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Voir la version complète : Casablanca peut devenir la grande place financière internationale de l’Afrique


walid85
03/03/2009, 12h07
Faire de la région de cette ville une métropole d’attraction internationale, c’est la nouvelle vision à laquelle s’attelle le Centre Régional d’investissement du Grand Casablanca et ses partenaires.
Des projets phares axés sur les métiers de demain où la région dispose d'avantages compétitifs sont déjà ciblés.
Hamid Ben Elafdil, directeur du CRI de Casablanca, nous en dit davantage.


La Gazette du Maroc : quelle est votre nouvelle vision pour Casablanca ?
Hamid Benelafdil : au Centre régional d’investissement (CRI) nous avons une vision globale de Casablanca et de ses alentours. Cela veut dire que nous nous intéressons dans notre réflexion et dans nos actions à la région administrative du Grand Casablanca qui inclut aussi bien Mohammedia, Dar Bouaaza et Nouaceur. Cette vision doit être conçue, élaborée et réfléchie en concertation avec les différents acteurs : élus, administration territoriale, société civile et opérateurs économiques. À cet égard, il serait prétentieux de ma part après deux mois seulement d’exercice au niveau du CRI de vous parler de ma vision.
Notre raison d'être au CRI est de créer un environnement favorable aux investisseurs nationaux et internationaux.
Casablanca jouit d’un atout extraordinaire sur le plan international. Cette mégalopole bénéficie d’une publicité gratuite exceptionnelle. Elle dispose d'atouts intrinsèques aussi bien au niveau de son histoire qu’au niveau de son positionnement stratégique.
Pourtant cette publicité gratuite n’est pas mise en valeur ?
Justement, l’idée, c’est de chercher à mettre en valeur l'ensemble des atouts de la région. L'aura internationale est l’un des points oméga de notre vision globale du grand Casablanca.
La capitale économique du Maroc est aujourd’hui un vivier important en termes de creuset d’emplois, d’expertises, de qualification, d’infrastructures aussi bien pour la gestion des flux de marchandises que d’infrastructures de télécoms qui sont aujourd’hui le nerf de la guerre pour une économie dynamique.
Ceci dit, il faut admettre qu’un certain nombre de questions se posent telles que “comment positionner la région pour l’orienter vers la compétition internationale, la modernité et surtout vers les exigences des citoyens du 21ème siècle ?”
Une fois cette vision conceptualisée, comment compteriez-vous mettre en place les grands chantiers de l’heure ?
Notre objectif est de faire de Casablanca une métropole de référence internationale. La compétition aujourd’hui pour attirer les investisseurs ne se fait plus entre les pays mais entre les régions. Il y a des régions frontalières, par exemple en Europe, qui se sont associées pour promouvoir un territoire inter-nations pour attirer des investisseurs. Notre stratégie s’appuie sur cette nouvelle donne pour devenir une des métropoles de référence au niveau international. Pour réussir ce challenge, il faut s’adosser à une réalité concrète qui pourrait se répartir en trois points. Premièrement, il faut renforcer et améliorer la capacité des infrastructures dans la région de Casablanca. Deuxièmement, au niveau du capital humain, il faut impliquer les différents acteurs de l’enseignement public, privé et de la formation professionnelle pour offrir des compétences humaines adaptées à cette vision. Troisièmement, au niveau du foncier, il faut faire aménager des espaces fonciers et de l’immobilier d’entreprise qui permettraient de concrétiser la vision économique développée par l'ensemble des acteurs de la région.
Faire de Casablanca un pôle économique de croissance signifie aussi trouver un emploi à ces milliers de personnes qui ont fui les campagnes. N’est-ce pas ?
La tendance mondiale aujourd’hui est que partout la population rurale baisse au profit de la population urbaine. Je pense que nous avons tout intérêt à accélérer l’urbanisation des populations rurales. Cela va en tout état de cause faciliter les problèmes liés à la scolarisation, à l’accès à l’eau et à l’électricité…
Ceci dit, votre question est une donnée extrêmement importante à intégrer dans la nouvelle vision et le repositionnement de Casablanca. Le repositionnement doit répondre aussi aux problématiques posées par des enjeux démographiques et d’emplois.
