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Voir la version complète : Enquête. Maroc/Polisario : Les négociations secrètes


Tems
19/12/2008, 12h45
Depuis le début du conflit, les négociations secrètes n’ont pratiquement jamais cessé. TelQuel vous en livre les détails, les mécanismes et les résultats. Exclusif, de bout en bout. Par Karim Boukhari, avec Driss ksikes


On parle beaucoup de Sahara, ces temps-ci. D’abord l’Afrique du Sud qui, sans crier gare, établit des relations diplomatiques avec la "république sahraouie", occasionnant le rappel de l’ambassadeur marocain à Pretoria (lire en page 8). Ensuite le nouveau représentant de Kofi Annan, Alvaro De Soto qui lance, à Alger ( !) que la solution ne peut être fondée que sur "le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui". Enfin, l’attitude crispée d’Alger, qui refuse d’abandonner le visa et de rouvrir les frontières avec le Maroc, tout en réaffirmant pompeusement à l’ONU que le conflit du Sahara est une "affaire de décolonisation"… Dans tout cela, il n’y a que le brave Miguel Angel Moratinos, ministre espagnol des Affaires étrangères, pour remonter un peu le moral des Marocains en déclarant que le référendum est une "référence", mais n’est pas "sacro-saint"…
Mardi 21 septembre prochain, le roi Mohammed VI va présenter, selon diverses sources, une nouvelle solution au problème du Sahara. Elle risque d’être, sinon définitive, du moins spectaculaire. Espérons-le, en tout cas, puisque le roi compte la présenter à l’ONU même, à New York. Il serait fâcheux d’aller jusque là pour ne rien dire de nouveau…
Et si la solution n’était pas au-devant du rideau, mais bel et bien derrière ? Plus clairement : et si ni l’Afrique du Sud, ni Alvaro De Soto, Ni Miguel Angel Moratinos, ni même Abdelaziz Bouteflika n’étaient les vrais interlocuteurs ? Et si on leur parlait directement, à ces gens du Polisario ? Ce ne serait pas une première. Depuis le début du conflit, les négociations secrètes n’ont pratiquement jamais cessé. Si aucune n’a abouti à une solution définitive, toutes ont accouché de petites victoires et de petites défaites, pour les deux camps, que le public ne connaît pas comme telles. Voire ne connaît pas du tout. Remontons l’histoire…

