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gdesmon
20/02/2009, 09h25
L 'EXPRESS publié le 19/02/2009 17:02 -

La crise a plongé le pays dans un profond spleen. Son modèle économique, largement fondé sur une finance dont Londres était devenue la capitale mondiale, prend l'eau de toutes parts. Et la reprise n'est pas pour demain... Reportage.

Pierres précieuses, colliers de perles grises et bagues serties de diamants : à voir la devanture de ce magasin de prêt sur gages, situé dans le quartier populaire de Hammersmith, à Londres, on se croirait presque devant une joaillerie de luxe de Mayfair.

« Nous venons de recevoir une Breitling Originald'une valeur de plus de 6 000 livres [6 700 A], vante Laurent Genthialon, directeur financier du groupe Harvey & Thompson, propriétaire de la boutique. Ce Français affable, installé ici depuis vingt ans, peut être satisfait : la firme affiche de solides bénéfices et un chiffre d'affaires en hausse constante. Longtemps destiné aux plus pauvres, le prêt sur gages a le vent en poupe. Credit crunch oblige, ménages surendettés, petits patrons pris à la gorge et golden boys sur le carreau viennent désormais ici pour purger - en liquide si possible - leurs excès passés. A quelques mètres de là, un autre magasin vient, lui, de fermer ses portes : le Woolworths local, sorte de bazar où les voisins venaient s'approvisionner en bonbons, piles électriques, petites culottes ou jeux vidéo. L'annonce en décembre dernier de la faillite de cette chaîne mythique, qui devait fêter, en 2009, son centenaire, a presque pris l'allure d'un deuil national. « Woolies » comptait 800 magasins dans toute l'Angleterre et employait 30 000 personnes...

« Catastrophe et obscurité »

Quelque chose ne tourne décidément plus rond au royaume de Sa Gracieuse Majesté. Frappé au coeur par la tornade financière, le pays se réveille groggy, stoppé net dans la folle sarabande entamée plus d'une décennie auparavant. « Tout le monde ici éprouve la même chose, témoigne Nick Hood, associé au cabinet spécialisé dans la restructuration d'entreprises Begbies Traynor et commentateur avisé de l'économie britannique. Le sentiment que le bon temps est fini et que le chemin devant nous est très long et très escarpé. » Les prévisions du FMI en janvier, tombées au coeur d'un hiver polaire, ont achevé de glacer l'atmosphère : après une hausse de 0,8 % en 2008, le PIB britannique devrait reculer de 2,8 % en 2009, soit le plus mauvais chiffre de tous les grands pays développés (- 1,9 % escompté pour la France). Du jamais-vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Quant à la livre, traditionnel baromètre de l'humeur nationale, elle n'en finit plus de plonger. « Notre modèle économique repose sur trois piliers, analyse Hetal Mehta, chef économiste chez Ernst & Young Item Club : la finance, l'immobilier et la consommation. Or tous les trois sont très ébranlés par la crise. »

Doom and gloom: l'expression - littéralement « catastrophe et obscurité » - revient en boucle dans les commentaires des analystes et des médias. A commencer par les tabloïds, qui se sont empressés de surfer sur cette vague mélancolique, promettant le retour du sang et des larmes churchilliens. « Reykjavik-sur-Tamise », titrait ainsi l'Evening Standard, après l'annonce par les banques britanniques de pertes records - 30 milliards d'euros pour la seule Royal Bank of Scotland. Et si la faillite n'est pas à l'ordre du jour, l'éventualité d'un scénario islandais, évoquée à mots couverts par plusieurs députés conservateurs, ne fait plus rire personne. Même le Premier ministre, Gordon Brown, s'y est mis, mentionnant une économie en « dépression ». « Récession », a-t-il corrigé, un peu tard. Comme toujours, le coup de pied de l'âne est cependant venu de l'autre côté de la Manche. De Nicolas Sarkozy, en l'occurrence, qui, lors de son intervention télévisée du 5 février, a critiqué avec véhémence ce pays qui n'a « plus d'industrie ». Si même ces maudits Froggies s'y mettent...

gdesmon
20/02/2009, 09h27
Le lundi 15 septembre 2008 au matin, Edouard d'Archimbaud, brillant polytechnicien de 24 ans, descend de l'Eurostar pour rejoindre le siège londonien de Lehman Brothers, où il vient d'être engagé. Mais il n'a pas même le temps d'arriver à son bureau : le jour même, la banque américaine est mise en faillite. L'Histoire, ce jour-là, fait demi-tour, et Edouard aussi...

Pour les 300 000 Français de Londres, dont 90 % travaillent dans la finance, la mésaventure a pris des allures d'allégorie. Le symbole de la dégradation brutale du climat dans leur exil doré. Les premiers touchés sont bien sûr les victimes des purges massives qui ont laminé la City. « Dans mon entourage proche, 1 personne sur 2 a perdu son emploi, témoigne Jonathan Freuchet-Sibilia, un Français de 28 ans qui travaille dans une banque anglo-saxonne. Et c'est loin d'être fini... »

L'ambiance, du côté du lycée français et dans les bars du quartier de South Kensington - surnommé « South Ken » ou « Froggies Valley » par les autochtones - est du coup bien morose. « Pour certains, entre le dégonflement de la bulle immobilière et la chute de la livre, c'est la double peine », témoigne Stéphane Rambosson, qui a quitté l'an passé Citigroup pour rejoindre le cabinet de recrutement Veni Partners.

Et si certains veulent avant tout laisser passer l'orage, pour beaucoup d'autres, l'heure est à la remise en question. Nombreux sont ceux qui ont même déjà pris le train du retour, redécouvrant au passage les charmes du modèle français, avec ses écoles gratuites et ses généreuses allocations chômage accordées aux expatriés. « Quelques petits malins se contentent même d'aller travailler deux jours à Paris pour toucher les allocs, rigole cependant un trader. Puis ils reviennent chercher du boulot dans la City ! » On ne se refait pas...

zek
20/02/2009, 10h28
Pour les 300 000 Français de Londres, dont 90 % travaillent dans la finance

II y aurait 270.000 Français qui travaillent dans la Finance ??????????

L'afflux régulier de Français, qui sont très nombreux dans la City (on parle de 60 000) devrait se réduire, voire se transformer progressivement en un reflux de Londres vers Paris.
Le Figaro

La majorité des Français à Londres travaillent dans l'hôtellerie restauration, secteur ou l'on embauche facilement même avec un Anglais à couper aux couteaux et sans expérience.

gdesmon
20/02/2009, 11h45
Effectivement ZEK il s'agit d'un lapsus dans l'article du Figaro rétablissons plutot :

Les Français seraient au moins 60 000 à travailler dans les établissements financiers de la City et de Canary Wharf. Une très grosse proportion sur les 300 000 salariés au total de la finance à Londres.

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