Aujourd’hui, malheureusement, nous constatons le taux de chômage le plus élevé auprès des populations instruites. La courbe de ce taux en fonction du niveau d’instruction est ascendante. Notre économie ne crée pas suffisamment de postes d’emplois adaptés aux diplômés. Par ailleurs, les investisseurs recherchent des profils que notre système éducatif ne produit pas en quantité suffisante.
Vous avez annoncé tout récemment que Casablanca devrait avoir un repositionnement par rapport à ses concurrents, quels sont vos projets à ce niveau ?
Une des question que nous nous posons est : Quel équilibre donner aux activités de services par rapport aux activités industrielles ? Au cours de son histoire, Casablanca a été une ville industrielle et de commerce. A-t-elle toujours cette vocation industrielle ? Est-ce qu’elle pourrait encore continuer à avoir cette vocation vu les contraintes foncières, et la manière dont l’industrie se fait aujourd’hui qui ne crée plus suffisamment d’emplois ?
En effet pour créer 50 emplois il faut un hectare dans l’industrie alors que pour les services un emploi nécessite six mètres carrés. Quand on voit les projets d’investissements au niveau industriel, on est surpris de constater que les milliards investis n’ont pas créé autant d’emplois que par le passé, du fait de l'évolution des technologies et des processus de production industrielle. Aujourd’hui, la productivité des emplois industriels est très élevée. Par contre, au niveau des services, nous constatons une forte corrélation entre le niveau d'investissement et les emplois créés.
Pourtant tout indique que le positionnement de Casablanca par rapport à l’Atlantique en fait forcément une cité industrieuse ?
D’accord nous avons un port, mais celui-ci pourrait chercher sa complémentarité avec ceux de Tanger Méditerranée et de Jorf Lasfar. Celui-ci n’est qu’à 100 kms !
Par rapport à ce positionnement, nous étudions réellement la possibilité pour que les opérateurs économiques puissent bénéficier d’un certain nombre de nouvelles opportunités sur lesquelles les paramètres de compétitivité sont déjà acquis. À titre informatif, ces opportunités ne relèvent pas de l’industrie qui est une grande consommatrice d'énergie. Est-ce que nous pourrons être compétitifs dans ce contexte de renchérissement ? Donc, dès à présent, il faut mener des réflexions sur des nouveaux métiers où nous pourrions nous en sortir sans dégâts.

walid85
03/03/2009, 12h08
Quels sont ces nouveaux métiers que vous semblez avoir déjà ciblés ?
La première chose que nous avons déclinée est une territorialisation du programme Emergence du gouvernement. Ce chantier ambitieux a déterminé de façon volontariste les nouveaux métiers mondiaux du Maroc. C’est pour cela que la région de Casablanca s’est positionnée sur deux métiers, le BPO (Business process outsourcing) et l’aéronautique, sur lesquels elle va concrétiser au niveau territorial le programme Emergence.
Le fait que nous ayons à Casablanca un grand aéroport et la RAM nous permettra de réussir le défi aéronautique. La RAM se positionne au niveau africain avec des métiers qui se développent autour du transport aérien, de la maintenance et de la rénovation. Dans le secteur de l’aéronautique, des grands investisseurs viennent aujourd’hui s’implanter dans notre région.
Le BPO, contrairement à ce qu'on croit ne se limite pas aux Call Center et au développement informatique à distance.
Ce dernier secteur se développe d'ailleurs au Maroc. Mais, il n’y a jamais eu une stratégie volontariste nationale pour positionner le Maroc comme le sont devenus aujourd’hui des pays comme l’Inde par exemple.
Le BPO en fait est l’externalisation d’un certain nombre de processus ou de tâches qui ne font pas partie du "Core Business" de l'entreprise. Les métiers d’avenir dans ce domaine sont les traitements des dossiers sinistres des compagnies d’assurance, la gestion des contrats d’assurance-vie, la comptabilité, la paie… Dans ces cas, le positionnement du Maroc doit être du "near shore" et non pas de l’offshore. Nous sommes un pays de proximité car il y a des métiers où la rente géographique compte beaucoup pour le Maroc.
