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DZone
02/03/2009, 01h44
Une mesure dévoyée par des boulangers


Les prix des produits de très large consommation, à l’exemple de la farine, du pain ou du lait, continuent à leur être accessibles. C’était compter sans l’avidité de nombreux commerçants.

Les produits de large consommation, en particulier les denrées alimentaires, ne cessent de faire l’objet de hausses successives mettant dans une situation de plus en plus difficile les ménages les plus dépourvus. Il ne sert à rien, comme ne cessent de le faire les médias, de dénoncer cette situation sachant par avance que les pouvoirs publics ont décidé de libéraliser les prix pour tous les articles mis sur le commerce, à l’exception, tiennent-ils chaque fois à le rappeler, de ceux soutenus par l’Etat.
Dans la liste des produits soutenus figurent notamment le lait, les farines et le pain.
Pour ce qui a trait aux farines, leurs prix ont été fixés par décret. Ainsi, celle qui est acquise par les boulangers pour la confection du pain est payée 2 000 DA le quintal alors que celle destinée à la pâtisserie et autres viennoiseries, son prix au niveau des grossistes ne saurait, indique-t-on, excéder les 2 200
Si l’Etat a pris la décision de subventionner, au bénéfice des boulangers, le prix de la farine c’est pour que le prix de la baguette continue à rester accessible au plus grand nombre des nationaux. Mais comme on le constatera plus loin, il est rare que ces derniers acceptent de jouer le jeu.
En même temps qu’ils ont déterminé le prix auquel les propriétaires de fournils peuvent emporter les quantités de farine panifiable, les pouvoirs publics, en l’occurrence les services du ministère du Commerce, ont d’autre part fixé le prix de la baguette à 8 DA pour celle confectionnée à l’aide de farine ordinaire et à 8,50 DA celle obtenue à partir de farine de qualité supérieure. Pour ce qui concerne d’autre part, les farines supérieures vendues aux particuliers dans les épiceries et grandes et moyennes surfaces, le prix de celle conditionnée en vrac a été fixé administrativement et suivant sa qualité, entre 25 et 30 DA alors que celle conditionnée en paquet d’un kilogramme, censée être de qualité supérieure, son coût a été établi à 40 DA. Comme pour ce qui concerne les patrons boulangers, les commerçants de produits alimentaires sont eux aussi loin de respecter les directives du ministère du Commerce.

La baguette : des écarts de prix et de poids

Des déplacements effectués d’ouest en est de la capitale, à partir du quartier d’Hydra jusqu’à la localité de Raïs Hamidou, auprès d’un certain nombre de boulangeries a permis de découvrir qu’à quelques exceptions près, le prix de la baguette de pain s’est trouvé indûment fixé par une majorité de boulangers à 10 DA l’unité. D’autre part, il a été constaté que les baguettes achetées dans les divers endroits de la ville et dont le poids réglementaire de chacune d’elle est de 250 grammes, présentent des écarts de grammage qui, même s’ils ne sont pas importants les uns par rapport aux autres, amènent toutefois à s’interroger sur le fait de savoir s’ils ne sont pas délibérés afin, peut-être, de contribuer à augmenter les marges bénéficiaires, ou bien qu’elles sont seulement le fruit du hasard.
Par exemple, une baguette payée 10 DA auprès d’une boulangerie située sur la place d’Hydra s’est avérée peser 255 grammes, celle achetée quelques instants plus tard, au même prix, rue Gacem, à proximité du rond- point d’El Mouradia, accusait un poids de 235 grammes. Un peu plus bas, sur le boulevard des Martyrs le poids d’un pain payé, là aussi 10 DA, chutait à 230 grammes pour remonter ensuite à 245 grammes au niveau d’une boulangerie de la rue Abane Ramdane puis redescendait à nouveau à 235 grammes au niveau d’une boulangerie située à la rue Mustapha Allouache, face à l’entrée du marché Nelson.

Chez un marchand de pain situé à proximité de la poste de Bab El Oued, tout à côté de l’endroit où, vers la fin de l’après-midi, vient s’attrouper une nuée de vendeurs de baguettes clandestins, pour la même somme, la baguette chute brutalement à 215 grammes pour ensuite remonter à 245 grammes au niveau d’une boulangerie située sur l’avenue Ziar Abdelkader, à Bologhine, puis à 275 grammes et à 9 DA, après qu’il fût demandé au vendeur le prix réel d’une baguette. Un même modèle de pain pesant 245 grammes et acheté à deux kilomètres de là sur l’avenue Hamid Kebladj est finalement emporté contre la somme de 8 DA parce que le vendeur n’avait pas les fameuses pièces de 50 centimes, en voie de disparition, pour rendre l’exacte monnaie sur 10 DA.

Des énormes différences de prix du kilogramme de farine

Il n’a pas été possible de savoir si tous les boulangers respectaient ou non le prix de la baguette tel que fixé par l’Etat. Pour cela, il aurait fallu faire une tournée fastidieuse de l’ensemble des commerces de la capitale et, d’une manière plus générale de tout le pays qui compterait environ
13 200 artisans boulangers. Cette visite à quelques boulangeries d’Alger et de sa proche périphérie a cependant permis de découvrir que les commerces de pain n’étaient pas bien répartis géographiquement afin d’être au plus près des besoins des consommateurs. Elle a aussi révélé qu’il existait un foisonnement de pâtisseries et autres viennoiseries dont les produits, faut-il le signaler, utilisent de grosses quantités de farine achetée à des prix administrés.

