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ben
12/04/2004, 17h12
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Le Monde arabe est rentré dans une nouvelle ère de tyrannie, bercé par les discours nationalistes et les serments de vaincre l’impérialisme et le sous-développement et de construire des sociétés de progrès et d’égalité. On a voulu croire à ces nouvelles promesses ! On a espéré retrouver notre liberté et notre dignité bafouée ! Or, le réveil a été dur et notre désespoir est encore plus immense !


Seules les télévisions officielles arabes continuent, à longueur de journée, à retracer les prouesses de nos leaders bien aimés !

Seuls, certains pays arabes contineunt à interdire aux femmes de conduire des voitures ! Seuls les pays arabes continuent à interdire aux associations indépendantes et particulièrement aux ligues des Droits de l’Homme d’exercer leur rôle de contre-pouvoirs aux régimes autoritaires !

Seuls certains pays arabes continuent à refuser à leurs citoyens le droit de s’organiser dans des partis politiques !

Seuls certains pays arabes persistent à reconnaître aux hommes le droit de congédier en toute légalité leurs femmes !

Seuls les pays arabes continuent à exercer une censure féroce sur leurs journaux et moyens de presse !

Seuls les citoyens arabes continuent à espérer un retour à la pureté originale et à l’âge d’or du moment fondateur !

Seuls certains régimes arabes continuent à tirer leur légitimité dans l’au-delà et à croire en l’immuabilité de notre temps !

Seuls les Arabes continuent à refuser l’immanence de l’être et sa temporalité !

Seules nos élites continuent à refuser au sujet de trouver en lui-même les sources de sa perception du monde !



Peut-on croire à ces engagements des régimes arabes ?

Annoncent-ils la fin de l’exception arabe et l’ouverture de nos sociétés sur l’universel ?

Sommes-nous à l’aube d’une ère nouvelle qui annonce la fin du despotisme et de la tyrannie ?

Sommes-nous en train de sortir du despotisme oriental ?

Serait-ce le début de la reconnaissance de l’autonomie du sujet et de la fin de sa dépossession de soi ?

ben
12/04/2004, 18h40
:D

Par Kamel Daoud


Le monde arabe ne s’étend pas du Golfe à l’Océan. Il va, en vérité, de Falloudjah à la télécommande de la télévision. Depuis la guerre de 48, l’on crie, l’on chante et l’on écrit « Où sont les Arabes?» à chaque Arabe mort ou écrasé. Et depuis la guerre de 48, l’on se trompe de question, comme l’on s’est toujours trompé de réponse sur le questionnaire de l’existence.

La bonne question n’est pas: «où sont les Arabes?», car les Arabes sont partout. La bonne question n’est pas: «que font les Arabes?», car ils ne font que passer. La bonne question n’est pas: «qu’attendent les Arabes?», car ils n’ont jamais fait qu’attendre la suite. La bonne question n’est pas: «où sont passés les Arabes?», car ils sont tous derrière le dos d’autres Arabes. La bonne question est: «que peuvent les Arabes?» Et là l’on peut au moins tomber d’accord, les uns sur les autres, avec la même voix, la même langue et la même histoire, pour dire: «qu’ils ne peuvent rien».

Les Arabes ne peuvent que mourir ou faire les morts. Ils n’ont ni armée, ni arme, ni idée, ni force, ni perspective, ni issue de secours, pour changer leur état pour le moment. Leurs drames ne servent qu’à d’autres drames comme des poupées russes.

Chaque nekba est fourrée d’autres désastres. La guerre de 48 a servi à la défaite de 67. La guerre de 67 a servi à la défaite de 73. La débandade de 73 a servi à la destruction du Liban et aux massacres de Sabra et Chatila. La destruction du Liban a servi au bombardement de la Libye. La raclée de la Libye a servi à préparer la mise en cage de l’OLP. Les massacres des territoires ont préparé la première guerre du Golfe. Et la première guerre du Golfe a servi à la chute de Bagdad. Et la chute de Bagdad a servi à autoriser les massacres de Falloudjah. La tuerie de Falloudjah va donc servir à quelque chose de semblable, dans un proche futur. A chaque épisode nous avons les mêmes produits dérivés: une chanson émotive, une marche de rue, une réunion de la Ligue arabe, une demande manuscrite à l’ONU, un veto américain et une relance du plan de paix au Moyen-Orient, avec des hectares en moins en Palestine et des barils en plus sur les marchés.

Et rien n’illustre mieux cette formidable détresse qui fait rire le destin que ces marches inimaginables, tragiques et tout à la fois absurdes que tentent, presque chaque jour, des Palestiniens de Jenine ou de Gaza, pour dénoncer les massacres à... Falloudjah, dans un monde qui diffuse en boucle, la boucle des marches et massacres. Il fallait, peut-être, vivre mort, n’avoir rien à perdre et avoir tout compris par-delà l’histoire de l’époque, pour oser l’honneur de ces marches et demander, en tant que massacrés en Palestine, que cesse le massacre en Irak en élevant la voix à partir de l’au-delà de toute arabité.

Les Arabes marchent, se font marcher, ou se font marcher dessus. C’est la réponse à la question: «que peuvent les Arabes?». Il ne faut pas chercher un début de réaction d’éveil de la télécommande face à la télévision qui filme Falloudjah. Le plus raisonnable est d’y voir une bande-annonce et réfléchir comment sortir de ce cinéma où les morts sont vrais, les bombes sont vraies, les balles sont vraies et les prétextes sont faux. Car c’est à Falloudjah que les Américains ont «redécouvert» et utilisé ce qu’officiellement ils sont venus chercher, il y a un an: les fameuses armes de destruction massive que tout le monde peut voir, aujourd’hui, à l’oeuvre sur des Irakiens.


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