1972-1975. Ils veulent du Maroc, mais le Maroc ne veut pas d’eux
Dans le Maroc crispé du début des années 70, les étudiants sahraouis ne passent pas inaperçus. La plupart sont des fils de notables, pris en charge par des allocations de l’ancienne armée de libération du sud. A Rabat où ils fréquentent pour l’essentiel la faculté de lettres, leur statut particulier leur permet de mener un train de vie confortable. Pour le reste, ils sont bien dans l’air du temps : bons vivants, frondeurs et largement marqués par le courant marxiste. Tout serait pour le mieux s’il n’y avait un problème récurrent : à chaque congé universitaire, les étudiants souffrent le martyre pour rejoindre leurs familles restées au Sahara, alors sous occupation espagnole. "Nous n’en pouvons plus des tracasseries administratives imposées par les Espagnols, il est temps de libérer le Sahara", lancent-ils alors, à peine sérieux, à leurs amis étudiants, notamment dans les rangs de l’UNEM, syndicat très proche de l’UNFP et de l’ancien parti communiste. C’est parti de là. La revendication grossit, se propage et gagne rapidement jusqu’aux cercles politiques. Nous sommes en 1972. El Ouali Mustapha Sayed, surnommé le Che (barbiche, idées révolutionnaires, études de médecine), et ses amis ne sont plus ces étudiants "bleus" venus du désert mais des "militants" qui s’activent, fondent des associations et ruent dans les brancards. Les discussions animées du "Chateaubriand", le célèbre bar-restaurant célèbre de Rabat où ils avaient leurs habitudes, gagnent la cité universitaire et les partis d’opposition. Les hommes bleus refusent d’intégrer les partis existants, de peur de devenir une minorité noyée dans la masse. Ils constituent une délégation et vont taper à la porte de l’Istiqlal et de l’UNFP. Prudents, les Allal El Fassi, M’hamed Douiri, Abderrahim Bouabid ou Omar Benjelloun, qui les reçoivent, leur renvoient à peu près le même écho : "La priorité du moment est à la récupération de Sebta et Melilia". Les jeunes Sahraouis refusent le différé qu’on leur propose et tentent le coup, une dernière fois, avec un membre éminent de l’entourage royal : Ahmed Balafrej. Hassan II est, à l’époque, encore sous le choc de Skhirat. La réponse qu’il transmet aux jeunes Sahraouis, via Balafrej, ne diffère guère de celle des partis : "Revenez plus tard". Pour El Ouali et ses amis, le divorce avec la monarchie, et les partis politiques, est alors consommé. Mais le pire est encore à venir. Toujours en 72, les vacances de fin d’année sont marquées par des troubles à l’université : à l’UNEM, la question du Sahara revient comme un leitmotiv. Dans les interventions les plus enflammées, la libération du territoire est placée sur le même pied d’égalité que la faillite du système Hassan II. Le principe de l’autodétermination bourgeonne déjà. Cela tourne mal, la police intervient et procède à des arrestations. Le point de non-retour est atteint. El Ouali et ses amis, entre-temps retournés au Sahara, décident de couper, définitivement, les ponts avec le royaume, abandonnant jusqu’à leurs études (on est en plein milieu de l’année universitaire). Le long ballet de la diplomatie clandestine, parallèle, empruntant tant aux canaux politiques qu’économiques, voire policiers, peut commencer.
Paris, 1973. Parmi les opposants en exil dans la capitale française, figure un certain Mohamed Bensaïd Aït Idder, alors en rupture de ban avec l’UNFP. Bensaïd a été l’un des principaux artisans de l’armée de libération, il connaît l’histoire politique du Sahara par cœur. Le futur fondateur de l’OADP reçoit, un jour, la visite de Mohamed Bahi, lui aussi en froid avec l’UNFP. D’origine mauritanienne, Bahi connaît le Sahara et ses hommes sur le bout des doigts. Il profite du passage d’El Ouali par Paris pour organiser une rencontre clandestine avec Bensaïd et ses amis. Octobre 1973, Bensaïd, Bahi, El Ouali et quelques autres se posent autour de la même table. L’un des participants à cette dernière tentative de circonscrire le mal se souvient : "El Ouali a eu cette phrase que l’on n’oubliera jamais : Le Sahara est une appendicite non traitée qui menace d’exploser. Il voulait dire que le problème, à la base, aurait pu être résolu dans un cadre marocain…". El Ouali croit encore que le Polisario, qui n’a alors que cinq mois d’existence et ressemble à une coquille vide, pourrait devenir une plate-forme pour un "occident arabe" ralliant l’avant-garde révolutionnaire des cinq pays du maghreb. Utopie. Un moment lâché par tous, le Che du désert, en quête de couverture, se tourne vers le réseau algéro-libyen, lequel fait appel… à son réseau d’opposants marocains en exil ! C’est en effet grâce, entre autres, aux médiations d’un Fqih Basri, voire un Brahim Ouchelh, qu’El Ouali se "connecte" à Alger et à Tripoli qui mettent, toutefois, du temps avant de comprendre l’aubaine que lui et le tout nouveau Polisario représentent. Notons que durant toute cette période trouble, qui s’étend jusqu’à la Marche verte, le Maroc officiel reporte tous ses espoirs sur la Cour internationale de justice (1974), et ensuite la guerre, pour régler le sort du Sahara.

Tems
19/12/2008, 12h46
1976-1984. Le Maroc occupe le territoire… et laisse fuir ses habitants
La mort d’El Ouali, dès 1976, et son remplacement par un Abdelaziz sous influence algérienne réduit le problème à une confrontation directe Hassan II – Boumedienne. Aucune négociation directe n’est possible, même si une rencontre au sommet entre les deux hommes, via les bons offices de Mokhtar Ould Daddah, est annoncée dans les coulisses en 1978. Le temps est à la guerre, et chacun fortifie les parcelles de terrain gagnées. Hassan II s’appuie sur Ahmed Dlimi pour gagner la bataille militaire, et sur Driss Basri pour décupler le peuplement et le "développement" de la région. Curieusement, cette période, durant laquelle les services de sécurité marocains envahissent littéralement les territoires récupérés, connaît une fuite sans précédent de milliers de personnes vers les camps de Tindouf. Une véritable saignée que les services marocains (DST, DGED, 2ème bureau militaire, agents de la DAG, etc.), les mines et les radars qui pullulent dans la région n’ont curieusement pas signalé. D’autant plus étonnant que toutes les fuites organisées n’étaient pas uniquement destinées à infiltrer le camp adverse... En fait la guerre et, secondairement, l’acheminement des aides humanitaires, créent des "zones de contact" multiples (Paris, Madrid, Las Palmas, Nouakchott, voire Nouadhibou ou Zouerate). D’après des sources fiables, certaines fuites organisées vers Tindouf sont négociées à hauteur de 10.000 dollars par tête. En 1982, le Maroc ouvre enfin la porte aux négociations directes et Driss Basri rencontre déjà une délégation du Polisario à Lisbonne. L"accident", une année plus tard de Dlimi, confirme l’inflexion de la stratégie marocaine, de plus en plus tournée vers le dialogue. La même année, Basri, flanqué de Guédira et Boucetta, rencontre de nouveau les polisariens, cette fois à Alger. Hassan II espère encore régler le problème dans sa globalité, s’appuyant entre autres sur la "bonne volonté" du nouveau président algérien Chadli Benjedid. L’échec de cette diplomatie secrète ouvrira plus tard la porte à la politique des rapatriements.