Hormis ces deux métiers, avez-vous répertorié d’autres ?
Il existe deux ou trois autres métiers sur lesquels nous allons bientôt mener des études. Moi je pense que Casablanca pourrait devenir la grande place financière internationale de l’Afrique. La place de Johannesburg qu'on vante tant s’adresse à des marchés très particuliers. Par contre, nous pouvons nous intéresser aux marchés du Maghreb et de l’Afrique francophone qui constituent à peu près la moitié du continent. L’industrie financière marocaine est bien cotée au niveau international et ce grâce en particulier à la crédibilité des banques marocaines. Par ailleurs la Bourse de Casablanca est dotée de moyens et de standards technologiques d'un niveau international. L'industrie de la gestion des fonds est aujourd'hui aux standards européens. Nous avons là des atouts à transformer assez rapidement tant que la fenêtre historique est encore ouverte.
L’autre secteur où nous devons nous positionner absolument est l’enseignement. Les Africains et les Moyen-orientaux ont beaucoup de difficultés à se rendre en Occident pour poursuivre leurs études supérieures. Casablanca a tout intérêt à se lancer dans ce créneau qui a des effets induits en terme de renforcement des relations avec les élites de ces pays amis. Nous devons nous considérer comme l’alternative d’autant plus que les universités et écoles marocaines sont bien cotées dans plusieurs pays africains.
À cet égard, pourquoi ne pas avoir une université américaine à Casablanca pour accueillir principalement les étudiants des pays du Golfe qui peinent à se rendre aux Etats-Unis ou en Angleterre depuis le 11 septembre ?
Casablanca dispose aujourd'hui d'une offre généreuse de grandes marques internationales correspondant à toutes les bourses. Le Maroc a signé des accords de libre-échange qui permettent d’avoir à Casablanca les mêmes produits et quasiment aux mêmes prix que dans n’importe quelle capitale de mode occidentale. Les Africains ou les Moyen-orientaux peuvent alors faire leur shopping ici et s’épargner ainsi des tracasseries administratives pour obtenir un visa difficilement accessible..
Un grand parc de loisir permettrait à la région de répondre dans un premier temps de la demande des citoyens de la région, composés de plus en plus de jeunes couples avec un ou deux enfants et plus tard de la clientèle que pourraient attirer le développement du shopping et la position de Casablanca comme une ville estudiantine à l'international.
Derrière ces belles initiatives, avez-vous le soutien de l’Etat ?
C’est une question fondamentale. Pour nous, tous ces secteurs sont des opportunités fondamentales pour les investisseurs nationaux et internationaux.
Au niveau du CRI nous créons des opportunités. La logique que nous avons mise en place est une logique de partenariat public-public au service du privé.
Quel est le niveau de soutien que l’USAID vous apporte dans cette stratégie d’ensemble ?
L’USAID a financé effectivement une grande mission de conseil et d’études au niveau national relative à l'environnement et aux procédures de l'investissement. Pour notre part on a profité de cette assistance pour zoomer sur les secteurs des composants automobiles et de l’offshoring.
Beaucoup d’investisseurs continuent de se plaindre des carences de la justice. Qu’est-ce que le CRI peut entreprendre pour les rassurer ?
Je pense que la justice marocaine a réalisé d’importants progrès au cours des dix dernières années sur les problématiques liées à l’investissement et au droit commercial.
Il y a certes des difficultés sur le plan juridique, mais qui proviennent, de par notre expérience, soit de contrats privés mal ficelés ou alors de la nouveauté des concepts et des problèmes pour l'appareil judiciaire. Très peu d'avocats ou de magistrats ont développé une expertise dans les domaines du capital investissement, du leasing, ou des concessions. D'ailleurs c'est pour cette raison que nous recommandons très souvent aux investisseurs de prévoir des clauses d'arbitrage dans les contrats.

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