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Voir la version complète : Dubaï de Tadjnant, le grand bazar à ciel ouvert


morjane
22/02/2009, 10h46
Dans ce pays qu'est l'Algérie où des barons continuent d’imposer leurs diktat sans inquiétude aucune, le commerce est l’indicateur le plus illustrant du chemin du gain facile que certains n’éprouvent aucune difficulté pour investir, et l’appétit, bien sûr, vient en mangeant.

Après Meghnia, Zouïa, Magra et Tadjnant, le marché d’El Eulma dans la wilaya de Sétif, se fait une réputation et défraye la chronique. Rien ne présageait que l’affriolante région d’El Eulma deviendrait une plaque tournante d’un immense trafic où tout se vend et s’achète dans l’illégalité la plus totale.

Centre de business et de transactions en tous genres, le grand bazar dénommé «Dubaï» est fréquenté par une faune d’aventuriers obnubilés par le gain facile et l’enrichissement illicite avec pour comptant le beurre et l’argent du beurre. Ce village connu sous le nom colonial de «Saint Arnaud» est situé à une vingtaine de kilomètres à l’est de la capitale des Hauts-Plateaux, Sétif, et s’est substitué, selon les informations recueillies auprès des notables, à un centre de regroupement autochtone dénommé «Taftika», une expression berbère signifiant «décousure».

Au début des années 1990, cette immense étendue était connue pour son grand marché à bestiaux, hebdomadaire, jouxtant le site paléontologique de Ain Lahneche, et du champ de course de Bazor-Sakhra, théâtre de cette histoire romantique fabuleuse de Hizia, à la sage de Beni Hilal. Au fil du temps, tout a changé dans cette localité ayant subir une transformation de fond pour exploser et devenir une «Mecque» des affaires, un grand bazar sans vitrine en plein désert à la suite d’une idée germée dans les esprits d’un groupe de jeunes trabendistes qui faisaient la navette entre El Eulma et Dubaï, ce fameux nom qui lui restera pour toujours ou règnent en maîtres absolus les seigneurs du dinar.

Ce sursaut spontané a radicalement métamorphosé le quotidien des riverains, lesquels se sont crées de multiples activités commerciales aussi lucratives les unes que les autres au point où, aujourd’hui, le business est la langue maîtrisée dans tout le patelin et même jusqu’à l’intérieur des maisons.

Tous experts en la matière, le premier interrogé n’hésitera à aucun moment d’évoquer l’ambiance qui y règne au sein des lieux rappelant le “World Trade Center américain”. “On y vient des quatre coins du pays, les échanges et les transactions se font à coup de milliards le tout payé comptant en espèces sonnantes et trébuchantes. Ici le chèque n’a pas cours et il ne faut plus en parler”, témoigne un habitué des lieux. Des constructions somptueuses poussent de partout tels des champignons et le prix du mètre carré du foncier a atteint l’irréel notamment aux abords de la RN 5 où des dépôts de tous genres ornent la périphérie où sont exhibées des marchandises de haut standing d’importation.

“Dans ce marché, demandez ce que vous voulez et mettez-vous dans la tête que l’expression “il n’y a pas” est un vocable inexistant chez nous”, nous a bien affirmé un habitué des lieux qui enchaîne : “Demandez ce que vous voulez, payez et partez car aucun document ne vous sera délivré et la marchandise ne sera en aucun cas échangée”. A ciel ouvert, loin de toute pression de contrôle, Dubaï suscite au fil des années un intérêt particulier à travers cet afflux sans précédent de milliers de débitants qui y déferlent de tout le pays et même des pays voisins et n’ont même pas le temps de négocier le prix de location.

“A partir de 50 000 DA, le petit local, nous n’avons aucun choix pour amorcer les accords pour des contrats d’une année renouvelable et payée à l’avance.”, nous a déclaré un vieux commerçant, avant d’ajouter : “A El Eulma le temps c’est de l’or… !” Néanmoins, les nouveaux visiteurs des lieux évoquent certains maux devenus monnaie courante citant entre autres l’arnaque, l’opportunisme et le tromperie sur beaucoup d’articles étalés qui sont, malheureusement devenus légion. “Oui, c’est un véritable bazar il y a de tout mais la vigilance est de mise”, nous a répondu un citoyen comme pour nous mettre en garde. D’autres sources avancent que les activités se font sans inquiétude aucune et le trafic meuble à son tour le jeu et tous les coups sont permis le “flous” demeure ainsi le maître mot. Et, comme, le hasard ne fait jamais partie des transactions quotidiennes des businessmen qui jonglent avec la nouvelle monnaie européenne, d’importantes sommes en devise transitent de main en main et parfois par téléphone, les cambistes ne trouvent aucune gêne pour faire du porte-à-porte pour écouler leur marchandise.

“Efker taïche” (débrouilles-toi, tu survivras), explique un autre interlocuteur qui nous fera savoir que les importateurs sillonnent les quatre coins de la planète avec comme point de repère la destination “Chine” et son marché rapporteur des gros… sous.

Qu’a fait l’Etat pour lutter contre ces pratiques qui continuent de défrayer la chronique et surtout pour combattre ces marchands qui usent de toutes leurs forces pour échapper au contrôle ?

Au grand désarroi des citoyens “achète tout” et surtout du moins cher il arrive que des fois les rideaux baissent et tout est à l’arrêt. Que se passe-t-il ? “C’est un simple passage, des contrôleurs”, nous dit-on. Quels arguments peut-on avancer pour justifier de tels agissements lorsqu’on sait que les gens jonglent avec des milliards et que rien ne les empêche de jouer au chat et à la souris avec les services de contrôle ?

La réponse est toute simple et revient sur toutes les lèvres : “C’est la mafia connection” dont l’appât du gain facile et l’enrichissement rapide font partie de leur quotidien avec comme “parapluie” de solides appuis occultes ! Sinon comment justifier l’installation des barrages de Douane à la sortie de ce souk et expliquer cette marchandise qui est écoulée en toute quiétude ? La réponse se trouve ailleurs.

par la Dépêche de kabylie

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