1985-1991. La pêche aux ralliements ramène de gros poissons
Le Maroc perd officiellement des plumes depuis que sa diplomatie, déjà poussive, a claqué la porte de l’OUA. Il gagne pourtant des points sur les champs de bataille. Suffisamment, en tous cas, pour ébranler le rêve de certains dirigeants polisariens. C’est le moment ou jamais de lancer la grande offensive des ralliements. Une première brèche s’ouvre en direction de la Libye. Dans la foulée de la surprenante union scellée en 1984 entre Hassan II et Kadhafi, le Maroc approche un certain Majd Dribika, richissime expatrié libyen en relation avec les renseignements de son pays. Les canaux établis résistent à la rupture prévisible de l’union Hassan II – Kadhafi et, en 1987, le Maroc est tout près d’attraper, enfin, un gros poisson polisarien : Bachir Mustapha Sayed, frère d’El Ouali et l’une des éminences du Polisario… ou Omar Hadrami, ancien responsable de la sécurité militaire qui représente désormais le front auprès de l’ONU, à New York. Ça sera finalement Hadrami, la tête diplomatique du Polisario. Le terrain des négociations est bien entendu New York où officie, déjà, le représentant personnel de Hassan II, Abdeslam Jaïdi. Le long travail d’approche conduit par Jaïdi n’aboutira, au bout du compte, qu’en 1989. Même si la côte de Hadrami est à la baisse, le Maroc s’enorgueillit de la "prise" et brandit le trophée aux yeux de l’ONU pour peser davantage sur les négociations de paix, alors en cours. Le symbole est fort. Le Polisario accuse le coup et ne lâche le reste de la famille Hadrami que bien des années plus tard, moyennant, nous expliquent nos sources, une grosse compensation financière... La porte est grande ouverte aux rapatriements, qui affluent en masse. La perspective du cessez-le-feu sous la bannière onusienne renforce la tendance. Le phénomène atteint de telles proportions que la direction du Polisario interdit, désormais, aux responsables de voyager en famille.
L’embellie enregistrée durant toute cette période a ravivé, aussi, les vieux circuits politiques entre le Maroc et le Polisario, longtemps condamnés à la clandestinité absolue. En 1985, par exemple, nous explique ce cadre de l’USFP, "j’ai été mandaté pour rencontrer, à Tindouf, Mohamed Abdelaziz et Brahim Hakim. A mon retour à Rabat, j’en ai fait part à Abderrahim Bouabid. Il a consulté en haut lieu, avant de revenir pour me demander de tout arrêté

