au travers d’une « campagne antivote » qui menace de culminer avec une grève générale le 5 avril, terme de la campagne électorale. Abdelaziz Bouteflika redoute l’arme du boycott, qui est en mesure d’entacher la crédibilité de l’élection du 8 avril. Les Kabyles représentent un cinquième des 32 millions d’Algériens.
Les adversaires des « dialoguistes », regroupés dans une coordination« antidialoguiste », ont rallié le RCD de Saïd Sadi qui fait campagne en faveur du vote, estimant qu’une nouvelle grève des urnes profiterait indirectement à Abdelaziz Bouteflika. Dans l’hypothèse d’un second tour à la présidentielle, Saïd Sadi soutiendrait l’ancien Premier ministre Ali Benflis, chef du FLN, contre le président sortant.
« Il faut que la Kabylie vote pour que Bouteflika quitte le pouvoir. Ali Benflis est loin d’être démocratique, mais son élection signalerait l’amorce d’un changement, d’une transition. Ce serait la solution la moins grave », estime pour sa part Belkacem Mostefaoui, chroniqueur à el-Watan, et professeur à l’université de Tizi Ouzou.
Le Front des forces socialistes (FFS) du leader historique Hocine Aït Ahmed, en exil volontaire en Suisse, entend quant à lui boycotter « la mascarade électorale », comme on peut le lire sur la route qui relie Alger à Tizi Ouzou. Une somme de divisions qui brouille les cartes.

ben
05/04/2004, 05h36
Le pays le plus étendu du Maghreb

En Algérie, où des élections présidentielles auront lieu le 8 avril, l’enjeu sera dominé par la rivalité entre le président Abdelaziz Bouteflika, qui brigue un second quinquennat, et le chef du Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique) Ali Benflis, son ancien homme de confiance, désormais son ennemi juré.
Les autres candidats sont le représentant du courant laïque Saïd Sadi, l’unique femme, la trotskyste Louisa Hanoune, l’islamiste radical Abdallah Djaballah et Ali Fawzi Rébaïne, président d’un parti nationaliste.
Il s’agit de la troisième élection présidentielle pluraliste depuis l’instauration du multipartisme en 1989.
Voici la fiche technique de l’Algérie:
– SITUATION GÉOGRAPHIQUE : l’Algérie est le pays le plus étendu du Maghreb (2 381 741 km2).
– POPULATION : 31,3 millions d’habitants.
– CAPITALE : Alger.
– LANGUES : arabe (officielle), tamazight (berbère, langue nationale) et français.
–- RELIGION : islam (religion d’État).
– HISTOIRE : l’Algérie est conquise par les Arabes et islamisée au VIIe siècle. Colonisée par la France en 1830 après trois siècles de domination turque, elle conquiert son indépendance en 1962. Ahmed Ben Bella devient président de la République en 1963. Il est renversé le 19 juin 1965 par le colonel Houari Boumedienne, qui reste au pouvoir jusqu’à son décès en décembre 1978.
Le colonel Chadli Bendjedid, élu à la présidence en février 1979, est forcé de démissionner le 11 janvier 1992. Il est remplacé par le Haut Comité d’État (HCE, présidence collégiale de cinq membres) dirigé par Mohammed Boudiaf, assassiné en juin 1992, puis par Ali Kafi. L’annulation, en janvier 1992, du deuxième tour des élections législatives, après la victoire au premier tour du Front islamique du salut (FIS, dissous), déclenche les premiers affrontements entre groupes islamistes et forces de sécurité. La violence s’intensifie rapidement : voitures piégées en pleine ville, massacres de villages entiers ou sur les routes. Le bilan officiel dépasse les 100 000 morts en onze ans.
Le 11 septembre 1998, le président Liamine Zéroual annonce qu’il écourte son mandat. Abdelaziz Bouteflika est élu le 15 avril 1999. Le 13 juillet, il promulgue la loi sur la « concorde civile », prévoyant une amnistie partielle des islamistes armés et plébiscitée par référendum le 16 septembre 1999.
– INSTITUTIONS POLITIQUES : République algérienne démocratique et populaire.
La Constitution de 1996 interdit la création de partis sur une base religieuse et renforce les pouvoirs du président.
Législatif : en mai 2002, le FLN obtient la majorité absolue avec 199 sièges sur 389 à la nouvelle Assemblée nationale. Il devance le Rassemblement national démocratique (RND), 48 sièges, et est suivi des islamistes du Mouvement de la réforme nationale (MRN), 43 sièges, et du Mouvement de la société de la paix (MSP, ex-Hamas), 38 sièges.
– ÉCONOMIE : l’Algérie est passée à partir de 1994 d’une économie étatisée et socialiste à une économie de marché sous la contrainte du Fonds monétaire international (FMI). Ce passage a provoqué la fermeture de plus de 1 000 entreprises publiques déficitaires et la mise au chômage de plus de 400 000 salariés. L’Algérie compte 2,3 millions de chômeurs, soit 25 % de la population active, selon des chiffres officiels.
– RESSOURCES : le secteur des hydrocarbures représente plus de 96 % des recettes à l’exportation (24 milliards de dollars en 2003). L’Algérie, dont la production pétrolière est d’environ 1,2 million de barils/jour, a exporté 60 milliards de m3 de gaz en 2003. Elle est le quatrième exportateur mondial de gaz et le cinquième producteur. Le pays exporte plus de 90 % de son gaz en Europe.
Les réserves en devises de l’Algérie étaient de 33 milliards de dollars fin 2003.
Autres ressources : agriculture (dattes, vin, agrumes) et élevage.
– PNB/HABITANT : 1 720 dollars (2002).
– DETTE EXTÉRIEURE : 21,9 milliards de dollars au 31 décembre 2003.
–- FORCES ARMÉES : 127 500 hommes. Terre (110 000 h, six régions militaires), marine (7 500 h, quatre bases : Mers el-Kébir, Alger, Annaba, Jijel), air (10 000 h).
– FORCES PARAMILITAIRES : 181 200. Gendarmerie (60 000), forces nationales de sécurité (20 000), Garde républicaine (1 200), forces d’autodéfense (environ 100 000) (Source : Institut international des études stratégiques IISS 2003/2004).

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