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27/12/2008, 10h00
La crise financière a poussé de nombreux investisseurs à rechercher des valeurs refuge. C'est dans ce sens que les métaux précieux (Or et argent) ont gagné en valeur ces dernières semaines. Mais l'appétit des investisseurs semble s'ouvrir à un nouveau créneau de spéculation : celui des terres arables.
Des pays en quête de ressources alimentaires et des groupes financiers séduits par les perspectives du marché mondial de l'agriculture acquièrent en masse des terres arables dans des pays le plus souvent pauvres ou émergents. Résultat: près d'une centaine de contrats ont été négociés ces derniers mois. Dans un rapport détaillé qui vient de sortir, l'organisation non gouvernementale Grain met en évidence ce nouveau phénomène et met en garde contre l'opacité des transactions. Elle craint surtout que les terres ne changent de propriétaires ou d'exploitants étrangers sur le dos de petites exploitations locales. "C'est la troisième guerre mondiale qui s'annonce... Sans parler du fait que le scénario à déjà fait ses preuves dans l'immobilier: on spécule sur les terres, les prix deviennent inabordables pour la majorité des gens, sauf qu'ici il est question de survie en masse". "D'un côté, des gouvernements préoccupés par l'insécurité alimentaire (...) s'emparent de vastes territoires agricoles à l'étranger pour assurer leur propre production alimentaire offshore", explique l'organisation non-gouvernement Grain, basée en Espagne, dans une étude. "De l'autre, (...) des investisseurs privés voient dans les investissements dans des terres agricoles à l'étranger une source de revenus importante et nouvelle". Le groupement d'ONG International Land Coalition estime que "la mondialisation du marché foncier, conjuguée à des perspectives de profit croissantes tirées de la production agricole, entraîne une hausse de la spéculation de la part de compagnies transnationales, y compris des banques d'investissements". L'achat de terres arables dans le monde "est un phénomène de grande ampleur" qui connaît "une accélération subite", commente Paul Mathieu, spécialiste des régimes fonciers à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Le phénomène présente, selon lui, des risques mais aussi des opportunités. "S'il s'agit d'investissements basés sur la mécanisation et sur l'importation de travailleurs étrangers", cela va "enlever non seulement de la terre, mais aussi du travail aux paysans" locaux. Avec, à la clé, des "risques majeurs réels: paupérisation, tensions sociales extrêmes, violences civiles", assure Paul Mathieu à l'AFP. En revanche, "plus de capitaux et d'investissements dans l'agriculture, bien gérés, peuvent contribuer à un réel développement rural". Mais Grain est pessimiste: "les travailleurs, les agriculteurs et les communautés locales vont inévitablement perdre l'accès aux terres". "Il y a un risque tout à fait réel de voir non seulement les denrées alimentaires mais aussi les profits générés par ces activités agricoles à l'étranger détournés vers d'autres pays, d'autres consommateurs qui peuvent payer", estime cette ONG dans un rapport intitulé "Main basse sur les terres agricoles en pleine crise financière et agricole".
La FAO a récemment publié un document sur les bonnes pratiques foncières, et M. Mathieu préconise d'augmenter la transparence des transactions entre investisseurs et Etats ou communautés locales cédant des terres. "Il peut y avoir des pratiques très positives dans des négociations entre l'investisseur extérieur et la communauté locale, où les deux cherchent un arrangement gagnant-gagnant", selon lui. "Mais ce n'est pas gagné d'avance car la négociation est très souvent inégale en terme de pouvoir économique et d'accès à l'information".
Synthèse Dalila T.
Le MaghrebDZ

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