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djet 7
13/12/2008, 10h07
ALGÉRIE - 7 décembre 2008 - par RENAUD DE ROCHEBRUNE

L’histoire d’un petit mensonge qui tourne mal. Entre le rire léger et fresque sociale, Mascarades est une réussite.

Les bonnes nouvelles cinématographiques en provenance d’Algérie sont trop rares depuis une vingtaine d’années pour qu’on ne se félicite pas de celle que représente la sortie de *Mascarades, de Lyes Salem, en cette fin d’année. Une *double bonne nouvelle. D’abord, parce que le pays autrefois le plus prolifique du Maghreb en matière de septième art ne propose plus beaucoup de longs-métrages, malgré les qualités reconnues de ses cinéastes en activité, installés le plus souvent en Europe mais tournant volontiers quand ils le peuvent sur leur terre d’origine, de Merzak Allouache à Nadir Moknèche et de Rabah Ameur-Zaïmèche à Tariq Teguia ou à Malek Bensmaïl. Ensuite, parce que ce film, une comédie fort réussie, tranche avec la quasi-totalité de la production nationale, en général fort sombre.
Comme son titre l’indique, Mascarades raconte une énorme supercherie à tiroirs, dont l’auteur est le jeune Mounir, aussi orgueilleux que fanfaron - ne lui dites pas qu’il est jardinier, il se présente toujours comme « ingénieur horticole ». Il en a assez d’être l’objet de plaisanteries des habitants de son petit village des Aurès, qui brocardent aussi volontiers sa sœur Rym, atteinte d’une curieuse maladie du sommeil la condamnant à s’endormir d’un coup et sans raison apparente des dizaines de fois par jour. Alors, un soir qu’il rentre complètement soûl chez lui, il décide d’inventer une histoire qui fera taire tous ces vils moqueurs : il fait savoir autour de lui qu’un important homme d’affaires, riche comme Crésus, a demandé la main de Rym.

Faux amis
Comme plus ils sont gros, plus on croit les bobards, celui-ci devient pour tous les villageois une incontestable vérité. Cette situation digne d’un vaudeville va *entraîner une série de conséquences inattendues et amusantes non seulement pour Mounir et sa sœur entraînée malgré elle dans l’aventure, mais aussi pour tout son entourage, vite constitué d’une imposante cohorte de nouveaux amis très intéressés par la bonne fortune de la famille de notre héros.
Avec ce scénario qui permet de créer des situations fort cocasses, mais aussi très révélatrices de l’état d’esprit qui peut régner aujourd’hui dans l’Algérie des *petites gens, Lyes Salem, déjà remarqué pour ses courts-métrages, dont le très drôle et très touchant Cousines (récompensé par un césar en 2005), a construit une comédie sociale sans doute imparfaite mais très *réjouissante. Ce genre de film sans prétention apparente, mais qui en dit largement autant sur les préoccupations et les rêves d’un peuple que tous les précis de sociologie. Et qui rappelle certaines productions italiennes des années 1960 et 1970, mais aussi, bien sûr, le film culte de la comédie à l’algérienne, Omar Gatlato, la superbe première œuvre de Merzak Allouache, qui date de 1976.
Ce n’est pas une mince performance pour un premier long-métrage, *actuellement en lice pour l’oscar du meilleur film étranger, avant la dernière sélection, le 22 janvier prochain. D’autant que, contrairement à une idée reçue persistante, la comédie, supposant de traiter avec légèreté une matière le plus souvent tragique ou *pathétique, n’est pas un genre cinématographique facile à réussir. On en a eu, en ce même début du mois de décembre, une nouvelle preuve avec Agathe Cléry, la nouvelle comédie, plutôt décevante, du chevronné Étienne Chatillez, naguère champion du box-office français avec La vie est un long fleuve tranquille ou Tatie Danielle.
En voulant conter, sur le mode de la comédie musicale, l’histoire édifiante d’une femme qui subit une transformation physique radicale fort bien résumée par la publicité du film - « Elle est *blanche, elle est raciste, elle va devenir noire » -, Chatillez démontre combien la frontière entre le comique de situation qui fait rire et celui qui tombe à plat est souvent ténue. Il est vrai que pour certains sujets, comme le racisme prouvé par *l’exemple, il n’est pas certain que l’approche imaginaire et humoristique soit toujours la plus indiqué pour un cinéaste certes doué, mais qui n’a jamais élevé la subtilité au rang des *grandes valeurs cinématographiques.

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