Tems
19/12/2008, 12h47
1992-2001. Les partis marocains réussissent là où l’Etat échoue
Le cessez-le-feu entériné en 1991 ouvre le bal de la diplomatie officielle. L’ONU orchestre la danse à partir de New York. Le Maroc décide, alors, de couper une nouvelle tête du Polisario : Brahim Hakim, ancien ambassadeur à Alger. Hakim, longtemps dans le viseur marocain, tombe effectivement et rallie le royaume en 1993. Son ralliement ouvre la voie à d’autres. Le Maroc profite ainsi, initialement, de la courte brèche symbolisée par l’arrivée au pouvoir de Mohamed Boudiaf en Algérie. Mais aussi du retour en grâce progressif des exilés et des détenus politiques marocains, dont la plupart ont conservé de bons canaux avec les "anciens étudiants de la faculté des lettres de Rabat". Comme en 1973, dans le modeste appartement parisien de Mohamed Bensaïd, Mohamed Bahi est de nouveau aux premières loges. Comme l’USFP en général. Les réseaux sont d’autant plus rodés que, sur le terrain, la politique du tout sécuritaire a (à côté de ses nombreuses maladresses) au moins tissé une toile d’araignée au niveau de la plaque tournante mauritanienne et jusqu’au abords des camps de Tindouf.
Parallèlement à ce ballet secret, la perspective d’une solution définitive sous la conduite de l’ONU continue de s’approcher. Les négociations directes se révèlent peu à peu au grand jour. Mais l’arme est à double tranchant. En 2000, la rencontre entre le Maroc et le Polisario à Berlin se solde par un drôle de camouflet. Comme d’habitude, la délégation marocaine a emporté dans ses bagages les plus illustres des ralliés. En face, le Polisario joue la carte Bachir Mustapha Sayed, officiellement pour la première fois en négociation avec le Maroc. "Le Front, se souvient cette source proche du dossier, a proposé des négociations directes et sans intermédiaire, fut-il onusien, ce que le Maroc a accepté. Les représentants du Polisario ont exigé, en contrepartie, que le royaume communique officiellement sur la rencontre, ce qui fut fait. Mais, à l’heure de négocier véritablement, Bachir Mustapha Sayed s’éclipsa et le Polisario en vint à refuser de dialoguer avec le Maroc". Un énième coup d’épée dans l’eau. Sauf que le Maroc, via son communiqué, reconnaissait implicitement au Polisario son statut d’interlocuteur direct. Une fâcheuse première. De retour au Maroc, le ministre de l’Intérieur Ahmed Midaoui convoque en urgence les médias et improvise un briefing resté fameux. Visiblement remonté après le revers de Berlin, Midaoui explique les nouvelles orientations du royaume dans la gestion du dossier Sahara. Les questions et les interrogations fusent de partout. Et le ministre de s’énerver, définitivement, avec le "N’khli dar bouk laou kounti ouldi" (je te casserais ta gueule, si tu étais mon fils) brandi à la face d’un journaliste…
Ce qu’on n’avait pas, non plus, dit à l’époque, c’est que la rencontre de Berlin avait été précédée, trois années auparavant, d’un autre rendez-vous maroco-polisarien, toujours sous les auspices de l’ONU, à Laâyoune même. Driss Basri était de la partie, Bachir Mustapha Sayed aussi. La rencontre n’avait rien donné, mais au moins, personne n’en avait jamais rien su…

2002-2004. Refus de dialoguer en surface, échanges soutenus en secret
Le nouveau règne déploie réellement sa nouvelle politique du Sahara. Aucune négociation directe n’est envisagée depuis l’échec de Berlin en 2000. Curieusement, et même si les ponts sont officiellement coupés avec le Polisario, le Maroc optant pour "une solution négociée avec Alger", cette période est de loin la plus fertile en contacts directs avec les émissaires de Tindouf. Des politiciens de gauche, membres éminents de la société civile, et même des familiers du roi, rencontrent régulièrement des pontes du Polisario (ça continue en ce moment, on comprendra qu’ils aient requis l’anonymat). Fouad Ali El Himma multiplie les voyages et crée une cellule Sahara à laquelle il adjoindra des intellectuels aux origines non sahraouies. Une première. Un collectif Sahara-Maghreb est mis en place pour réfléchir à l’avenir de la région dans le cadre du grand Maghreb. Une ouverture est ainsi aménagée dans la perspective d’une autonomie pour le territoire disputé. En parallèle, et dans une discrétion absolue, les partis politiques, notamment de gauche, sont invités à mieux encadrer la population du Sud et à multiplier les échanges de vue avec des représentants de Tindouf…
Mais la leçon de Berlin a été retenue. Fermeté tous azimuts, du moins à la surface. Aucun contact n’est enregistré officiellement. Et quand en 2003, par exemple, le parti socialiste suédois sollicite l’USFP pour un débat public avec une délégation du Polisario, Abderrahmane Youssoufi, dont ç’aurait été le dernier coup d’éclat avant sa démission du parti… essuie un niet sec du Palais.
Le ralliement le plus spectaculaire de cette période reste celui de Lahbib Ayoub, chef de guerre emblématique du Polisario, en 2002. Ayoub, et ce n’est sans doute pas un hasard, a été directement dépêché au Sud. Son profil singulier (un homme de terrain, qui n’a jamais usé les bancs d’une faculté) et l’extrême opacité qui a enveloppé la préparation, sur de longues années, de son retour, laissent penser que les bonnes vieilles méthodes de la diplomatie secrète ont de beaux jours devant elles. Serait-ce là la clé d’un conflit qui a consommé tant de secrétaires généraux de l’ONU, de plans de paix et de rencontres au sommet ?

Tems
19/12/2008, 12h53
Extrait. Bachir Mustapha Sayed Al jazeera, 20 aôut 2004

Basri, simple intermédiaire
La première rencontre avec Driss Basri a lieu en 1982 à Lisbonne. Il ne s’agissait pas de négocier avec lui mais qu’il nous ouvre la porte du Palais et nous facilite la rencontre avec le roi … Il a essayé de savoir ce que nous avions en tête. Il voulait assurer ses arrières, savoir de quoi il en retournait. Mais j’ai décidé de ne pas négocier avec lui, tout en gagnant sa confiance…La première rencontre avec le roi Hassan II s’est déroulée après celle qui l’a opposée à Chadli Benjdid au poste frontières en 1983. Il nous avait mis au courant que le sommet se tenait à la demande de l’Arabie saoudite. Nous l’appréhendions terriblement parce que les Saoudiens étaient au sommet de leur puissance et nous avions eu vent qu’un plan quasiment ficelé allait compenser le Maroc et l’Algérie pour leurs pertes respectives, afin d’arriver à un accord bilatéral au détriment des Sahraouis...

