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Voir la version complète : GAZ: Le protectionnisme européen dénoncé


DZone
01/03/2009, 23h05
La sécurité d’approvisionnement doit être un autre argument non négligeable à même de donner du poids à la position de l’Algérie.

En dénonçant les «politiques gouvernementales» européennes entravant le développement de l’industrie gazière, Chakib Khelil a voulu faire du forcing. La levée de boucliers du ministre de l’Energie et des Mines contre les pays européens qui mènent des politiques peu encourageantes pour l’utilisation du gaz se comprend aisément si l’on se réfère au poids de cette source d’énergie dans les exportations algériennes. Le pays, qui est relié par des gazoducs à l’Espagne et à l’Italie, exporte 12% de sa production vers l’Europe pour une production globale de 62 milliards de m3 de gaz/an. L’Algérie ne compte pas en rester là puisqu’elle ne cesse de lancer des recherches pour tenter de découvrir de nouveaux gisements.

L’option tendant à parier sur le gaz trouve sa genèse dans le fait que l’Algérie entrevoit, dès à présent, la chute du niveau de production de ses gisements de pétrole, et par ricochet de ses recettes financières, en espérant que ces pertes puissent être remplacées par des découvertes de gaz. Le fait d’élever le ton est aussi un moyen pour le ministre de prévenir tout éventuel conflit comme cela a été le cas avec l’Espagne. Par le passé, Gaz Natural avait effectivement fait savoir qu’elle s’opposait à l’entrée de Sonatrach dans le marché espagnol, ce qui l’a poussée à porter plainte auprès du tribunal national espagnol sous prétexte que l’entreprise algérienne est susceptible de dominer le marché du gaz, du fait de l’augmentation de sa contribution à Medgaz à plus de 25%. L’offensive de l’Algérie en faveur du gaz intervient également dans un contexte de chute des prix.

Comme dans le cas d’une future baisse de la production du pétrole, ce sera aux recettes des exportations du gaz de compenser le manque à gagner en matière de revenus de l’Algérie. Le fait que ces derniers risquent de chuter de près de 80 milliards de dollars en 2008 à environ 35 milliards en 2009 est un indice assez inquiétant. La baisse de la production, couplée à celle des prix n’est pas faite pour arranger les choses. Le 15 mars prochain, lors de la conférence de l’Opep à Vienne, de nouvelles réductions des quotas de production des pays membres sont attendues et les prix ne pourront pas connaître un niveau plus élevé avant plusieurs mois.

Tous ces facteurs font que même les investissements de Sonatrach sont menacés à long terme, handicapant toute politique d’expansion. Cette menace est écartée pour les projets dont le financement est déjà prévu et qui sont à hauteur de 8 milliards de dollars. Si en plus de la crise actuelle qui a induit un ralentissement de la croissance mondiale et une réduction de la consommation de l’énergie, l’Europe ferme ses portes au gaz algérien, les conséquences se révèleront très fâcheuses. L’appel du ministre tend précisément à éviter ce scénario. Et il ne manque pas d’arguments pour vendre plus de gaz, plus propre comparativement à d’autres sources d’énergie comme le charbon. La sécurité d’approvisionnement doit être un autre argument non négligeable à même de donner du poids à la position de l’Algérie, d’autant que l’Europe veut reprendre en main ce dossier sensible, notamment après le conflit russo-ukrainien. L’enjeu est de taille: la guerre du gaz.

En adoptant des politiques peu encourageantes pour l’utilisation du gaz, l’Europe veut ainsi reprocher à l’Algérie d’instaurer des mesures «trop protectionnistes», notamment la double tarification gazière, contraire aux règles de l’OMC. D’ailleurs, ce point demeure parmi les points d’achoppement de l’adhésion de l’Algérie à l’Organisation mondiale du commerce.

L'Expression

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