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orion
24/01/2009, 22h12
Par Fédoua Tounassi
Industrie. Usines en berne


Dépendants des exportations, les secteurs textile et automobile ont ralenti leurs activités à cause de la crise mondiale. Etat des lieux.


Mardi 20 janvier, zone industrielle de Salé, la plus forte concentration d’usines de textile du Maroc. Après la pause déjeuner, deux ouvrières viennent d’apprendre la mauvaise nouvelle : elles n’ont plus que 5 jours de travail. Faute de commandes, leur patron s’est dit obligé de recourir au licenciement technique. Pour combien de temps ? Personne ne le

sait. Et ces premières mesures d’urgence laissent présager une année à grand risque, socialement parlant, dans un secteur qui emploie près de 230 000 personnes. “Nous vivons une des période les plus difficiles de notre histoire. Un tour dans les zones industrielles à forte concentration d’usines de confection suffit à se rendre compte du nombre d’unités qui ferment actuellement leurs portes”, explique le directeur général d’une unité de confection à Aïn Sebaâ. “A l’instant où je vous parle, je n’ai encore aucune commande contrairement à l’année dernière à la même période. Aujourd’hui, j’en ai pour une semaine tout au plus de travail”. ajoute-t-il.

Et l’hémorragie n’est pas près de s’arrêter. Plusieurs unités de textile ont mis la clé sous le paillasson faute de commandes. Dans la région de Rabat, on dénombre déjà 7 fermetures. “Nous subissons de plein fouet la crise internationale”, déplore Hamid Bennouna, dont l’usine est également fermée depuis quelques semaines. Mais les premiers impacts remontent à l’été. “Les effets ont commencé dès août dernier”, affirme Karim Tazi, président directeur général de Richbond. “Nous avons eu une baisse de 25% du chiffre d’affaires, ce qui ne s’est jamais vu dans l’histoire de la société, qui existe depuis 50 ans”, avoue-t-il.

Fin décembre 2008, la vente de vêtements confectionnés accusait une chute de 6%, soit une perte de 1,2 milliard de dirhams. “Le choc provoqué par ce marasme sera profond et durable. Il s’étalera, selon les hypothèses les plus optimistes, sur la totalité de l’année 2009. Ses répercussions seront générales et affecteront particulièrement les unités exportatrices au niveau de toutes les régions, sans distinction de taille, d’activité ou de structure”, estime officiellement l’Association marocaine pour le textile et habillement (AMITH). Mais son directeur général, Mohamed Tazi, refuse de parler de crise. Et de temporiser : “C’est un mauvais cap à passer. L’activité sera certes touchée pendant quelques mois, mais au regard de nombreux éléments, dont les milliards de dollars d’aide injectés dans les économies internationales et les plans de redressement lancés, la crise ne sera que passagère”.

La situation va s’aggraver
Autre secteur fortement touché : la sous-traitance automobile, dont la baisse d’activité se chiffre à plus de 30%. L’équipementier américain Delphi, installé à Tanger, confie que certaines lignes de montage sont à l’arrêt depuis quelques semaines déjà. Idem chez Valeo Maroc, où en l’absence de commandes, les heures de travail ont été réduites. Chez le Japonais Sews, dont l’usine se trouve à Berrechid, la mesure a été plus radicale : réduction des effectifs. “Si les ventes à l’international continuent de chuter, la situation va s’aggraver”, commente-t-on du côté de l’Association marocaine pour l’industrie et le commerce de l’automobile (AMICA), partie prenante dans les négociations avec le gouvernement. Et de souligner : “Le secteur n’a pas de visibilité, au moins sur le premier semestre de 2009”.

Le ministère de l’Industrie et du Commerce reconnaît la gravité de la situation. Présentées en Conseil des ministres jeudi 15 janvier, les doléances des professionnels devaient être discutées mercredi dernier lors d’une réunion interministérielle. Trois secteurs sont concernés : le textile, le cuir et les équipementiers automobile. Il s’agit entre autres de renforcer les lignes de financement aux entreprises. “Les entreprises du textile tournent avec des fonds propres faibles. Elles ont besoin de plus de fonds de roulement et de délais de paiement plus longs pour faire face à la crise”, explique Tazi, tout en précisant qu’il ne s’agit pas de donner de l’oxygène à des unités comateuses. “Les aides seront ciblées et concerneront les entreprises dont l’espérance de vie est plus longue”, détaille-t-il.

L’exonération temporaire des charges sociales (patronales), encore une fois mise sur le tapis par les opérateurs, n’a toujours pas la faveur des pouvoirs publics. “Déjà, lors des inondations dans la zone industrielle de Tanger, Salaheddine Mezouar avait opposé un niet à toute amnistie fiscale”, rapporte un proche du ministre. Une stratégie offensive en matière de prospections de nouveaux marchés est également préconisée. En attendant, les textiliens ont décidé de se regrouper en consortiums pour mettre en commun les moyens d’accroître la compétitivité et réduire les coûts. Pour commencer.

Banque mondiale. Un rapport alarmant

L’institution internationale vient de remettre un document au gouvernement, fruit d’une enquête de grande envergure dans le secteur industriel marocain. Et le verdict pour l’industrie manufacturière est sans appel. Selon les chiffres fournis par le Haut commissariat au plan aux experts de la Banque mondiale, le taux de croissance annuel moyen du secteur est de 3,5% sur la période 2000-2007 et de 2,4 en moyenne entre 2002 et 2005 alors que les entreprises du BTP et des services ont réalisé respectivement des taux de croissance annuels moyens de 10% et 5,6%, entre 2002 et 2005. Et l’institution de commenter : “Le secteur manufacturier marocain est l’un des moins dynamiques de tous les pays émergents”. La Banque Mondiale pointe également du doigt le manque de dynamisme de l’industrie marocaine qui ne créerait pas assez d’emplois. Et la comparaison avec d’autres pans de l’activité économique du pays est assez parlante : entre 2000 et 2007, 95% des emplois créés en milieu urbain l’ont été dans le secteur de la construction, du BTP et des services, contre seulement 5% pour l’industrie manufacturière.

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Bennis
24/01/2009, 22h22
Et l’institution de commenter : “Le secteur manufacturier marocain est l’un des moins dynamiques de tous les pays émergents”. La Banque Mondiale pointe également du doigt le manque de dynamisme de l’industrie marocaine qui ne créerait pas assez d’emplois. Et la comparaison avec d’autres pans de l’activité économique du pays est assez parlante : entre 2000 et 2007, 95% des emplois créés en milieu urbain l’ont été dans le secteur de la construction, du BTP et des services, contre seulement 5% pour l’industrie manufacturière.
je partage l'avis
quoique ensemble, le secondaire et le tertiaire ont gagné sur le primaire dans la composition du PIB ces 9 dernières années
la tertiarisation reste la plus forte ce qui donne un coup à la dynamique du manufacturier et à la productivité

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