Le fin, la brute et l’intransigeant
Une rencontre s’est tenue à Alger en 1983 avec Réda Guédira, le conseiller et ami personnel du roi, homme d’expérience en matière de négociations. Driss Basri, qui connaît toutes les tribus sahraouies et la politique sécuritaire liée au Sahara, ainsi que M’hamed Boucetta, qui a une grande expérience mais aussi un esprit très partisan … Les trois se sont quasiment partagés les rôles. Guédira est l’homme modéré, fin politicien, capable d’avoir une idée intelligente et acceptable, et surtout de se mettre à la place de l’autre, d’apprécier sa sensibilité et d’anticiper sa manière de penser. Basri a plutôt eu un rôle de sécuritaire, provocateur et connaisseur de dossiers. Quant à Boucetta, il cédait parfois à la position de l’Istiqlal, plutôt extrême et expansionniste, qui a d’ailleurs impliqué le Maroc dans des conquêtes et des guerres.

Hassan II lassé de la confrontation
(Lorsque j’ai rencontré Hassan II dans son palais en 1989), il a dit : "Cela fait vingt ans qu’on est en guerre mais on n’a pas pris le temps de nous connaître mutuellement. La conclusion à laquelle je suis parvenu est que nous avons occupé et maîtrisé le territoire mais le cœur des gens, des Sahraouis, nous ne l’avons ni gagné ni conquis… Nous ne sommes pas venus pour gagner une terre et perdre le cœur des gens … Et puis, je ne voudrais quand même pas laisser à mon successeur cette effusion de sang à gérer… il faudrait absolument qu’on réfléchisse à un moyen pour mettre fin à cette guerre et entamer une nouvelle phase". C’était à quelques choses près son introduction … il était surtout intéressé par le cessez-le-feu et a évité implicitement d’évoquer un agenda précis ou des dates concrètes.

Benjdid, le pro-marocain
Pour rencontrer Hassan II, nous avons été dans un avion algérien, sur insistance d’Alger. Le Maroc aurait voulu qu’on vienne via Paris ou dans des jets privés. Les Algériens avaient besoin de savoir ce qui s’est passé à notre retour. Nous avons été reçus par le général Larbi Belkheïr, et autres hauts responsables en relation avec le sujet. Ils nous ont demandé de tout leur raconter, tous les détails. Nous avons fait le récit mais à notre manière. Nous avions peur, durant cette ère Benjdid, que les Algériens montent dans le train marocain… après avoir entendu ce qui s’est passé et notre prédisposition à cesser le feu et entamer le dialogue, ils ont entrepris le premier pas en vue de la création de l’UMA. Chadli, au lieu de rencontrer Hassan II sur les frontières, est allé à Marrakech.

Le prince réprimande le vizir
(Lorsque le prince héritier nous reçoit en 1989), Basri a eu des mots durs à l’égard de notre délégation et à mon égard en particulier. Je lui ai dit que s’il avait été notre invité, notre éducation ne nous aurait pas permis de nous abaisser à ce niveau. Le prince a compris et lui a demandé sèchement de connaître ses limites. Il lui a retiré la parole et Basri n’a plus dit un mot, depuis. Nous ne sommes pas parvenus à un accord avec les responsables marocains mais à des idées embryonnaires. La première est celle du fédéralisme avec un Etat Sahraoui autonome lié plus au Palais qu’au Maroc. Autre proposition, le Sahara quoique indépendant serait sous influence marocaine expresse, à travers la présence des forces militaires et l’exploitation des ressources énergétiques. Les négociations entre 1989 et 1991 ont échoué mais la guerre n’a pas repris, grâce aux forces étrangères et à certains Algériens. Khalid Nezzar faisait partie de ceux qui cherchaient une issue. Il a chassé les dirigeants du Polisario de son bureau.