De la même manière qu’il a été procédé pour ce qui concerne le prix de la baguette dont on oublie souvent qu’elle est une spécialité «parisienne», il a été procédé à des visites auprès d’un certain nombre d’épiceries et de superettes afin de s’enquérir du prix auquel était cédé aux ménages un kilogramme de farine en paquets ou au détail et dont il faut se rappeler qu’il est officiellement fixé entre 25 et 30 DA pour celle vendue en vrac et 40 DA pour celle conditionnée en paquets.

Un premier épicier visité, situé au numéro 4 de la rue Ferhat Boussaâd, (ex-rue Meissonier), propose le kilogramme de farine en paquets, de marques SIM et Zéralda, à 60 DA l’un alors que dans un espace commercial situé un peu plus loin, en dessous de cette même artère, un petit magasin à l’enseigne «Errahma» propose le même paquet de marque SIM à 45 DA et celui de LaBelle à 50 DA. En contrebas, au numéro 15 de la rue Khelifa Boukhalfa, un autre marchand de produits alimentaires cède le paquet de farine contre 45 DA tout comme d’ailleurs la petite superette située à quelque distance de là. A Bab El Oued, il est loisible d’observer les mêmes écarts de prix ainsi que des détaillants qui n’hésitent pas à vendre de la farine en vrac au même prix que celle en paquet. Il faut signaler également que des commerces proposent des sachets de farine qui ne pèsent en réalité que 900 grammes, une précision indiquée sur ces derniers mais à laquelle des consommateurs ne prêtent pas toujours attention.

Comme on le constate, les mesures arrêtées par l’Etat afin que le pain et la farine puissent être accessibles à tous les nationaux, particulièrement aux plus démunis est une décision qui honore ses instigateurs. Mais pour que celle-ci puisse avoir les effets escomptés, il reste toujours à activer des services de contrôle et de répression motivés et efficaces, faute de quoi, celle-ci restera sans effet sur le vécu d’une majorité d’Algériens.

DZone
02/03/2009, 01h48
Trois questions au président de l'Union des boulangers

«Il faut d'abord sévir contre les fraudeurs»

M. Youcef Kalafat est le président de l'Union nationale des boulangers. Le représentant du Jour d'Algérie l'a rencontré afin de connaître ses sentiments par rapport à certaines questions inhérentes à cette profession particulière.

Le Jour d'Algérie : Il nous a été donné de découvrir qu'un certain nombre de patrons boulangers ne respectent pas le prix de la baguette de pain tel que fixé par décret par l'Etat. De plus certains parmi eux semblent tricher sur le poids de ce produit à la vente.

M. Kalafat : Je considère que c'est à la Direction de la concurrence et des prix qu'il revient de surveiller de très près les agissements des boulangers qui fraudent en matière de prix et de poids. Nous avons d'autre part, demandé à ce qu'une équipe spécialisée de cette direction soit chargée de contrôler les éventuels détournements de la farine destinée à la confection du pain vers d'autres usages. Par ailleurs, si l'on veut mettre un terme définitif à la vente illicite de pain sur la voie publique par des boulangers clandestins qui proposent des baguettes pesant parfois entre 170 et 200 grammes, il faut prendre des mesures draconiennes à leur encontre. D'autre part, il faut donner des instructions fermes pour que les minoteries ne servent pas de farine aux pâtissiers.

Pourquoi certaines variétés de pain coûtent plus cher que d'autres et quelles en sont les raisons ?

Il faut vous dire qu'il n'y a presque plus de différence de prix aujourd'hui entre les mêmes variétés de pain. Celui ordinaire, vendu moins cher que le pain amélioré n'existe presque plus. Jusqu'à la fin des années 70 il y avait encore beaucoup de fournils qui fonctionnaient au gaz et au gasoil. Maintenant que les fours électriques rotatifs ont été généralisés, si l'on n'introduit pas d'améliorant dans la pâte, on ne peut pas obtenir une bonne qualité de pain. C'est l'utilisation de cette poudre chimique, payée 300 DA le kilogramme, qui contribue à une bonne levée de la pâte et qui du même coup amène à un prix un peu plus élevé du pain dit «amélioré» vendu normalement à 8,50 DA.

Quels sont les problèmes auxquels est confrontée la profession que vous représentez ?

Tout d'abord je tiens à souligner que les boulangers ne bénéficient pas réellement de la marge bénéficiaire de 20% consentie légalement sur le prix de vente du pain. Nombreux sont ceux parmi eux qui n'arrivent que difficilement à réaliser entre 8 et 10%. L'Etat subventionne la farine mais pour ce qui concerne les améliorants, la levure, le sel ou l'énergie, c'est-à-dire tout ce qui entre en ligne de compte pour confectionner le pain est à la charge du boulanger. Cela on feint de l'ignorer. Nous avons, à diverses reprises, posé ce problème. Nous attendons toujours que le ministère du Commerce se décide à répondre à nos doléances. Nous allons adresser une nouvelle demande d'audience. En cas de réponse négative, nous allons réunir le Conseil national qui décidera alors des actions à engager. Je tiens à rappeler aussi que la boulangerie est un métier noble, propre. Il se trouve qu'on nous oblige à nous acquitter d'une somme annuelle de 9 000 DA à titre de taxe sur l'environnement. Est-ce que le boulanger pollue ? Nous avons décidé de nous adresser au ministère de l'Environnement vers lequel nous avons été dirigés pour nous plaindre. Cela suffit ! Il y a trop de charges qu'on nous oblige à payer. C'est d'ailleurs ce qui explique que de nombreuses personnes ont décidé de cesser cette activité. Sur une période de six années, il y en a eu près de 3 800 qui sont partis ou se sont reconvertis.

Le Jour d'Algérie

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