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arazi
23/01/2009, 16h06
Le syndrome de la mère de Moshé

Un soldat juif se prépare à aller en guerre. Il va voir sa mère pour lui dire Adieu. Celle-ci le prend dans ses bras et lui dit : « Ecoute Moshé, je ne veux pas que tu te fatigues dans cette guerre. Tu tues un Arabe, et tu te reposes. Tu tues un autre Arabe, et tu te reposes. Un troisième et tu te reposes etc… Ne les tues pas tous en même temps, ça te fatiguera. » Moshé lui réponds : « Oui d’accord Maman, mais si les Arabes me tuent avant ? » La mère horrifiée par la question de son Moshé s’exclame : « Les Arabes te tuent ? Et pourquoi donc ? Qu’est ce que tu leur as fait ? »*
Cette blague que les Juifs se racontent en Israël n’a pas seulement une dimension comique. Elle reflète un état d’esprit bien ancré dans la psyché israélienne. Elle n’est pas le fruit de l’imagination d’un quelconque comique israélien, mais le résultat d’une observation du comportement de l’armée israélienne pendant de longues années.
En effet depuis de longues années, cette armée se comporte suivant les conseils que la mère de Moshé donnait à son fils. Elle bombarde un quartier de Jabalia et elle se repose. Elle bombarde un autre quartier à Khan Younès et se repose. Elle bombarde un autre à Rafah et elle se repose. Et après chaque bombardement, les survivants se ruent sur les ruines pour tirer les morts et les blessés enterrés sous les décombres.
Mais quand les Palestiniens réagissent avec des roquettes artisanales (qui ont fait 20 morts en huit ans), c’est la consternation au sein de la population israélienne et la fureur au sein de la classe politique. Et les questions fusent : « Pourquoi ces terroristes visent-ils les enfants israéliens innocents ? Pourquoi harcèlent-ils avec leurs fusées les honnêtes citoyens israéliens et les obligent-ils à descendre dans les abris ? Qu’est ce qu’on leur a fait ? »
*Tout comme la mère de Moshé, la plupart des Israéliens semblent avoir intériorisé une fois pour toutes l’idée qu’il est normal que leur armée tue des Arabes en Palestine et au Liban et qu’il est criminel que les Palestiniens ou les Libanais se défendent. Ils ont intériorisé l’idée que chaque fois que l’armée israélienne part à l’attaque, elle est en état de légitime défense, mais que toute cartouche tirée par les Palestiniens ou les Libanais est un acte terroriste. Cette étrange pathologie, que l’on pourrait bien appeler le syndrome de la mère de Moshé, n’affecte pas seulement le citoyen ordinaire israélien, mais la classe politique tous partis confondus.*
Ce qui est grave, c’est que *le syndrome de la mère de Moshé fait des ravages à l’étranger, au sein des classes politiques des grandes puissances et jusque dans les instances internationales* qui, à l’instar de l’ONU, sont censées défendre les faibles contre les forts pour faire régner la paix mondiale. *Comment expliquer, sinon par le syndrome de la mère de Moshé, que malgré les destructions à grande échelle, les centaines de morts et les milliers de blessés, le Conseil de sécurité n’arrive même pas à se mettre d’accord sur un simple vote d’une résolution que de toute manière Israël n’aurait pas respectée ?*
Mais l’endroit le plus affecté au monde par le syndrome de Moshé semble être le Congrès américain. Il y a une sorte de terreur qui, depuis longtemps a imposé un réflexe de Pavlov chez les congressistes américains par lequel, tels des automates, ils disent oui à tout ce que fait Israël. Pas une seule fois ces représentants de la plus grande puissance du monde n’ont eu le courage d’analyser et de discuter l’une des innombrables agressions israéliennes contre un peuple sans défense. Pas une seule fois ces élus du peuple américain n’ont eu la force morale et l’intégrité politique de désigner l’agresseur par son nom et la victime par son nom. Pour eux, les choses sont claires : dans un face à face entre un gamin lanceur de pierres et un tank de 60 tonnes, le gamin est l’agresseur et le tank en état de légitime défense.
Plus catholiques que le pape, les congressistes américains le sont sans aucun doute dans la mesure où au Knesset, des députés israéliens critiquent, parfois même avec virulence, les choix de leur gouvernement et qualifient ses guerres contre le Liban ou les Palestiniens d’ « agressions », un terme qui n’a jamais été utilisé aux Etats-Unis pour désigner une seule des milliers d’agressions commises par Israël depuis plus de quarante ans. S’opposant à la première guerre américaine contre l’Irak en 1991, le congressiste Pat Buchanan était l’un des rares à prononcer quelques bribes de vérité : « La colline du Congrès (Capitol Hill) est un territoire occupé par Israël », avait-il dit alors, déclenchant l’ire de ses homologues. Sa carrière fut brisée. Les questions qui se posent sont les suivantes : jusqu’à quand les représentants de la plus grande puissance du monde vont-ils vivre avec la peur au ventre d’un lobby qui fait passer les intérêts d’Israël avant ceux des Etats-Unis ? Jusqu’à quand vont-ils s’interdire la force morale et le courage politique qui leur permettront d’appeler un chat un chat ?
Tout le problème est là en effet. Si Israël continue de se mettre effrontément et impunément au dessus des lois, c’est parce qu’il sait que le Congrès américain est tenu en respect et qu’aucun représentant ou sénateur n’ose sortir des rangs. C’est parce qu’il sait pertinemment que l’endroit le plus affecté par le syndrome de la mère de Moshé est le Congrès des Etats-Unis d’Amérique.
*Depuis quatre décennies, les congressistes américains, républicains et démocrates, rivalisent de loyauté et d’ardeur dans ce qu’ils appellent la défense d’Israël. Ils se disent les amis d’Israël et se livrent à une compétition surréaliste à qui lui fournit la meilleure preuve d’amour. Un jour viendra où les Israéliens se rendront compte que les politiciens américains étaient en fait les pires ennemis d’Israël dans la mesure où ils l’ont encouragé et soutenu avec armes et argent dans sa politique suicidaire consistant à multiplier les ennemis de manière exponentielle et avec une constance étourdissante.*

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