Les médiateurs de Mohammed VI
Durant ma dernière rencontre avec les conseillers principaux du roi Mohammed VI, j’ai eu la même impression que celle d’autrefois avec Réda Guedira. Il y a donc des personnalités dans l’entourage du Palais sans doute capables de servir ce dialogue et de jeter les ponts entre les deux parties pour mettre fin à la rupture actuelle, et ce en permettant la réédition de la rencontre avec Hassan II, avec le roi actuel. Cela peut créer une réelle dynamique pour un débat sérieux et des négociations que l’on espère fructueuses. Je voudrais prévenir contre l’a priori que l’on peut avoir, comme quoi les Sahraouis ne peuvent plus du tout revenir au combat et qu’ils n’ont d’autre choix que de traverser toute la distance qui les sépare du Maroc ou rester dans un no man’s land. C’est un point de départ négatif qui ne mènerait nulle part.

Tems
19/12/2008, 12h54
Bachir Mustapha Sayed A l’ombre d’Abdelaziz

Bachir Mustapha Sayed est le frère cadet d’El Ouali, le fondateur du Polisario. A la mort de ce dernier, en 1976, il est d’ailleurs pressenti pour présider aux destinées du front. Mais, à la surprise générale, Alger choisit d’introniser le "cubain" Mohamed Abdelaziz. Celui que beaucoup considèrent comme un numéro 1 bis du Polisario, dont le pragmatisme et la malice contrastaient avec la fougue d’El Ouali, a failli être rallié au royaume, à la fin des années 80, dans un épisode resté secret. Le ratage du cas Bachir Mustapha Sayed a été à l’époque "compensé" par le ralliement de Omar Hadrami. Depuis, l’ancien étudiant de la faculté de lettres de Rabat a toujours été aux premières loges dans les contacts, officiels ou clandestins, entre le Maroc et le Polisario. A Berlin, en 2001, sa présence a changé la donne et joué un mauvais tour à la délégation marocaine conduite par Ahmed Midaoui, ministre de l’Intérieur. Ceux qui l’ont côtoyé le décrivent, aujourd’hui, comme un homme "entre deux feux, trop engagé avec le Polisario pour le quitter, trop aigri d’avoir trop longtemps tendu la main vers le Maroc sans résultat, mais suffisamment pragmatique pour garder la porte ouverte à une solution négociée (avec le Maroc)".

Ralliements. Comment ça marche

La politique des ralliements, sortie au grand jour avec le rapatriement en 1989 de Omar Hadrami, obéit à un procédé bien huilé : l’établissement de fiches de renseignements sur les personnalités ciblées, le choix du bon interlocuteur marocain et de la zone de contact (l’Europe, généralement) et la négociation proprement dite. Pour les personnalités de marque, les travaux d’approche s’étalent sur deux à trois années durant lesquelles, situation classique, des "preuves et garanties" sont demandées au futur rallié. Au-delà des fonctions honorifiques accordées aux plus prestigieux d’entre eux (gouverneur pour Omar Hadrami ou Khalil Dkhil, ambassadeur itinérant pour Brahim Hakim), les ralliés sont venus, notamment sous la nouvelle ère, gonfler les représentations diplomatiques du royaume, notamment à Paris, Madrid ou Londres. D’autres se voient confier des missions "locales" comme Lahbib Ayoub, l’ancien chef de guerre rallié en 2002, fixé dans le sud. Depuis l’adoption du Plan Baker pour un règlement définitif du dossier du Sahara, la stratégie du royaume semble avoir subi, comme nous l’indique cette source, un recadrage de taille : "Plutôt que rapatrier des cibles importantes, les maintenir et renforcer leur influence interne au sein du Polisario en vue de négocier avec elles, demain, une solution finale plus favorable au Maroc". Bachir Mustapha Sayed pourrait bien être l’une de ces cibles.

Tems
19/12/2008, 12h55
Des noms. Les négociateurs secrets

C'est aujourd’hui une certitude : le Sahara n’a jamais été du ressort exclusif d’une seule personnalité marocaine. Jusqu’à la Marche verte en 1975, les passerelles étaient nombreuses entre le Polisario et l’extrême-gauche marocaine, les dirigeants de l’un et de l’autre ayant fait leurs classes ensemble à Rabat. Mais de ralliement, il ne sera réellement question qu’à partir des années 80 où le Maroc admet, enfin, que la guerre n’est pas gagnée d’avance. La diplomatie secrète passe d’abord par les proches de Hassan II, Ahmed Dlimi d’abord et Driss Basri ensuite pour les approches sécuritaires. Sur un terrain plus subtil, le roi fait plutôt appel à des hommes comme Ahmed Réda Guédira, le plus célèbre de ses conseillers, ou, plus tard, Abdeslam Jaïdi, son "ambassadeur personnel à New York" auquel on prête certains ralliements de marque. Hassan II se servira aussi des ralliés pour convaincre leurs anciens amis de rejoindre la "patrie clémente et miséricordieuses". Le cercle est large, très large et s’étend jusqu’aux anonymes (commerçants, hommes d’affaires) de passage en Mauritanie, aux Iles Canaries ou dans l’une des capitales européennes. A un autre niveau, celui des politiques, contacts et négociations secrètes ont toujours véhiculé via des opposants socialistes respectés de l’autre côté des frontières, comme Mohamed Bensaïd ou Mohamed Bahi, ou bien introduits en Algérie et en Libye comme le Fqih Basri, voire ceux qui ont toujours gardé les pieds dans l’opposition et les oreilles près des couloirs du palais comme Abderrahim Bouabid.

ayoub7
19/12/2008, 13h23
Tres interessant, on voit dans cette melasse politique et diplomatique la valeur des "principes" cote algerien...

