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Voir la version complète : Le traitement de choc de la BCE pour enrayer la crise


nacer-eddine06
06/12/2008, 18h17
n "puits de science cultivé maniant d'une main sûre le gouvernail financier de l'Europe." C'est ainsi que le Financial Times avait décrit Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE) élu par le quotidien britannique homme de l'année en 2007. Le FT avait, à l'époque, souligné que, bien avant tout le monde, M. Trichet, avait pris la mesure de la crise, de son ampleur et de ses dangers. Que la BCE avait, dès l'été 2007, conjugué audace et ingéniosité pour apaiser la tempête financière et décrisper les marchés monétaires.


Un an plus tard, M. Trichet n'a pas manqué de rappeler que, oui, à la BCE "nous avions été les premiers à voir la crise". Et jeudi 4 décembre, l'autorité monétaire a tenté de démontrer qu'elle avait toujours le gouvernail en main en appliquant un remède de choc. Les membres de la BCE ont ainsi décidé de baisser les taux directeurs de la zone euro de 0,75 point à 2,50 %. Un geste sans précédent. "Approprié", estime M. Trichet comme l'ont été les deux baisses de 0,50 point effectuées depuis mi-septembre.

Reste qu'"en ces temps rien n'est normal", soulignait le FT au lendemain de cette décision. Et l'action de la BCE n'a surpris personne. Sur le marché obligataire, les rendements des emprunts d'Etat à dix ans n'ont quasiment pas bougé et l'euro est resté stable autour de 1,26 et 1,27 dollar.

RELANCER LE MARCHÉ DU CRÉDIT

Pis, le geste de la BCE a déçu. "Ce n'est pas assez", estime Gilles Moëc, économiste chez Bank of America. "Ce qui est positif, c'est que ce mouvement reflète un changement de ton. La BCE a jusqu'ici toujours été très prudente ne baissant que de 0,25 ou 0,50 point les taux", tempère-t-il. Mais "elle sous-estime complètement la gravité de la crise. C'est inquiétant", ajoute-t-il.

La Banque centrale européenne voit la récession venir en 2009. Mais la contraction du produit intérieur brut (PIB) sera, selon elle, de 0,5 % alors que les économistes de Bank of America s'attendent à un recul du PIB de 1,5 %. Réduire davantage les taux permettrait de relancer le marché du crédit, de permettre aux ménages ou aux petites et moyennes entreprises (PME) d'obtenir plus facilement et à moindre coût des financements pour leurs projets. Et plus vite la BCE agira, plus vite la croissance repartira. "Il ne sert à rien d'attendre", insiste M. Moëc.

Alors, pourquoi hésite-t-elle ?

Face à l'aggravation de la crise, les autres banques centrales sont plus agressives. La Banque d'Angleterre a ramené, jeudi, ses taux directeurs à 2 %, leurs niveaux de 1939 après une baisse inédite de 1 point. La banque centrale de Suède a été plus franche encore en réduisant ses taux de 1,75 point. La Réserve fédérale américaine (Fed) a, elle, déjà mis ses taux à 1 % et n'exclut pas d'aller plus loin encore. Ce sera "évidemment difficile", mais "certainement faisable", a indiqué Ben Bernanke, son président.

Des taux proches de zéro en Europe et aux Etats-Unis, comme ce fut le cas au Japon pour endiguer la crise bancaire des années 1990, sont une option que plus personne n'écarte aujourd'hui.

Mais la situation est complexe. "J'ai de la sympathie pour la BCE", reconnaît ainsi Chris Williamson, chez Markit. "Agir sur les taux d'intérêt a une efficacité réduite, les marchés ne fonctionnent pas correctement", explique-t-il. En outre, "en baissant trop agressivement les taux, la BCE a peur de créer un mouvement de panique", ajoute-t-il. Mais "depuis trois mois les données économiques s'accumulent et sont chaque fois plus mauvaises que les pires scénarios que nous imaginions", insiste M. Williamson.

M. Trichet, qui a été l'un des premiers banquiers centraux à prendre la mesure de la crise, serait donc dépassé par les événements ? "La vérité, c'est que personne ne sait comment les choses vont évoluer", signale Elga Bartsch, responsable de la recherche chez Morgan Stanley.

Ainsi, si la plupart des économistes évoquent le spectre de la déflation, c'est-à-dire une baisse des prix comme ce fut le cas au Japon pour justifier des taux proches de zéro, Mme Bartsch estime que "nous vivons aujourd'hui une tout autre histoire". "La déflation au Japon s'était traduite par une baisse des revenus et des salaires. Aujourd'hui, la baisse des prix est liée, notamment, à la chute des cours du pétrole, à des causes exogènes qui soulagent en fait le pouvoir d'achat, ajoute-t-elle. C'est une bonne déflation !"

Pour l'avenir, M. Trichet évoque, lui, "une incertitude exceptionnellement élevée". Autrement dit, il ne maîtrise pas tout et préfère observer les prochains développements de la crise avant d'agir.

Claire Gatinois
lemonde

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