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Voir la version complète : Filière oléicole : La production en hausse de 300%


icosium
22/03/2009, 05h55
La situation interpelle la réflexion, l'interrogation même: l’Algérie se positionne, aujourd'hui, en huitième position mondiale dans la production de l’huile d’olive. Mais les exportations sont insignifiantes. Notre huile d’olive n'arrive pas à se vendre à l'étranger.

B. Adali

La provenance Algérie reste presque inconnue. D’ailleurs, selon une étude effectuée par le Fonds de promotion de l’huile d’olive conditionnée sur le marché français, 1% seulement des personnes questionnées reconnaissent le produit algérien. Cela est dû au fait que la majorité des exportations algériennes de ce produit repose sur le vrac. Les statistiques parlent d’une moyenne d’environ 98% contre seulement 2% pour le conditionné. Cette question est d’autant plus préoccupante que la promotion de l’huile d’olive conditionnée se place comme une option hautement stratégique en raison de l’importance de la concurrence sur le marché international et l’avance considérable prise par certains pays étrangers concurrents. La filière de l’huile d’olive conditionnée a besoin d’un plan Marshall. D’où le besoin de mettre en place des programmes d’actions efficaces et fiables. Ces programmes d’actions doivent chercher, avant tout, à valoriser l’image de marque de l’offre algérienne et les caractéristiques intrinsèques de chaque région. «La récolte a été très bonne cette année: nos prévisions tablent sur 100 millions de litres car on a eu beaucoup d'eau. Même si nous ne pourrons, certes, pas pulvériser le record de 126,8 millions de litres atteint en 2004, la production est en progression de 300% par rapport à la saison dernière», affirme un membre de la Chambre d’agriculture. Et encore, ces bilans demeurent encore partiels. Les 2.431 huileries éparpillées à travers le pays triturent encore les olives. Avec plus de 270.000 hectares de vergers et 20 millions d’oliviers, le parc oléicole du pays fait vivre plus de 30.000 familles en Algérie. L’oléiculture demeure traditionnelle, ancestrale, loin d’être une activité économique innovante.

Les défis à relever

Premier défi: moderniser la filière dans tous ses segments: des champs aux huileries, tout est requalifié. Les 35.000 exploitations agricoles, éparpillées en montagne ou dans les vallées, sont petites. Elles n’ont en moyenne que 4 ha. L’oléiculture occupe une faible parie de la surface agricole utile (SAU) évaluée à 270.000 ha. Et seuls 5% de ces terres sont irrigables. Les champs sont souvent montagneux, d’où l’extrême difficulté à mécaniser les exploitations. L’Etat a déboursé plus de 200 milliards de centimes d’aides à la filière, soit 43% des investissements consentis dans le cadre du FNDIA. Ces investissements ont permis de voir de nouvelles plantations pousser sur 5.505 ha et des oléastres ont été greffés sur 4.500 ha. Dans la foulée, près de 200 huileries ont vu le jour à la faveur de ces aides publiques. Le greffage, la confection de cuvettes et l’acquisition de filets de récolte sont tous subventionnés. Le programme prévoit désormais de soutenir l’acquisition de vibreurs et des peines fouetteurs. L’Etat a certes mis la main à la poche mais est-ce pour autant suffisant? Un enseignant à l’INA d’Alger et chercheur au CREAD, estime que «ces aides sont loin d’êtres suffisantes et qu’il faille subventionner d’avantage l’oléiculture. Il faut aller bien au-delà des 30% de soutien actuels.» Faudra-t-il aussi valoriser les métiers de l’arbre? «La greffe est, par exemple, en voie d’extinction», s’alarment les plus avertis. Sur le marché mondial, l'huile d'olive est devenue une industrie gigantesque, très rentable. L’Algérie est certes 8ème producteur mondial d'huile d'olive. En dépit d’un énorme potentiel, l’huile d’olive algérienne est loin de percer les marchés extérieurs dominés par les géants groupes espagnols, grecs et italiens. Les chiffres de l’exportation sont insignifiants: 80 tonnes d’huile lampante et 20 tonnes d’huile extra vierge ont été exportées, en vrac, en 2006 par un opérateur de Béjaïa. Depuis cette année-là, plus une goûte n’a pris le chemin du port. Autre exportateur: Ifri-olive, une jeune entreprise qui exporte depuis 1996 ses huiles au Canada, en Afrique du Sud, en France, en Suisse, aux Emirats Arabes Unis et au Sénégal. L’entreprise a conditionné 1,1million de litres d’huile cette année, soit un bond de 57% par rapport à 2008. «En 2008, nous n’avons pas exporté. Les prix sur le marché national étaient plus intéressants pour nous. Auparavant, nous avons pu vendre notre huile à 20 dollars le litre dans des séances de dégustation organisées à la faveur de Salons internationaux. Le marché à l’exportation est difficile. Les pays européens se protègent trop. Ils ont instauré des taxes trop élevées», dit son gérant Zahir Kemiche. Et d’ajouter: «le marché national est en perpétuelle expansion. Mais il est fortement dérégulé. Les règles commerciales sont floues, ce qui a créé une concurrence déloyale, massive et pénalisante».

Les besoins à combler

Pour un cadre du ministère du Commerce, «le véritable marché de l’huile reste à créer. L’objectif étant d’instaurer une traçabilité du produit». La promotion de l'exportation d'huile d'olive, conditionnée sous un label algérien, est l'un des principaux défis de la filière oléicole. Cette labellisation aura pour avantage de conférer à ce produit biologique agricole une plus grande valeur ajoutée. Alors, pourquoi n’y a-t-il pas de label en Algérie? A l’institut technique des arbres fruitiers (ITAF), une commission s’est penchée pour élaborer un texte législatif devant régir la labellisation. Mais le projet demeure, à ce jour, au point mort. «Le pays a besoin d’entreprises oléicoles à caractère intensif avec un profil de qualité haut de gamme et des systèmes de production plus performants», plaide un membre de l’association des oléiculteurs et de l’industrie oléicole. Et ce dernier de réclamer «un Fonds de promotion de l'huile d'olive conditionnée et un financement des opérations d'intérêt public visant à faire connaître davantage le produit algérien, à travers des campagnes de promotion et la commercialisation au profit des entreprises privées». En Algérie, seuls 270.000 ha sont dédiés à l’oléiculture, soit respectivement 4 fois moins de ce qui est cultivé en Tunisie. L’hectare, en Tunisie, produit le double qu’en Algérie. En Tunisie, les terres sont mieux fertilisées, mieux entretenues et les cultures sont plus intensives. Soumise aux aléas climatiques, la filière algérienne fait face à d’interminables contraintes: «morcellement, enclavement des zones potentielles, d’où le faible degré de mécanisation des exploitations, manque d'organisation des oléiculteurs, des moyens de récolte rudimentaires, des structures de conservation, de conditionnement et de valorisation des productions qui laissent à désirer et une quasi-absence du secteur agro-industriel dans la valorisation des produits. La modernisation de la filière passe aussi par l'incitation des investisseurs à mettre en place des laboratoires. Le produit algérien a aussi besoin d’emballages de qualité», énumère un membre de l’Association pour le développement de l’oléiculture et de l’industrie oléicole.


B.A.
Le Financier

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