Geass
19/12/2008, 14h12
Il y a eu beaucoup de ralliements mais quel effet cela a-t-il eu vraiment sur la direction du Polisario? Nous n'avons que peu d'information là dessus, même si on sait qu'il existe des distensions internes.

keazy
19/12/2008, 17h56
Trés interessant:lol:

chicha51
19/12/2008, 18h30
Pour quand un article aussi équilibré de la part de la presse algérienne?

mansali06
19/12/2008, 18h32
En effet, très intéressant.

Le TEXTE DE L'ONU
..................................................

Projet de résolution soumis par le Président
Question du Sahara occidental

L’Assemblée générale,

- Ayant examiné de manière approfondie la question du Sahara occidental,

- Réaffirmant le droit inaliénable de tous les peuples à l’autodéterminationet à
l’indépendance, conformément aux principes énoncés dans la Charte des Nations
Unies et dans sa résolution 1514 (XV) du 14 décembre 1960, qui contient la
Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux,

- Considérant que toutes les formules possibles d’autodétermination des
territoires sont valables dès lors qu’elles correspondent aux vœux librement
exprimés des peuples concernés et qu’elles sont conformes aux principes clairement
définis dans ses résolutions 1514 (XV) et 1541 (XV), en date des 14 et 15 décembre
1960 respectivement, et d’autres résolutions qu’elle a adoptées,

- Rappelant sa résolution 62/116 du 17 décembre 2007,

- Rappelant également toutes ses résolutions et toutes celles du Conseil de
sécurité concernant la question du Sahara occidental,

- Rappelant en outre les résolutions du Conseil de sécurité 658 (1990) du 27 juin 1990, 690 (1991) du 29 avril 1991, 1359 (2001) du 29 juin 2001, 1429 (2002) du 30 juillet 2002, 1495 (2003) du 31 juillet 2003, 1541 (2004) du 29 avril 2004, 1570 (2004) du 28 octobre 2004, 1598 (2005) du 28 avril 2005, 1634 (2005) du 28 octobre 2005, 1675 (2006) du 28 avril 2006 et 1720 (2006) du 31 octobre 2006,

- Soulignant l’adoption par le Conseil de sécurité de ses résolutions 1754 (2007) du 30 avril 2007, 1783 (2007) du 31 octobre 2007 et 1813 (2008) du 30 avril 2008,

- Constatant avec satisfaction que les parties se sont rencontrées les 18 et 19 juin 2007 ainsi que les 10 et 11 août 2007, du 7 au 9 janvier 2008 et du 16 au 18 mars 2008, sous les auspices de l’Envoyé personnel du Secrétaire général et en présence des pays voisins et qu’elles sont convenues de poursuivre les négociations,

- Invitant toutes les parties et les États de la région à coopérer pleinement avec le Secrétaire général et son Envoyé personnel, et les uns avec les autres,

- Réaffirmant la responsabilité de l’Organisation des Nations Unies à l’égard du peuple du Sahara occidental,

- Se félicitant à cet égard des efforts déployés par le Secrétaire général et son Envoyé personnel pour trouver au différend une solution politique qui soit mutuellement acceptable et assure l’autodétermination du peuple du Sahara occidental,

- Ayant examiné le chapitre pertinent du rapport du Comité spécial chargé d’étudier la situation en ce qui concerne l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux 1,

Ayant également examiné le rapport du Secrétaire général 2,

1. Prend acte du rapport du Secrétaire général2;

2. Appuie le processus de négociations engagé par la résolution 1754 (2007) et réaffirmé dans les résolutions 1783 (2007) et 1813 (2008) du Conseil de sécurité, en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental, et loue les efforts déployés à cet égard par le Secrétaire général et son Envoyé personnel;

3. Se félicite de ce que les parties se sont engagées à continuer de faire preuve de volonté politique et de travailler dans une atmosphère propice au dialogue afin d’entrer, de bonne foi et sans conditions préalables, dans une phase de négociations plus intensives, et prenant note des efforts consentis et des faits nouveaux survenus depuis 2006, et d’assurer ainsi l’application des résolutions
1754 (2007), 1783 (2007) et 1813 (2008) du Conseil de sécurité et le succès des négociations;

4. Se félicitant également des négociations qui ont eu lieu entre les parties les 18 et 19 juin 2007 ainsi que les 10 et 11 août 2007, du 7 au 9 janvier 2008 et du 16 au 18 mars 2008 en présence des pays voisins sous les auspices de l’Organisation des Nations Unies;

5. Invite les parties à coopérer avec le Comité international de la Croix- Rouge et à s’acquitter de leurs obligations au regard du droit international humanitaire;

6. Prie le Comité spécial chargé d’étudier la situation en ce qui concerne l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux de continuer à suivre la situation au Sahara occidental et de lui présenter un rapport sur la question à sa soixante-quatrième session;

7. Invite le Secrétaire général à lui présenter, à sa soixante-quatrième
session, un rapport sur l’application de la présente résolution.

chicha51
19/12/2008, 18h48
Mansali06

ÇA DEVIENT LOURD

.................................


(......)- Réaffirmant le droit inaliénable de tous les peuples à l’autodétermination ET à l’indépendance, conformément aux principes énoncés dans la Charte des Nations

.................................
ENCORE UNE FOIS AUTODÉTERMINATION NE VEUT PAS DIRE INDÉPENDANCE.

mansali06
19/12/2008, 18h50
Je me demande quand certaines personnes, d'un certain pays, se décident d' ouvrir les yeux, pour regarder le mur en face, qui se rapproche à grande vitesse.

Geass
19/12/2008, 18h54
C'est quoi le rapport avec le sujet?

mansali06
19/12/2008, 18h54
Définition de l'autodétermination

Etymologie : du grec "autos", soi-même, et du latin determinatio fixation d'une limite, d'une fin.

L'autodétermination est l'action, pour un peuple, de prendre en main son propre destin, c'est-à-dire de choisir librement son statut international et son organisation politique et administrative.

La notion d'autodétermination découle du principe considéré comme fondamental que les peuples ont le droit de disposer d'eux-mêmes, indépendamment de toute influence étrangère. Le principe d'autodétermination a été introduit en droit international et en diplomatie avec la charte des Nations unies, en 1951.

Après la Première Guerre mondiale, avec la chute des anciens empires des Habsbourg et des Hohenzollern, furent organisés les premiers référendums d'autodétermination qui ont permis à de nombreux territoires de choisir le pays auquel ils seraient rattachés.

Pour la France, les derniers référendums d'autodétermination ont concerné l'Algérie (1961) et la Nouvelle-Calédonie (1998).

Souvent utilisé par les minorités ethniques ou religieuses pour revendiquer leur indépendance par rapport à un Etat plus vaste, le principe de l'autodétermination se heurte au concept de l'intégrité territoriale. Le conflit résulte en général des différentes façons de définir le mot peuple par des minorités séparatistes et par l'Etat.

Geass
19/12/2008, 18h57
Arrête de polluer le sujet. On parle là des négociations secrètes entre le Maroc et le Polisario.

ROUMI
19/12/2008, 19h06
mansali exacte le polisario doit s'autodeterminé soit il accepte la main tendue d'une autonomie qui lui pemettra de jouir d'un pouvoir réel, soit il reste à tindouf sous la protection de mama djazair qui prend bien soin de son banbin car elle quemande des aides humanitaires.

bouzriwita
19/12/2008, 23h51
un tres bon article.
qd est ce que cet article a t il paru?

iwamachngoulek
19/12/2008, 23h54
ENCORE UNE FOIS AUTODÉTERMINATION NE VEUT PAS DIRE INDÉPENDANCE.

ca ne veut pas dire non plus AUTONOMIE

salek
20/12/2008, 01h41
la stratégie du royaume semble avoir subi, comme nous l’indique cette source, un recadrage de taille : "Plutôt que rapatrier des cibles importantes, les maintenir et renforcer leur influence interne au sein du Polisario en vue de négocier avec elles, demain, une solution finale plus favorable au Maroc". Bachir Mustapha Sayed pourrait bien être l’une de ces cibles.

donc au final, c'est des marocains qui vont négociés avec des marocains.
les renards de la diplomatie marocaine ferment toutes les issues et font un travail de maitre et je vous assure que la SM algérienne aura de mauvaises surprises de taille.
les marocains, via des cadres du polisario, font ce qu'ils veulent dans le sud algérien. ils sont aussi au courant de tout ce qui se passe là bas. ils sont bien renseignés sur tous les mouvements de l'armée algérienne et sur ce qui se prepare à alger.
il n y a qu'à voir la facilité avec laquelle le maroc anticipe les actions de l'algérie pour s'en rendre compte.

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